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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 07:47

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                                                               "Le retour des errants" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2000

 

 

 

Troc de cœurs

Héloïse et Abélard  (suite)

 

              Hélas nous vivons dans un monde moderne multiple et contradictoire et riche en possibilités diverses. Tous deux familiers d’Internet ne purent s’empêcher de créer des blogs et de s’y épancher. L’exaltation de tout dire et de ne rien cacher les entraîna à bien des confidences. Intimes elles suscitèrent des réponses et des commentaires. Et cela les amena à faire des rencontres, virtuelles d’abord puis plus concrètes. Ils étaient jeunes et se trouvèrent branchés à d’autres. Un jour Abélard avoua à Héloïse  qu’il avait rencontré une jeune personne qui avait voulu en savoir plus sur ce qu’ils avaient osé faire. Et naturellement il avait été amené à montrer concrètement les lieux de l’intervention, les traces des points de suture et, preuve suprême, la réalité des battements de son cœur. Cela supposait une certaine intimité et Héloïse en ressentit du chagrin. Comme elle n’était ni naïve ni soumise, l’idée lui vint non pas de récriminer et de contester, ce qui est pour le moins maladroit, mais d’en faire autant de son côté. Les réseaux sociaux aidant elle pu faire bénéficier bien des jeunes internautes du récit de ce qu’elle avait osé faire. Cela lui amena une bonne cote de popularité et bientôt elle fut submergée par les appels. Tous voulaient savoir, tous voulaient se documenter pour pouvoir peut-être réitérer ce haut fait et même, qui sait, l’améliorer.

              La nature humaine étant ce qu’elle est, quelles que fussent leurs hautes qualités morales et la hauteur de leurs vues, Héloïse et Abélard en vinrent à éprouver moins d’attrait l’un pour l’autre. Tant de considérations extérieures venaient compliquer la noblesse de leur passion qu’ils se surprirent à de la tiédeur, puis de l’agacement. Tous deux avaient changé. Ils avaient découvert le monde et ses complexités, Facebook et les échanges virtuels, les contacts multidirectionnels, sans oublier la polyvalence de nos sentiments et la force de nos passions.

            Raisonnables ils décidèrent de se séparer. Ce ne fut pas aisé car nous ne vivons pas que d’amour et d’eau fraîche. Il y a des traites à payer, des charges à supporter, le réservoir du 4 x 4 à remplir et l’emprunt pour passer ses vacances aux Baléares à rembourser par mensualités, frais d’assurance et de constitution de dossier en sus.

         Alors ce fut l’enfer de la séparation avec la mise au point des dossiers, la réunion des pièces à charge, le calcul des cœfficients de responsabilité. J’oubliais les tentatives de réconciliation en présence de l’avocat qui espère faire traîner un peu les choses pour étoffer ses honoraires.

         Découvrant les tréfonds de l’âme humaine et l’horreur de la situation ils firent le nécessaire pour ne pas faire trop durer et enfin, un beau jour, ils se séparèrent. Puis se perdirent de vue.

                   C’est bien plus tard qu’au hasard d’un club de rencontre pour célibataires ils se retrouvèrent face à face. Ni l’un ni l’autre ne s’y attendait, chacun ayant fourni de lui un portrait assez flatteur pour ne pas dépenser son argent en vain. Ils furent dons surpris et quelque peu déroutés. Enfin comme ils s’étaient assagis en prenant de l’âge, ils convinrent qu’après tout le destin ne se débrouillait pas trop mal. Peut-être pourraient-ils renouer et partager une vie paisible de retraités en meublant leur temps libre avec des croisières de luxe et des activités culturelles au sein de clubs faits pour cela.

         Avec persistance ils recommencèrent et purent à nouveau espérer entendre leur propre cœur battre dans la poitrine de l’autre. Mais rien n’est simple et c’est à ce moment qu’Héloïse dut avouer à l’amour de sa vie que ce qu’il entendait dans sa poitrine à elle n’était plus ce qu’il lui avait donné. Après des années de bons et loyaux services le cœur d’Abélard  s’était montré défectueux. Virus ? Germe ? Usure mécanique ? Suite d’abus de bouche ou tabagisme ? Le fait accablant est que pour résoudre son problème d’arythmie et de palpitations  on avait du l’opérer à nouveau. Et cette fois ci le donneur, décédé comme il se doit, lui était totalement inconnu.

         Alors Abélard accablé n’eut plus qu’une dernière ressource, faire chambre à part, ou alors encore pire, accepter dans les moments les plus intimes l’ingérence d’une tierce personne dont rien ne prouve qu’elle aurait eu la noblesse d’âme de nos deux héros.

 

                                                                      Le Chesnay le 17 avril 2013

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

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                                              "Anima Animus" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1992

                                     

 

 

La semaine prochaine …

 

                En ce temps là j’avais vingt ans à peine et je griffonnais des poèmes échevelés sur des bouts de papier. C’était illisible et flamboyant et cela se termina comme il se doit au fond d’un tiroir. Mais les tiroirs sont faits pour être ouverts. Et c’est ce qui advint il y a peu. Alors, l’âge aidant je repris les choses en main, remaniai le style, fit des ajouts et des coupes sombres et le résultat devint plus présentable, si ce n’est d’un rationnel plus rassurant. Donc, cinquante ans après voilà le résultat d’un cheminement profond, d’une résurgence inattendue.

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Published by L'imaginaire
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