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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 07:40

100°-BLOG copie

 

417-Procession-à-roulettes-

                                                      "Procession à roulettes" - huile sur panneau - 81 x 22 cm

 

               Depuis le 17 avril 2010 le « Blog de l’imaginaire »a été alimenté régulièrement.

Il atteint sa centième édition. Les textes sont variés, exposant des vues subjectives sur l’actualité la plus brûlante, traitant de méta et de pataphysique, fustigeant les dérives les plus contemporaines et dépeignant naïvement des émois poétiques. Tous les articles sont ornés de reproductions de peintures, de gravures, de terres cuites et de maçonneries. Y figurent même des images numériques réalisées avec l’aide aimable de Photoshop.

 

               Alors, si cela vous tente allez donc y faire un tour. On peut même s’abonner pour être tenu au courant. C’est gratuit mais ça ne peut pas, hélas,  rapporter gros.

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

HISTOIRE D’UN BLOG

 

 

            J’avais onze ans et j’étudiais au lycée Voltaire. Un jour mon frère qui en avait dix sept revint tout excité du collège Arago. « J’ai un copain qui écrit des poèmes, en vers ! » et il me brandit les preuves sous le nez. C’était bien écrit, irréprochable selon les règles et c’était de l’humour scolaire. Mon frère se lance dans des essais. Moi aussi. Et je constate que je possède la mécanique du vers. C’est inné et ça n’attendait qu’une occasion pour surgir. L’inspiration n’est pas toujours transcendante. A vrai dire c’est plutôt digne de l’Almanach Vermot qu’il m’arrive de feuilleter. Mais enfin ça tient la route. Ma pratique de l’écriture va ensuite se limiter à quelques lettres au style assez fleuri avec pas mal d’auto dérision. Puis le temps passe. Devenu professeur d’arts plastiques j’assiste avec une surprise peinée à l’arrivée et à la prise de pouvoir de l’Art Contemporain qui a réussi à séduire les élites et est hautement considéré par Jack Lang, ministre de l’Education nationale et de la Culture ! La visite de quelques expositions va me pousser à réagir par écrit. Mais il n’est pas encore question  de blog. Je vais donc me limiter à envoyer quelques lettres manuscrites à mon inspectrice (voir exemple plus loin). Politiquement incorrect je vais être sommé d’emprunter la voie hiérarchique officielle. Puis l’on va attendre patiemment que je sois atteint par la limite d’âge. Le temps continue de passer et enfin,  alors que je suis retraité depuis huit ans on m’apprend qu’on peut ouvrir un blog, gratuitement, et que ça offre de splendides occasions de faire passer des messages. Jusque là j’avais été un adepte des bouteilles jetées à la mer dont les chances d’arriver quelque part sont plus qu’aléatoires.

 

Enfin je peux m’exprimer et l’on peut me répondre et rebondir.

La porte est ouverte, vous pouvez entrer !

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

 

 

            Le cinq avril 1995                                                                                             


S/c du chef d'établissement 

à l'attention de Monsieur LEPERE professeur d'arts plastiques 


                                  Monsieur, 

Vous m'avez en décembre adressé une lettre qui justifie, même tardivement, une réponse de ma part, au plan institutionnel, du fait de votre fonction de professeur d'arts plastiques de l'éducation nationale. 

Votre conviction de faire votre métier avec rigueur est honorable, mais vos certitudes vous conduisent à prendre des positions rigides à l'égard du champ artistique contemporain et de la pédagogie qui me font douter de vos capacités à vous saisir du sens de l'art actuel et à faire preuve de tolérance. L'art, que vous l'appréciiez ou non, constitue une partie du savoir de notre enseignement. Quels que soient vos choix personnels, vos goûts, votre pratique, vous devez, au nom de l'intégrité, et dans le cadre de la mission qui vous est confiée, permettre aux élèves d'accéder à une culture ouverte, respectueuse des autres, en les rendant capables de s'interroger sur les signes de leur temps sans préjugés. Hors vos propos sur l'art moderne et l'art contemporain, votre mépris à l'égard de ceux qui l'apprécient, "les snobs, les spéculateurs et les névrosés" démontrent votre ignorance"sur la question et sont dangereux pour les élèves; Je déplore par ailleurs que votre jugement, sur Tapies par exemple, ne s'élabore qu'à partir de reproductions de Paris Match. La visite de l'exposition vous aurait sans doute permis de saisir une dimension qui vous échappe et que de ce fait vous ne pouvez enseigner. 

Je me permets également de vous faire remarquer qu'il n'est pas très valorisant pour vous de chercher une caution auprès de non spécialistes de votre discipline, parents, collègues. Leur "commisération", "leur haussement d'épaules", "leur franche rigolade" à l'égard de notre enseignement prouvent que le travail que nous avons à faire est considérable, ne relève pas de la simple doxa (pour renforcer l'opinion commune) et exige de l'enseignant un très haut niveau de compétence. Que le professeur véhicule lui-même le mépris a de quoi inquiéter. Heureusement persuadée que, comme vous le dites en conclusion, ces positions vous sont très personnelles, je me permets de vous convier à plus d'ouverture, de réflexion afin de répondre au contrat d'enseignement qui est le vôtre dans le service public. 

