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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 08:05

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                                                                  'Accident ferroviaire" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

DRAME EN LIEU CLOS

 

 

              Avec un léger grincement la grille de protection palière coulissa. Alors il ouvrit la porte. L’ascenseur n’était pas vide. Blême, une main au bout d’un bras s’était brusquement rabattue comme un diable surgit d’une boîte. Les doigts repliés semblaient crispés en une ultime protestation. Son regard remonta, suivit la ligne brisée du bras, puis l’épaule. C’est alors qu’il vit dans son entier le corps recroquevillé, tassé dans l’espace exigu.

              « Mon Dieu » s’exclama-t-il d’une voix sourde. Car rien ne l’avait préparé à semblable occurrence.

              Comme chaque matin il s’était levé, avait enfilé ses chaussettes et un peu barbouillé  s’était rendu à la salle de bain. Jusque là tout était normal. Un bon bol de café au lait, quelques tartines beurrées avec un peu de confiture de fraise lui avaient fourni les calories nécessaires. Son capital énergétique reconstitué il pouvait vaquer comme d’habitude. Tout était normal. La vie quotidienne l’attendait pour son planning habituel.

              Alors pourquoi fallait-il que cela lui arrive à lui ? A lui Qui n’avait rien fait. A lui qui payait ses impôts et même ses contraventions pour stationnement illicite sans rechigner. Enfin pourquoi ?

              Il se pencha. Le visage du mort était mal rasé. Les yeux mi-clos voilaient en partie des pupilles glauques, un regard déserté par la vie. Avec répugnance il repoussa le corps peu encombrant de par sa corpulence réduite. Et lui-même, tassé dans un coin il parvint à cohabiter. Le mort était discret, anonyme et en fait sans histoire. Mais quand même il était là. Et ce n’était pas normal. Que faire ? Alerter la police ? Aller au bureau comme d’habitude en prenant le métro à Barbès ? A moins qu’aller à Pigalle à pied lui permette de reprendre ses esprits dans l’air frais du matin.

              D’abord, quelqu’un l’avait-il vu ? Devenait-il un témoin dont les dires figureraient dans quelque rapport officiel classé dans un dossier ultra confidentiel ? Et ne serait-il pas soupçonné ? De quoi au fait ? Car le crime n’était qu’une vague supposition. Peut-être l’inconnu avait-il eu une simple crise, un arrêt du cœur banal quoique fatal ? Mais allez donc savoir…La prudence s’imposait. D’abord ne toucher à rien, ensuite n’en parler à personne. Puis faire comme si de rien n’était.

              Avec un peu de chance, personne n’ayant rien remarqué il pourrait sortir de l’immeuble et tourner à gauche pour remonter la rue Lepic en se dirigeant vers le Sacré-Cœur. Et là dans l’ambiance feutrée du saint lieu il pourrait se recueillir et prier la divine providence.

              Au vu de cette perspective il se sentit mieux. Et dans une vague de soulagement temporaire mais appréciable, il se dit qu’après tout la vie était belle et méritait d’être vécue.

              C’est ainsi que sa journée passa, que sa vie se poursuivit et que son destin continua à le guider. Mais maintenant, en plus il sait de façon patente et prouvée qu’après tout le pire n’est jamais certain.

 

                                                         La Brosse Conge le 4 novembre 2011

                                                         Copyright Christian Lepère

 

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                                 "Voyageur au soleil couchant" - huile sur toile - 46 x 38 cm

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Published by L'imaginaire
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