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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:01

 

      Sans titre-2

                                                             "Ambiance pré-électorale" - huile sur toile - détail - 2012

 

 

Dis moi qui tu tagues (suite)

 

              Faut-il qu’à ce point il y ait mal être, manque viscéral et besoin absolu de hurler sa révolte pour en arriver là ? Car enfin, qu’est ce qui peut pousser un humain à user son temps et ses moyens à semblables débordements ? Bien sûr il y a la bande. Ca tient chaud au cœur de pouvoir s’opposer à la société au nom de la tribu. De faire partie d’une élite de révoltés qui vont mettre bon ordre aux injustices du monde. Ce n’est pas pour rien que Johnny qui est mon contemporain continue de fasciner les foules et d’être au top du hit-parade. Son mal de vivre soigneusement récupérée peut quand même permettre à beaucoup de se prendre pour un révolté solitaire totalement dépassé par la sagesse de Lucky Luke…Car si ce dernier est un pauvre cow boy solitaire s’éloignant dans le soleil couchant, il n’en reste pas moins plutôt cool et pas trop mécontent de son sort.

              Donc, inlassablement les tags défilent. Ils prennent de plus en plus d’ampleur en se rapprochant de la fièvre du centre urbain. Leur taille, leur acharnement à se superposer et leur polyvalence submergent tout. Après la gare de la Défense il n’y a plus un espace libre ! Hangars désaffectés, murs en construction, enceintes de stades et de cimetières, containers laissés à l’abandon, tout est investi et sommé de prendre parti pour un extrémisme encore plus radical qu’un autre. Partout la protestation explose, le virus contestataire prolifère, l’activisme se déchaîne.

              Pendant ce temps les voyageurs mijotent dans leur jus. Assis sur des banquettes souillées de tags au gros feutre, le casque sur les oreilles, la tablette tactile à la main ils surfent sur fond de musique hyper électronique ou lisent le journal tout en envoyant des SMS on ne peut plus urgents. Même un joueur de saxophone  illégal et bruyant n’arrive pas à attirer leur attention. Et pendant ce temps, derrières les vitres rayées d’inscriptions violentes et dégoulinantes de pluie les murs continuent de défiler hurlant leurs vains messages.

              Pourtant rien n’est perdu et les pires aberrations finissent par être réintégrées, digérées par le temps qui passe. Il n’y a qu’à faire confiance à l’accumulation. Quand un mur est plein, il n’y a plus qu’une solution : superposer. Et c’est ce que font les jeunes impitoyables. Sur un message jugé ringard ou obsolète ils vont en rajouter d’autres. Très vite c’est illisible, très vite tout s’emmêle. Et les intempéries accomplissent toutes les dégradations dont elles sont capables. Ainsi les couleurs les plus exaltées et les plus insupportables vont se fondre, retrouver des subtilités en se mélangeant à d’autres. En bref devenir beaucoup plus délicates et sensibles. La pluie et le gel vont faire leur œuvre en délavant, en morcelant, en créant des matières d’une richesse inattendue par la grâce du froid et de la sécheresse alternés. Et puis la végétation va pointer l’oreille. Mousses et lichens vont se propager apportant de fines nuances de vert et de gris, rongeant des contours trop brutaux. Adoucissant la dureté d’un slogan.

              Et puis enfin le printemps va revenir et c’est à travers une végétation toute neuve et exaltée que les murs tagués vont défiler au long du parcours. Après les bourgeons, les fleurs et l’on ne peut s’empêcher de songer aux impressionnistes, eux qui ont su tirer un tel parti des miroitements de couleurs les plus aléatoires.

              Ainsi le monde continue de défiler. Spectacle sans fin se renouvelant au fil des saisons, celles de l’année bien sûr, mais aussi celles de l’âme. Après la candeur naïve de l’enfance viennent les excès de la contestation adolescente puis le conformisme de l’âge mûr et parfois, si tout va bien, la sérénité de ce qui se termine et s’    apaise.

              Alors taguez jeunes hurluberlus ! Bombez à morts révoltés déliquescents ! Vomissez votre haine futurs épiciers ! Livrez vous aux excès avant de trouver ou de faire semblant de trouver votre place dans un monde à la dérive. Tout cela n’aura qu’un temps et puis le cycle se bouclera. De cette accumulation improbable, de ce salmigondis de formes, de textures et de couleurs, tellement mêlées qu’elles finissent par se neutraliser peut ressurgir une harmonie, une complétude. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était et la beauté sera convulsive…C’est ce qu’on prédit certains qui depuis sont morts…Paix à leurs cendres. Car la chose est bien connue et a été maintes et maintes fois vérifiée : c’est sur le fumier que poussent les plus belles fleurs.

 

                                                                 Le Chesnay le 11 février 2013

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

      Sans-titre-1-copie.jpg

                                        "Ambiance pré-électorale" - huile sur toile - détail - 2012

 

 

Et la prochaine fois ?

 

Vous verrez bien…

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Published by L'imaginaire
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