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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 07:26

 

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CREATION QUAND TU NOUS TIENS …

Du biologique au pictural

 

 

Au début tout est simple. Envisageons un œuf, ou plutôt un ovule. Même fécondé il reste d’apparence très minimaliste et c’est tout à fait rassurant. Mais attention, voilà qu’il se divise en deux, en quatre, en huit…Jusque là on peut suivre, c’est une simple duplication à l’identique. Mais maintenant que se passe-t-il ? Tout se complique, des dissidents apparaissent, se distinguant de leurs voisins par des caractéristiques inattendues. Souci d’originalité ? Non programmation. Et petit à petit on voit des amas se former, des structures s’élaborer et des ébauches d’organes faire leur apparition. Tout cela pourrait mener à un chaos informe et cancéreux mais la nature sait ce qu’elle fait. Voilà maintenant qu’elle supervise tout grâce à un réseau de relations pour faire circuler les informations indispensables à la cohésion de l’ensemble. L’influx nerveux apparaît parcourant les neurones, les glandes endocrines sécrètent des molécules formatées pour en programmer d’autres qui à leur tour rétroagiront sur d’autres messagers qui… La diversité et la complexité s’entraînant mutuellement engendrent les solutions les plus extravagantes. Et petit à petit un organisme humain se constitue. Il lui restera ensuite à établir des relations avec d’autres corps du même type créant ainsi la société et la civilisation. L’amas de protéines est maintenant un être humain, mon semblable, mon frère. Il a un état civil et une raison sociale. C’est un honnête homme et seul dans sa mansarde il s’adonne à sa passion : la peinture.

Et voilà que le processus recommence…à un autre niveau et par d’autres moyens. D’abord la toile blanche, simple et rassurante. Pourquoi diable venir troubler une ambiance si paisible ? Enfin la passion est ce qu’elle est et le peintre muni de pinceaux ne peut s’empêcher d’intervenir. D’abord de façon schématique : à droite une grande tache, à gauche une sorte de cube. Très vite reliés par des lignes de force, des diagonales et des courbes engendrant des contre-courbes.

S’il est abstrait le peintre va s’arrêter là, son génie ayant pu s’exprimer totalement. D’ailleurs s’il était conceptuel et contemporain il se serait bien gardé d’aller aussi loin, la simple surface blanche l’ayant pleinement satisfait. En admettant même qu’il se soit laissé compromettre au point d’aller acheter de la toile et des couleurs chez un marchand, souillant ainsi la pureté d’un concept  en principe délivré de toute compromission avec la pesanteur  suspecte de la matière.

Mais voilà, notre peintre dans sa mansarde est un nostalgique, un rétrograde. Il lui faut du concret, du vécu pour témoigner de sa vitalité. Le vocabulaire abstrait de base ne lui suffit pas. Il lui faut de la sueur et du sang et du rire. Enfin un petit supplément d’âme ne lui déplairait pas.

Au point où en sont les choses le voilà contraint à revenir sur son œuvre. La grande tache à droite quittant son statut larvaire va se transformer en une femme emportée dans un tourbillon d’étoffes. Le cube à gauche, plus architectural va devenir un château du Val de Loire, orné de pinacles et de lanternons, mais bien sûr vu en perspective plongeante. Quant aux diagonales, aux courbes et aux contre-courbes issues du baroque, elles vont lier le tout en l’intégrant dans un vaste paysage avec au fond quelques lointains bleutés. Pardonnez lui,  mais comme Proust le peintre a aussi sa petite madeleine et les lointains plutôt bleutés ont toujours éveillé chez lui une nostalgie poignante de paradis perdu. Allez donc savoir pourquoi ?

Cependant, comme il n’est pas totalement niais, le peintre sait bien que sa peinture est avant tout une construction formelle, une architecture qui se veut cohérente et équilibrée et qui à ce titre doit être conçue avec la logique biologique du développement organique. Celle là même qui a permis l’élaboration de son propre corps ainsi que celle du corps du peintre conceptuel qui dans son ingratitude méprise sa mère Nature en se voulant pur esprit.

Le peintre doit donc poursuivre son abstraction, plus ou moins lyrique et de toute façon organique si il veut que son tableau soit harmonieux comme de la musique visuelle. Ainsi à tout instant il lui faut rendre hommage aux formes que lui procure l’inépuisable spectacle de la vie : hommes, bêtes et plantes, rochers vagues et nuages, le tout situé dans des lieux choisis. Et ce tout en restant constructif et cohérent d’un point de vue abstrait.

La quadrature du cercle pourrait symboliser cette apparente contradiction et pourtant avec un peu de pratique et d’humilité il semble que ce soit à la portée de toute personne qui a vraiment des choses à dire et qui possède simultanément la maîtrise technique nécessaire.

Mais le peintre est sans doute un peu sage. Il a en tout cas compris que ce que la nature avait mis des millions d’années à élaborer, à faire surgir et à peaufiner peut maintenant être repris à son niveau, les procédures ayant eu le temps de faire leurs preuves. Il se sait de toute façon n’être que le prolongement de l’élan vital qui parti de l’amibe et ayant élaboré des formes de plus en plus complexes en est arrivé à fabriquer son propre corps. Corps dont il n’est que le locataire passager mais dont il peut jouir pour participer au spectacle flamboyant du déploiement de la vie.

 

                                                                               Le Chesnay le 9 mars 2009

                                                                              Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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