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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 08:51

 

181-Château-de-l'âme-------

                                                                                              "Château de l'âme" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

 

ABSTRACTION ET CREATIVITE

Ou comment passer de la recette à la tarte aux pommes comestible

 

 

                   Trente ans d’expérience ! Trente ans passés à observer les comportements enfantins et à tenter de faire passer quelques notions susceptibles d’être enseignées. L’heure du bilan serait-elle venue pour moi ? j’éprouve en tout cas le besoin de dire et de coucher par écrit les conclusions auxquelles je suis parvenu. Même si elles restent un peu provisoires.

                   Avant Mai 68, les choses paraissaient claires et assez peu discutées. L’enfant en âge scolaire était là pour apprendre. Innocent et plein de fraîcheur, il se devait au prix d’efforts et d’attention de faire des progrès et de découvrir ses propres aptitudes. Un beau jour après cette période ingrate, il pourrait enfin s’exprimes librement ou tout au moins à sa guise, si cela lui chantait bien entendu…Je m’empresse de dire que tout n’était pas rose et que l’enseignement transmettant des connaissances précises pouvait facilement virer au dogmatisme, au rejet de l’innovation et en tout cas favorisait  cette dernière plutôt par le biais de la réactivité que par l’encouragement direct. Mais la nature humaine est ainsi faite que le processus, du moins pour le meilleur, était plutôt bénéfique. En effet rien ne vaut la contrainte pour donner envie de se surpasser en s’opposant à la génération précédente.

                   Depuis les choses ont changé et après une période d’ouverture et d’assouplissement fort sympathique, les effets inverses : refus de la directivité, laxisme, négligence dans la transmission de bases solides se sont tout naturellement épanouis. Comme toujours le balancier de l’histoire allait d’un excès à l’autre avec une prévisibilité tristement mécanique (confirmation des connaissances traditionnelles d’un certain Georges Gurdjief…)

                   Ce petit préambule était nécessaire pour justifier les prises de position qui vont suivre et qui sans cela risqueraient de paraître arbitraires. Or il ne s’agit en aucune façon d’élaborer quelques nouvelles théories ou de défendre un point de vue personnel à l’aide d’arguments subjectifs.

                   Continuons donc. Hanté par le désir de comprendre j’ai, au fil des années tenté de prendre du recul afin d’avoir une vision plus large et surtout plus impartiale. L’objectivité m’intéresse et l’honnêteté de la réflexion scientifique me convient plus que les élucubrations savantes et habiles des bâtisseurs de théories. Je parle ici de ceux qui, à partir de prémisses soigneusement sélectionnées et élaguées construisent un système harmonieux à leurs yeux  mais sans doute incomplet et entaché de subjectivité pour autrui. Mon intention en débutant était de parler d’abstraction ou plutôt de « non-figuration » et il est temps que j’entre dans le vif du sujet.

                   Les enfants c’est bien connu donnent dans le figuratif. Ne les ayant fréquentés qu’à partir de leur dixième année, je ne pouvais évidemment rien dire de sérieux sur ce qui a constitué leur prime jeunesse. Mais c’est un fait qu’en arrivant en sixième ils en sont là, à tel point que toute notion de forme, de couleur ou de proportion « en-soi » est tellement absente de leurs préoccupations qu’il est difficile d’en parler sans les voir décrocher séance tenante. De toute évidence cela ne les concerne guère. Ce qui les mets en mouvement c’est le sujet, de préférence pittoresque et affectif. Le bonhomme et le petit lapin. Goldorak et le laser qui tue. Certains diraient qu’ils ont déjà  perdu leur belle sensibilité et qu’à un âge plus tendre formes et couleurs les auraient intéressés sans supplément de signification anecdotique. Peut-être. Mais je suis un peu sceptique. C’est qu’il m’est quand même arrivé de côtoyer des bambins, ne serait-ce que mon fils et ses copains de la maternelle et que je n’ai pas été vraiment convaincu à cette époque par les qualités plastiques de leurs œuvres.

                   Donc l’enfant représente. Il figure son monde à sa manière et de façon totalement maladroite, même si d’un autre point de vue c’est efficace pour lui en tant que symbolisation de son monde intérieur, monde en pleine croissance organique et viscérale et dénué de toute préoccupation esthétiques. Car de ces  belles choses il n’a pas la moindre idée. A ces yeux cela n’existe tout simplement pas. Et c’est très bien ainsi…Mais alors ne parlons pas d’art. Evitons les récupérations douteuses, même si elles ont été d’excellents prétextes pour faire accepter par les doctes les pires facilités de l’art contemporain.

                   Ensuite le temps va passer et l’enfant grandir. Soumis a un enseignement sérieux des arts plastiques le naïf « descripteur » du monde intérieur totalement subjectif va arriver progressivement à concevoir qu’une couleur puisse avoir un goût, une saveur en elle-même, indépendamment de tout ce qu’elle va suggérer et faire surgir de réservoir de le mémoire. Le bleu ne sera plus émouvant simplement parce qu’il fait penser à un grand ciel d’été. Et le marron ne signifieras plus automatiquement le tronc de l’arbre (qui a jamais vu un bouleau ? Et comment imaginer un végétal aussi absurde ?).

                   Donc l’enfant arrivera progressivement si on se charge de l’y amener, à la notion d’abstraction ou de forme « en-soi ». Cela se fera sans doute par le moyen de suggestions qui n’ont plus rien à voir avec la spontanéité naïve, mais plutôt par la preuve, l’argumentation et le raisonnement. Toutes choses assez légitimes dans le cadre de l’enseignement public.

                                                                                           A suivre…

 

                                                                          Le Chesnay le 21 octobre 1995

                                                                          Copyright Christian Lepère   

                  

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Published by L'imaginaire
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