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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 06:42

 

180-Apocalypse-4-cavaliers-

"Apocalypse" - huile sur toile - 100 x 81 cm -panneau central d'un triptyque

 

CHEZ LES REDUCTEURS DE TETE

              Universel et mondialisé le réductionnisme est une caractéristique essentielle de notre conception moderne du monde. On pourrait même dire que c’est un autre mot pour désigner le matérialisme. 

               Certes la démarche d’investigation scientifique  qui nous permet d’observer et d’analyser les phénomènes donne d’excellents résultats et à permis d’améliorer considérablement notre confort et nos espérances de vie. C’est au environs de la Renaissance que l’homme quittant une vision magique et animiste du monde s’est mis à la recherche des lois qui président à la création et à l’évolution des formes qui constituent notre environnement. On y perdait en poésie et en mystère mais on y gagnait en efficacité.

              Hélas, comme tout un chacun, les chercheurs peuvent oublier leurs limites et s’imaginer qu’ayant compris quelques principes ils on atteint à la connaissance complète et exhaustive. Monsieur « je sais tout » est présent et dissimulé au fin fond de bien des subconscients. Et c’est là que le dérapage peut s’amorcer…Comprendre pour ensuite en tirer des applications pratiques paraît excellent (en principe) mais à partir de là à se mettre à croire qu’on a non seulement compris, mais également tout compris, est la tendance fâcheuse de qui veut se rassurer en rassurant les autres. Et la faible créature que nous sommes a tellement besoin de se rassurer.

              Nous sommes, dans le quotidien, sans arrêt en train de généraliser de façon abusive, car c’est plus reposant que de continuer à observer en se posant des questions et en découvrant sans arrêt des exceptions et des cas particuliers.

              En voici quelques exemples caricaturaux à souhait mais hélas assez fréquents. Tout le monde connaît l’histoire de l’anglais qui débarque à Calais, croise une splendide rouquine sur le quai et va ensuite raconter à ses copains du pub que, c’est certain, il en a la preuve, les françaises sont rousses et agréables à contempler. Il y a aussi les joueurs de loto qui vont se ruer sur tel bureau de province parce que c’est là et pas ailleurs qu’un paisible retraité comme eux à raflé la mise. Ce qui confère à ce lieu une aura incontestable.

              Mais le réductionnisme peut prendre des aspects plus officiels, sérieux et rassurants. Quand ses affirmations péremptoires sont assénées par des doctes bardés de diplômes et de références, là on ne rigole plus.

              Un excellent exemple me semble être celui de l’homéopathie. On en connaît le principe : Une substance qui a une action thérapeutique reconnue est diluée, puis agitée, puis à nouveau diluée , puis à nouveau agitée , et ce selon une procédure répétitive qui finirait par devenir lassante. Or, pour la science « officielle » l’action réelle (ne parlons pas des placebos) d’un médicament est celle des molécules actives qu’il contient. Après maintes dilutions il est évident que statistiquement il ne reste plus rien. Pas la moindre trace de molécule. .Donc il n’y a rien. Donc les effets thérapeutiques que prétendent observer les patients sont imaginaires. Tout est dans la tête mais le malade tout content croit qu’il va mieux. Pourquoi pas ? Et c’est vrai que même le premier cachet d’aspirine venu sera plus efficace si on y croit que si on en doute. L’effet placebo existe, je l’ai rencontré et je l’expérimente encore sur ma propre personne. Enfin il agit partout, en toute circonstance, mais aussi bien en mal qu’en bien. On peut aussi se rendre malade avec de la poudre de perlimpinpin.

              Mais que dire de plus ? Simplement que  c’est le réductionnisme qui pousse un esprit avisé et par ailleurs doté d’un excellent Q.I. à affirmer que la réalité c’est ça et ça n’est que ça ! C’est le besoin de se rassurer qui a fait que pendant des éternités les gens ont cru, très sincèrement que la terre était le centre du monde, que le soleil tournait autour et que plus loin il y avait bien quelques petites lumières accrochées à la voûte céleste pour faire joli.

              C’est la même limitation qui a fait au 19° siècle déclarer à un scientifique sérieux (en Angleterre je crois devant l’Académie des Sciences) qu’on ne pourrait jamais faire voler un plus lourd que l’air, pour la bonne raison que c’était impossible. Et à d’autres tout aussi éminents de déclarer avant la seconde guerre mondiale que jamais une fusée ne pourrait s’arracher à la pesanteur terrestre (pensez donc il faudrait une telle quantité de carburant que la masse resterait clouée au sol). En plus folklorique quelqu’un d’autre avait dit avant, à propos de météorites : « Mais comment des pierres pourraient-elles tomber du ciel, puisqu’il n’y a pas de pierres dans le ciel…) On nous a aussi affirmé que les passagers des trains à vapeur risqueraient non seulement leur vie mais aussi leur raison, la vitesse les rendant fous à coup sûr.

              Une chose est certaine, la science progresse. Sans arrêt ses limites reculent, son horizon se déploie. L’image du cosmos depuis le Big bang a pris une ampleur effarante et personne actuellement n’oserait affirmer que l’univers a des limites. Il est en tout cas infiniment plus vaste, plus complexe, plus subtil et plus interdépendant que tout ce que l’on avait pu concevoir. Et dans son sein, voici le troisième infini (selon Theilhard de Chardin) qui est l’infiniment complexe, et qui n’est autre que l’être humain. Alors, par quel mystère un être infiniment complexe par nature peut-il prétendre se réduire lui-même a n’être que…ce qui le rassure.

                                                                 Le Chesnay le 22 janvier 2011

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

 

Note : L'article précédent "Du fond de l'amnésie" a enfin pu être illutré avec des photos!

 

 

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Published by L'imaginaire
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