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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 16:54

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                                                        "Babel à l'aube" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 1999

 

 

De moins en plus et au-delà…

 

              Comme chaque matin les longs courriers se croisent dans le ciel. Comme chaque jour. Comme à toute heure, par tous les temps ou presque car les aléas météorologiques ont parfois leur mot à dire, leurs exigences incontournables. Les courbes majestueuses s’élancent, les rectilignes se tendent et se précipitent vers d’autres tout aussi inflexibles, les évitant au moment ultime. Perfection de la géométrie dans des cieux infinis. Destin de l’humanité qui s’écrit en lignes blanches dans un éther accueillant tous les possibles.  L’avenir du monde se trace en signes hyperboliques sur fond d’azur dans la lumière dorée du soleil levant.

              Et je suis là béant, assis sur mon séant, muet devant ce spectacle triomphal. Qui est à bord de ces grands oiseaux métalliques? Les grands de ce monde, bien sûr, et si Obama et Poutine sont peut-être en train de nous survoler se hâtant vers l’avenir du monde dont ils vont résoudre les conflits, bien d’autres plus obscurs tout de même, des magistrats, des P.D.G. guettés par l’infarctus, mais aussi d’obscurs délégués syndicaux et leurs épouses ni putes ni soumises et proclamant bien haut leurs exigences de justice sociale , de la revalorisation de l’indice de base nécessaire au réajustement d’une promotion  plus égalitaire, au mariage pour tous (Y compris pour les chiens d’aveugles qu’on a un peu oubliés dans toute cette agitation médiatique et sans qui les mal voyants ne seraient que ce qu’ils sont).

              Et toute cette humanité chargée dans des boîtes mobiles lancées à des vitesses prodigieuses se précipite à la rencontre de son destin. Que de projets inaboutis, que de rencontres qui n’auront pas lieu,  mais aussi que de discussions stériles qui seront évitées. Ah ! Si tout se déroulait normalement. Normalement c'est-à-dire selon la norme…ou plutôt le consensus qui fait que toutes choses possibles doivent nécessairement se réaliser. Sinon c’est trop injuste  et totalement intolérable. Enfin que font les chercheurs ? Ne sont-ils pas grassement subventionnés pour traquer l’imprévisible et le rendre évident, pour rendre indispensable ce à quoi nul n’avait jamais songé ?

              Une jeune slalomeuse s’élance tout son être tendu vers le fond du gouffre où elle va dévaler sans frein pour pulvériser le record. La fleur de sa jeunesse moulée dans une combinaison hyper pénétrante au coefficient de glisse véritablement révolutionnaire. Elle efface tout ce qui dépasse tendant vers la perfection formelle de l’œuf que rien ne peut freiner. Densifiant sa masse au-delà du raisonnable elle va pouvoir gagner le centième de seconde qui la sépare de l’ivresse de la toute puissance. La femme la plus vite du monde ! Du moins dans l’immédiat et tant qu’une autre n’aura pas atteint l’ultime perfection technologique et humaine qui permettra d’aller plus loin, plus haut, plus vite et sans délai…

              Pour le moment la gagnante est contente ou fait semblant de l’être. Car sous l’enthousiasme bien légitime se profile déjà l’inquiétude. Le malaise latent. « Je suis la meilleure ! ». Oui, mais jusqu’à quand ? Demain ? Dans un mois ? Ou dans trois minutes quand la suivante aura fini de dévaler la pente et aura pulvérisé le record à nouveau…Et puis notre corps biodégradable est tellement fragile. Une porte mal négociée, une fixation de ski mal serrée, un ligament croisé qui se rompt malencontreusement et c’est la glissade, le choc, les secours d’urgence, l’hélitreuillage jusqu’à l’hôpital le plus proche. Avant de terminer sa vie dans un fauteuil roulant en regardant la télé. Dur ! Dur ! Mais c’est ce qui est arrivé à Superman après une chute de cheval.

              En attendant les grands oiseaux migrateurs passent en faisant rugir leurs réacteurs, même si la magie de la distance les rend silencieux et leur donne la noblesse de ce qui échappe à la pesanteur. Libres de leur masse ils passent comme des songes, planant haut dans la stratosphère, glissant sans effort vers leurs buts transocéaniques. Plus loin que les lointains, plus loin que l’horizon qui dérive ils vont rallier Dubaï ou la Terre de Feu, les Galapagos ou Marie-Galante.     Et je suis là sur mon séant stupéfié par le spectacle du monde, anéanti, réduit à une présence physique dont la preuve reste à faire. Mais une petite sonnerie se fait entendre. Faible et persistante. Elle m’avertit de la fin d’un processus. Là, derrière la cloison, à deux mètres dans la cuisine, l’ingénieux appareil qui sert à énergétiser l’eau du robinet me prévient gentiment : les neuf minutes sont écoulées et tout est prêt. Ce soir je vais pouvoir faire ma soupe  et diluer quelques remèdes homéopathiques calculés au compte-goutte. Et je vais retrouver ma forme et mon enthousiasme.

              Alors j’y vais ! Il faut en profiter !

                                Car demain est un autre jour !

 

                                                                 Le Chesnay le 23 février 2013

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

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                                                        "Babel au crépuscule" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 1999

                          

 

 

Et la semaine prochaine…

Vous verrez bien !

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Published by L'imaginaire
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