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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 11:54

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                                                                            "L'extravagant" - huile sur toile -

 


Comment se couper les ailes

 

 

            L’enfant qui vient au monde ne sait pas parler et n’a d’ailleurs rien à déclarer. Mais potentiellement il en est capable et il suffira de lui prêter attention en  s’adressant à lui pour qu’un jour il puisse faire de même. L’imitation de ceux qui l’élèvent aura suffi à lui faire réaliser ses propres possibilités.

          Par ailleurs il est programmé pour intégrer et reproduire n’importe quel langage et seules les circonstances l’amèneront à s’exprimer dans la langue qui sera la sienne, sa langue dite maternelle. N’importe quel natif de la France profonde ou périphérique pourra tout aussi bien s’imprégner du chinois ou d’un dialecte d’Afrique centrale si on fait le nécessaire pour lui inculquer. Seules les limites de temps et de disponibilité l’empêcheront d’acquérir toutes les langues de la planète.

          Il en est de même dans bien d’autres domaines et force est de constater que pour se structurer harmonieusement un enfant doit nécessairement se limiter dans ses acquisitions. A l’impossible nul n’est tenu. C’est vrai dans tous les domaines et pour devenir pianiste virtuose ou champion du monde du dix mille mètres il faudra concentrer ses efforts et négliger un tas d’autres choses. Mais au départ les possibilités sont immenses.

          Or il se trouve que nous percevons le monde à l’aide de nos sens. Ceux-ci nous renseignant d’ailleurs de façon médiate, ne nous fournissant qu’une traduction fabriquée maison des messages qui nous informent par l’intermédiaire d’ondes qui échappent totalement à notre attention directe. C’est tout à fait comparable à la télévision qui, par l’intermédiaire d’un appareillage technique sophistiqué fabrique pour nous du visible et de l’audible qui sans cela  n’aurait aucune réalité pour nous. Dieu merci d’ailleurs, car le malheureux qui capterait toutes les chaînes directement et en permanence risquerait de devenir fou dans des délais très brefs.

          Donc nos sens nous renseignent, de façon discutable mais cependant assez efficace pour nous permettre de vaquer à nos nécessités. Mais comme le poste de télévision ils ne peuvent le faire que si ils ont été programmés pour le réaliser d’une façon jugée adéquate. C’est ici que l’éducation intervient. Parmi l’invraisemblable afflux d’informations diverses et variées qui nous assiègent à chaque seconde, il va falloir trier et ne retenir que celles qui sont considérées comme pertinentes. Pertinentes ? Oui, mais au yeux de qui ? D’abord de papa et maman, bien sûr, puis aux yeux des autres, tous les autres dont les désirs et les attentes reposent sur un ensemble de conventions qui seules permettent de vivre en société. Notre perception sera donc formatée, éliminant impitoyablement tout ce qui sera jugé inintéressant, non conforme et superflu. Voilà qui ne va guère favoriser la vie intérieure. Là où tout est subjectif, fluctuant et strictement personnel.

                                                                 

          Le monde dans lequel nous vivons et qui est d’ailleurs en train de suffoquer dans ses limites et ses contradictions est celui du rationalisme matérialiste. A ses yeux n’existe que ce qui est observable, reproductible et mesurable, en un mot ce qui est scientifiquement établi. Fort bien et l’on devrait se sentir rassuré, mais l’excès n’est jamais une bonne chose et dans ce cas le « principe de précaution » adopté risque de nous couper d’une large partie du monde  réel. Tout ce qui ne peut être appréhendé par l’intellect, réduit à des concepts et testé avec des instruments de mesure sera réputé inexistant : croyances,  superstitions, gris-gris, Vaudou et tables tournantes, le tout ficelé dans un grand sac avec une étiquette accablante : « subjectivité ».

          Ce faisant on oublie que même le rationaliste pur et dur est un être de chair et de sang qui ne peut en aucune façon échapper à la dite subjectivité. Même si elle est différente de celle du mystique ou du poète. Que ça lui plaise ou non, il a des croyances.

          Mais où voulais-je donc en venir ? Ah oui…se pourrait-il que nous n’utilisions pas toutes les possibilités offertes par notre organisme ? Organisme qui est le seul outil concret  dont nous ayons l’usage. Se pourrait-il que nous nous limitions stupidement nous-mêmes tel l’enfant qui apprend une langue, sa langue maternelle et croit ensuite naïvement que c’est la seule ? (Ils sont fous ces Romains, ils ne parlent même pas français !). En gros se pourrait-il que nous disposions d’autres moyens d’investigation ?

          Depuis fort longtemps les gens un peu plus réfléchis ou un peu plus intériorisés que la foule environnante ont clairement perçu l’essentiel. Pour approfondir quoi que ce soit il vaut mieux être seul, pas forcément physiquement, mais dans son for intérieur, là où l’on ne dépend  plus servilement d’un consensus général, d’une croyance traditionnelle. Alors on prend du recul ? On se recueille et l’on n’hésite pas à se poser les questions qui fâchent, remettant ainsi en cause tout ce sur quoi reposent nos convictions, celles dont on nous a bourré le crâne quand nous étions petits, profitant de la crédulité, de l’innocence et du besoin de certitudes rassurantes face au vaste monde.

 

                                                              Sermizelles le 20 mai 2010

                                                                     Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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