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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 16:05

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                                                                                                                             "Visite guidée" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

 

ASSURER LA RELEVE…

 

              Petit j’étais rêveur, blotti sous la table ou replié dans un coin je passais de longues heures à m’entretenir avec moi-même. C’est un comportement enfantin assez connu mais qui chez moi prenait de l’ampleur. Quand d’autres ne rêvent que plaies et bosses, je préférais   me laisser absorber dans des réflexions concentriques qui s’approfondissaient sans bruit. Déjà mon subconscient loin d’être cadenassé cherchait à émerger et à reprendre ses droits sur des vues plus conventionnelles et rassurantes pour la famille.

         La découverte de la gravure vers quinze ans fut une sorte de révélation. Se confier à une plaque de métal, petite et discrète, faire surgir les fantasmes les plus secrets, se fondre dans des ambiances crépusculaires en se sentant relié à l’âme du monde peuvent ouvrir de vastes horizons intérieurs.

              Mais la vie n’est pas si simple ni univoque et le simple fait de grandir va nous amener à explorer d’autres niveaux et vivre d’autres comportements parfois inattendus.

              Devenu professeur « par hasard » (j’emploie ce mot avec guillemets pour dire que si apparemment tout se passait de cette façon, j’avais par ailleurs le sentiment viscéral d’être guidé par des événements s’enchaînant de façon irrémédiable. En gros, si j’avais le choix entre plusieurs voies je sentais bien que c’était déterminé et que cela n’avait rien à voir avec une quelconque liberté personnelle.

              Devenu enseignant je réalisai assez vite que je pouvais dominer la situation et veillant sur mes jeunes semblables leur apporter un complément d’information qu’on ne leur fournissait guère par ailleurs. Donc, investi d’une autorité, je n’avais pas de scrupules à me considérer comme étant celui qui sait parmi ceux qui ignorent mais ont le loisir de découvrir leurs propres possibilités avec un peu d’aide…

              J’ai au cours de ma carrière vu passer un nombre considérable d’élèves. Avec vingt heures de cours par semaine, chaque classe n’étant qu’une heure en ma présence. De plus j’avais au moins un collègue enseignant aussi les arts plastiques, me privant ainsi du suivi de bien des jeunes de la 6° à la 3°. Il est vrai que j’ai aussi à mi-carrière opté pour un service à mi-temps qui réduisait les effectifs de moitié… Je ne suis ni un fanatique ni un stakhanoviste héros du peuple.

              La vie est étrange et retorse. Ses lenteurs, ses hésitations et ses repentirs, de même que ses accélérations et ses coups de théâtre n’ont pas fini de m’étonner. Dès ma seconde année d’enseignement j’ai commencé à croiser d’anciens élèves. Si parfois la chose était aisée et sans surprise, il y a eu parfois aussi des cas plus étranges.

              Apprendre qu’un ancien passe sa vie en mission à bord d’un sous-marin nucléaire cela étonne, mais sans plus. Apprendre qu’un autre, assez doué pour les arts et féru d’antiquité avait déménagé et habitait non loin de mon village bourguignon pour finir ses études à Auxerre était déjà plus pittoresque. Surtout si l’on précise que quelques années plus tard il était devenu prêtre et s’était vu confier la cure d’un charmant petit village médiéval, pas bien loin…Mais la vie est aussi tragique. Ainsi un autre élève, tout aussi doué pour les arts graphiques et passé par une école renommée a fini par devenir notre voisin de palier. Mais sa vie n’était pas simple et une nuit il s’est suicidé, à quelques mètres, derrière deux portes. Une fois de plus j’ai assisté à une messe d’enterrement à l’église à côté ou déjà j’avais eu l’occasion d’accompagner d’anciennes collègues devenues veuves un peu prématurément. Avouez que tout cela relativise.

              Il y a eu aussi du positif. Ainsi une ancienne  élève que j’avais totalement perdue de vue a visité un jour une de mes expositions à Versailles où elle m’a acheté un tableau. Puis elle a repris contact et petit à petit elle s’est constitué une collection privée qui comporte quelques belles pièces d’une taille plus que convenable.

              J’ai eu aussi la surprise un jour de rentrée scolaire de retrouver un ancien qui avait bien grandi et était devenu professeur de français. Aux dernières nouvelles il est toujours en poste et nous nous croisons parfois.

              Ainsi la vie, la mienne, la vôtre,  va continuer et ce jusqu’à extinction des feux. Fin d’un épisode. Entracte. Ensuite comme disent les braves gens : « Qui vivra verra… »

 

                                                                          Sermizelles le31 octobre 2010

                                                                          Copyright Christian Lepère

             

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Published by L'imaginaire
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