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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 09:36

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                                                                      "Travailleurs, travailleuses..." - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

 

CES PREJUGES QUI NOUS TIENNENT CHAUD

 

 

                 Dés qu’un enfant vient au monde, ses géniteurs et ses proches commencent à lui transmettre les valeurs qu’ils jugent essentielles. C’est souvent fait de façon tacite et naturelle, mais c’est parfois aussi un endoctrinement massif. C’est selon les us et coutumes de l’endroit. Avide de sécurité l’enfant va tout gober. Enfer, paradis et purgatoire compris à moins que les houris ne l’attendent plus tard au septième ciel ou que des divinités courroucées n’entreprennent de le tourmenter après son trépas.

                 L’âme humaine est infiniment fragile et pour se rassurer elle a besoin de croire.

                 Nous voici d’emblée au cœur du problème : besoin de croire parce qu’avec nos modestes moyens nous nous sentons dépassés. Alors autant faire confiance aux autres, aux vieux, aux anciens, à ceux qui ont fait 14…

                 En général la manœuvre porte ses fruits pendant un certain temps et voici un jeune rassuré parce qu’il est catholique fervent, bon     musulman ou athée convaincu, car l’athéisme est aussi une croyance tout aussi peu étayée que les autres. Mais elle permet au moins de cesser de se poser des questions gênantes sans surtout remettre en cause nos sacro saints

préjugés.

                 Un préjugé est une chose abominable, tout philosophe sérieux vous le confirmera et une existence reposant sur de tels faux semblants risque d’être, assez vaine. Alors,  mort aux préjugés, tranchons, élaguons, piétinons et que nul n’en réchappe.

                 Voilà en tout cas la réaction normale, un peu adolescente cependant, donc nécessairement excessive. Le premier instant d’enthousiasme passé il se peut que la manœuvre paraisse douteuse dans son aspect systématique…

                 Car après tout le préjugé n’a qu’un seul tort, celui de ne pas avoir été confirmé par une expérience probante. Certes cela parait difficile pour le septième ciel dont les délices ne sauraient nous être révélés qu’après la fin de notre modeste personne physique. Le doute va donc subsister.

                 Mais enfin n’y aurait-il donc aucun moyen d’arriver à des certitudes de base, en mettant de côté tout le folklore, anges radieux et démons cornus compris ?

                 J’aimerais maintenant faire une distinction entre croyance et certitude. La croyance, c’est bien connu ne saurait être totalement satisfaisante, car, reposant sur un consensus social elle implique la confiance en une autorité extérieure. Et la vie est assez rouée pour nous infliger des démentis cinglants. Parlez donc de ça à d’anciens intellectuels staliniens ou à des penseurs estimables égarés dans l’idéologie nazie, sans oublier les maoïstes de salon. Tous se sont trompés de bonne foi parce que leur besoin de croire les amenait à gommer tout ce qui aurait pu leur paraître suspect. Le besoin d’absolu peut être mortel pour la recherche de la vérité. D’ailleurs la preuve manifeste qu’une conviction est une simple croyance réside dans le fait que l’intéressé a besoin de convaincre et de faire triompher sa vérité. Pourquoi ? Tout simplement parce que malgré tout il ne peut s’empêcher de douter en profondeur et qu’en convainquant les autres il va s’entourer d’un cercle de supporters qui va à son tour le  conforter dans son opinion. Si nous sommes cinquante millions à adhérer au Parti, cinquante millions ne peuvent se tromper ! L’effet de masse est assuré.

                 A l’inverse la certitude, en admettant qu’elle soit profonde et totale engendre un tout autre comportement. L’intéressé n’a plus besoin de convaincre ni de faire des adeptes. Apaisé, sûr de n’avoir plus rien à perdre  il va pouvoir vivre tout simplement en observant les égarements des autres et en voyant fonctionner en toute évidence les mécanismes auxquels ils se soumettent par peur d’entr’apercevoir par mégarde la vérité.

                 Car la vérité existe forcément et seuls nos rêves, nos justifications et nos jongleries intellectuelles peuvent nous la cacher. Mais elle nous fait peur. Elle nous terrorise. Nous n’en voulons à aucun prix car nous subodorons bien qu’elle serait la fin irrémédiable de toutes nos justifications et du rôle que nous avons l’habitude de jouer et que nous appelons pompeusement notre vie.

                 Comment continuer à être supporter des All Blacks si nous n’y croyons plus et que nous ne pouvons plus nous identifier à ce symbole prestigieux permettant d’oublier les mesquines misères du quotidien ?

                 Bien sûr nous pouvons aussi décider de rester « raisonnables » et dans ce cas il ne nous restera plus qu’à boire un coup, remonter nos bretelles et ouvrir la télé pour pouvoir nous apitoyer sur le triste état de notre monde contemporain. Ainsi tout pourra continuer comme d’habitude et les braves gens pourront  s’assoupir paisiblement.

                 Dormez en paix braves gens, la zone est sécurisée et tout est sous contrôle.

               

                                                                  Le Chesnay le 10 octobre 2007

                                                                    Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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