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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 07:10

       Sans-titre-1-copie-copie-1.jpg

                                                                               "Le masque" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1989

 

Le jour de la marmotte (suite)

 

            Maintenant, pour s’occuper il entreprend de séduire sa productrice. Cette jeune personne plutôt séduisante se laisse inviter au restaurant et la journée est ensuite meublée des distractions disponibles dans cette petite ville de province. Le soir venu il réussit à l’entraîner dans sa chambre d’hôtel et poursuit ses travaux d’approche. Mais il est trop pressé, trop sûr de lui et provoque la réaction prévisible. Il se fait gifler et congédier pour reprendre tout à zéro le lendemain à six heures.

            Comme il a de la suite dans les idées, il va revoir le           

  scénario en cherchant à l’améliorer à chaque fois. Après une bonne douzaine de gifles il finit enfin par arriver à ses fins. Il faut dire que tout cela lui a permis de devenir plus habile, mais aussi et surtout plus sincère. Sa productrice n’est plus la proie d’un collectionneur qui enrichit son tableau de chasse en traçant des croix sur le mur, il s’est pris de coeur pour elle. Il n’est plus un simple manipulateur, un obsédé du chiffre. Enfin il s’humanise et tient compte de l’autre. Cette excellente disposition va aussi l’engager à cultiver ses talents. Par exemple il se révélera sculpteur sur glace talentueux, pianiste d’un excellent niveau alternant classique et jazz et bienfaiteur du pauvre et de l’opprimé. Son ouverture devenant de  plus en plus sincère et non motivée par le bénéfice personnel, il arrivera même à séduire la jeune femme en se laissant séduire lui-même. De chasseur qui traque ses proies il est devenu partenaire attentif tenant grand compte des souhaits et des besoins réels de celle pour qui il penche.

            Et c’est ainsi qu’il va se réveiller une fois de plus à six heures, mais cette fois le lendemain matin. Et il n’est plus seul dans le lit. Le cercle infernal est brisé, le temps reprend son cours et la vie s’ouvre devant eux.

            L’histoire pourrait être simplement amusante et permettrait de distraire les copains en leur racontant les péripéties rocambolesques d’une histoire farfelue pas très crédible. Dans le genre comédie loufoque ça pourrait faire recette. Mais si ce film m’avait marqué, c’est sans doute pour des raisons plus subtiles. Peut-être bien qu’il nous parle de nous même et des pièges de l’identification que nous ne cessons de fabriquer pour nous y enfermer soigneusement.

            Après tout…Ne suffit-il pas d’observer bien des vies humaines, sans oublier la nôtre propre, pour constater à quel point nous nous répétons. A quel point nous revivons sans arrêt des scénarios à peine modifiés. Et cela en laissant tout au plus au « hasard » la possibilité d’introduire un peu d’inattendu. C’est tellement rassurant de savoir où l’on va, tellement confortable de continuer à suivre les rails habituels. Au moins on sait où l’on en est, on croit même savoir qui on est…on peut se justifier. On finirait même par se croire rationnel et raisonnable alors qu’on est simplement victimes de petites manies, souvent inoffensives, mais pas toujours…

            Je me souviens de l’époque où ma maman, ravie de voir son artiste de fils porter la barbe aurait été enchantée si je m’étais mis à fumer la pipe. Le personnage aurait alors été plus conforme à une certaine image qui fait rêver dans les chaumières. On aurait pu me décrire aisément et de façon valorisante. « Et vous savez, en plus, il a toujours des chemises noires et une écharpe rouge…Ne cherchez pas, c’est un artiste ! »

            Une originalité de bon ton, une identification immédiate, voilà ce qui peut rassurer les braves gens. Mais mon passé est de peu d’intérêt. D’ailleurs je porte toujours la barbe et souvent des chemises noires, mais la pipe a disparu du bric à brac et bien que continuant à peindre assidûment et de façon peu raisonnable je ne me prends plus trop pour un artiste. C’est devenu tellement banal dans notre monde contemporain où chacun peut se réaliser et affirmer son moi  le plus intime que mon souci maladif d’originalité me pousserait plutôt à me faire oublier. Mais c’est sans doute encore une ruse, une façon de n’être pas comme tout le monde, une forme d’orgueil particulièrement néfaste. Une façon de se démarquer. Mais comme l’a dit je ne sais plus trop qui (Un évêque parait-il…) : « Et en ce qui concerne l’humilité, je ne crains personne ! ».

            Alors, à bon entendeur…

 

                                                                          Le Chesnay le 9 mai 2013

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

      182-Pulsions-bariolees---------65-x-54-cm.jpg

                                            "Pulsions bariolées" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1991

 

 

Et la suite…


Yahne le Toumelin, ça ne vous dit rien ?

A moi non plus, il y a peu,

mais je suis accro à internet !

Alors rendez-vous la semaine prochaine

Pour découvrir une nonne bouddhiste qui pratique la peinture à l’huile…

(c’est bien plus difficile, mais c’est bien plus beau…)

 

 

          

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Published by L'imaginaire
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commentaires

Larry 04/02/2014 07:20

Keep posting.