Je vous remercie de tout ce que vous ferez en ce sens, non comme "amateur de ce type de pratique" mais comme professeur instruit de sa discipline. 

 

NB: Tout courrier doit m'être adressé par la voie hiérarchique 

 

RECTORAT 

Esplanade Grand Siècle    -    78O1 7 VERSAILLES Cedex Téléphone (1) 3O 83 44 44    -    Télex 696571   F    -    Télécopie (1) 39 50 02 47 

 

Veuillez croire, Monsieur, en l'assurance de ma sincère considération.

                                                       ____________________

                                              

                           (Courrier manuscrit communiqué par la voie hiérarchique)

                                                                                Le Chesnay le 10 avril 1995

 

                        Madame l’inspectrice,

 

              J’ai lu attentivement votre réponse à ma lettre du 6/12/1994. Vous y attirez mon attention sur plusieurs points et je vous en remercie. Il est vrai que le non respect des règles et procédures officielles n’est aucunement souhaitable. Il est vrai aussi que certaines de mes argumentations sont un peu faciles et donc discutables. J’admets même qu’on puisse y déceler un peu de démagogie à propos d’un supposé bon sens populaire et d’un avis éclairé de non spécialistes.

              Ceci étant, je voudrais maintenant exposer quelques arguments pour justifier mon attitude et dissiper d’éventuels malentendus. L’enseignant que je suis est très « ouvert » et s’efforce de se tenir au courant de ce qui s’élabore dans l’actuelle « post-modernité ». Petit à petit, au fil des ans j’ai intégré des notions nouvelles ou prétendues telles. En fait il m’est apparu qu’en dehors de l’apport de technologies nouvelles : ordinateur, image de synthèse, rien de très inattendu n’apparaissait. L’art contemporain semble redécouvrir et défendre à grand renfort de justifications sémantiques des notions bien connues.

              Par ailleurs mon souci de véracité me condamne à une certaine rigueur. Ainsi je n’enseigne pas « ce que j’aime » mais ce qui me paraît indispensable à l’éveil et à la structuration progressive d’un enfant. Et quand je note, je mets soigneusement ma subjectivité de côté, m’efforçant de juger selon des critères objectifs bien définis. Ainsi, si par exemple, la précision est à mes yeux une qualité indiscutable dans certains domaines, une approche globale plus holistique et très floue est tout aussi nécessaire dans d’autres. Elargir la vision et la rendre plus abstraite est pour moi un point essentiel qui peut et doit être enseigné. Inciter les enfants à perdre leurs habitudes, leurs références sclérosantes (l’arbre est vert, le ciel est bleu…) et les préjugés qui leur tiennent lieu d’opinion n’est certes pas chose facile et l’expérience m’a appris qu’il fallait avancer prudemment, de façon lente et méthodique sous peine, sans cela, de voir les wagons décrocher très vite.

              La pratique des élèves de 3° est à c et égard très instructive. Cette année même, après quatre heures de cours consacrées à l’élaboration d’une peinture abstraite, beaucoup n’avaient toujours pas compris que le point de départ (plan de voirie avec fléchage et marques sur le sol.) n’était qu’un prétexte pour les aider à démarrer avant de jouer plus librement avec des éléments géométriques, tout en conservant une structure.

              Vous dirais-je qu’il m’arrive souvent de mettre de bonnes notes à des productions qui  ne me plaisent nullement, mais qui prouvent au moins qu’une notion a été comprise et maîtrisée. Ajouterais-je qu’il m’arrive fréquemment de condamner le détail et l’anecdote, voire même la figuration ?

              De toute manière je n’ai rien contre telle ou telle forme d’art à priori. Simplement j’ai constaté qu’à toutes les époques et dans toutes les cultures il y a eu autour de quelques chefs-d’œuvre une masse de productions moyenne et puis, bien sûr, le reste. Or, ce qui me chagrine est qu’actuellement « le reste » tende à devenir majoritaire. Ce que je conteste ce n’est pas telle ou telle orientation, toutes ayant leur intérêt, mais la médiocrité des résultats. La plupart d nos contemporains se contentent de fort peu.

              Je n’ai rien contre l’abstrait, j’en fais faire. Je n’ai rien contre le détournement et l’utilisation de matériaux de récupération, mes élèves de cinquième viennent de réaliser d’excellents photomontages. Enfin je n’ai rien contre l’ordinateur. Les images de synthèse réalisées par des artistes doublés de  techniciens chevronnés peuvent être admirables et même poétiques. Mais de grâce avant d’en arriver là commençons donc par maîtriser crayon, gomme et gouache. Un peu d’humilité ne saurait nuire à qui veut viser haut.

              A partir de là, si le mépris à l’égard des autres n’est certainement pas la voie vers l’ouverture et la progression, en revanche l’absence d’esprit critique risque de favoriser toutes les dérives et l’ouverture, dans ce cas, pourrait se révéler tristement béante.

 

 

              Je vous prie de croire Madame l’Inspectrice  en l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

 

                                                                           Christian Lepère   

 

427-Course-d'amateu------81

                                  "Course d'amateur" - huile sur panneau - 81 x 22 cm                 

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Published by L'imaginaire
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