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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 07:10

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                                                                                                       "L'aubade" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

ACCORD PRESQUE PARFAIT

 

 

                 Je me souviens de ma folle jeunesse. Enfin si l’on veut, peut-être pas si folle que ça…Mais c’était le bon temps, comme disent les braves gens. Avec un ami féru de septième art je fréquentais les salles obscures. Comme nous avions en gros les mêmes goûts et des références communes, il n’était pas trop difficile de trouver un programme alléchant. Cela avait aussi l’avantage de pouvoir finir la soirée en échangeant nos impressions sur ce qui avait enrichi notre bagage culturel.

                 Souvent nous étions d’accord. « Oui, c’est un beau film, sans doute le meilleur Bergman ». « C’est vrai que cette fois il a mis le paquet. Ah les effets d’éclairage, les contre-jours et cette ambiance mystérieuse créée avec des moyens aussi simples… » « Moi ce que j’ai préféré c’est le moment où la mort scie le tronc de l’arbre sur lequel un malheureux réfugié tente de lui échapper. » «   Oui c’est très fort, mais peut-être un peu facile. Ou un peu trop conventionnel. Comme un fabliaux du Moyen-âge ! »

                 Ah ! Y aurait-il désaccord ? « Oui mais la fin est remarquable avec ces effets de nuages lourds qui dérivent sur la lande ! Bien sûr on dirait du Ruisdaël. » « mais tu ne trouves pas qu’il en a un peu abusé ? Symbolique trop évidente. Avec un peu plus de finesse et juste suggéré, c’était le chef-d’œuvre ! »

                 Quelques remarques plus tard, il devenait de plus en plus évident que nous n’avions pas tout à fait vu le même film. Pourtant un film est un film, un enregistrement schématique  et condensé de scènes qui se sont déroulées devant l’objectif de la caméra. Mais il n’en reste pas moins qu’il est constitué d’un nombre énorme d’images et de séquences. Même dans les cas les plus austères d’ascèse Bressonienne, un honnête spectateur ne peut prétendre tout voir et tout entendre. D’abord parce que même l’image la plus simple reste composée d’éléments divers qui ne vont pas tous attirer l’attention de chacun de même façon. L’enfant de dix ans sera choqué par un détail qu’un adulte recevra sans broncher dans la mesure où il ne lui aura pas tout simplement échappé. Une femme ne ressentira pas une scène violente ou sensuelle de la même façon qu’un homme et un dévot de l’abbé Pierre ne réagira pas comme un loubard de banlieue. A chacun sa sensibilité et ses justifications, son éthique et sa morale.

                 Mais la diplomatie est un garde-fou bien utile. Pour vivre heureux sachons mentir, ou tout au moins éluder. Le non-dit et l’esquive sont efficaces contre les sujets qui fâchent et le mensonge par omission évite bien des heurts.

                 La fin de l’année commence à approcher. Epoque bénie  où l’on se réunit en famille pour se tenir chaud. Cela mérite bien un petit effort d’adaptation au consensus souhaité. Ainsi donc, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil…Et c’est fort utile ces plages de détente où l’on a l’impression de faire partie de la tribu. Union sacrée. Atavisme grégaire.

                 Bien sûr on n’est pas d’accord sur tout, mais tout au moins sur l’essentiel ou ce que l’on fait semblant de considérer comme tel…Tout au moins on n’en est plus à l’époque de l’affaire Dreyfus où les familles les plus unies finissaient par s’entre-déchirer dès que le sujet était abordé. Et où à la fin d’une réunion conviviale le sol était jonché  de débris d’objets brisés, si ce n’est de blessés légers.

                 Mais on aura beau dire, on aura beau faire, quelles que soient nos intentions, nos souhaits et notre soif d’idéal, nous continuerons à fonctionner à partir de nous-mêmes. C'est-à-dire dans la subjectivité la plus complète. Et même si nous sommes avertis du danger. C’est dur d’arriver à concevoir que l’autre n’occupe pas le même point de vue physique et ne dispose que très partiellement des mêmes informations. A partir de là son appréciation va forcément diverger, même si il est poli, bien élevé et assoiffé d’entente cordiale.

                 Alors y a-t-il une autre solution que celle d’accorder le bénéfice du doute ? Ou dans les cas les plus graves la présomption d’innocence ? Sans être naïf, bien sûr et sans se laisser marcher sur les pieds. Après tout nos pieds ont aussi des droits légitimes et méritent quand même de justes égards.

 

                                                                            Le Chesnay le 12 octobre 2011

                                                                            Copyright Christian Lepère

 

 

 

122-Les-jours-oubliés------                                  "Les jours oubliés" - huile sur toile - 46 x 38 cm

                                 

 

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Published by L'imaginaire
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