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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:26

                         615-Les-bas-fonds-detail-2.jpg       615-Les bas fonds- détail 3  

                                                                         "Les bas-fonds" - huile sur toile - détails - 2012    

 

 

    Dis moi qui tu tagues

(première partie)


              A droite c’est la forêt de Fausse Repose. Bien aménagée et accueillante au promeneur. Habitée de grands chênes qui dressent fièrement leurs fûts dominant broussailles et arbustes. A gauche des petites maisons, certaines un peu délabrées, d’autres beaucoup plus pimpantes. Les styles sont divers. Tout cela s’est bâti au hasard, suivant les goûts et les fantasmes de chacun, mais l’ensemble est plutôt agréable. Paisible et reposant en tout cas.

              Mais voici qu’entre les deux est apparu un espace interlope, une sorte de no man’s land vertical, occupant la surface des murs d’enceinte enfermant les propriétés. Parfois en brique ou en meulière, parfois crépis ceux-ci ont paru alléchants à des artistes spontanés saisis par des pulsions protestataires ou enthousiastes, sportives ou xénophobes. Tout est bon pour s’exprimer sur un mur, des opinions politiques rudimentaires à l’affirmation tribale de groupuscules néo punk ou hard rock, en passant par la proclamation d’une sexualité désinhibée. Pipi, caca, facho, dodo…

              Enfin le fait est là, accablant. Une surface vide ne saurait le rester. Les murs sont là pour prendre la parole ou servir de média à une vitalité exacerbée. L’humanité libérée de bien des tabous hurle son impuissance à assumer sa liberté.

              Donc tout cela est fort laid. Comme un Dubuffet ou quelque autre œuvre d’Art Contemporain Officiel. Mais je me reprends, je vais quand même rendre hommage à l’inventeur de l’Art Brut. Car sans lui bien des œuvres sauvages faites par des artistes amateurs bricolant sur un coin de table de cuisine ou dans leur garage seraient morts à tout jamais négligés. Obscurs et ignorés. Car il est vrai que parmi tout ce bric à brac, il y a des choses étonnantes. Pas forcément très habiles ou raffinées mais témoignant d’un enthousiasme et d’une créativité sauvage qui ont aussi leur prix.

              Mais mon errance aux lisières du bois a fini par m’amener à la gare Rive Droite, celle qui ouvre le chemin de la capitale en vous débarquant à Saint Lazare. La ligne est secondaire et l’ambiance paisible, tout au moins à cette heure où les foules qui sont parties travailler à Paris ne vont refluer que plus tard vers leurs résidences banlieusardes.

              Doucement le train s’ébranle. Il a tout son temps. S’infiltrant dans des tranchées, passant sous des ponts et des souterrains, longeant des jardinets de banlieue et des entrepôts déserts. Il va s’arrêter ponctuellement à chaque gare, avant de repartir sans hâte jusqu’à la station suivante. Le temps semble immobile. Il est froid et pluvieux. Il a un arrière goût de province.

              Tout serait calme et paisible, mais voila que sur chaque pan de mur qui défile derrière les vitres sales surgissent des flashes visuels violents et agressifs. Des tags sauvages souvent énormes, gratuits, totalement injustifiés. Et tout y a droit : une cabane pour ranger les outils du technicien de surface, un poteau indicateur solitaire et non concerné, les toilettes au bout du quai et même une camionnette de dépannage. Seuls les feuillages des marronniers y échappent, mais pas leurs troncs qui depuis longtemps ne sont plus gravés de cœurs et de prénoms entrelacés.

                                                                                 à suivre…

 

                                                          Le Chesnay le 11 février 2013

                                                          Copyright Christian Lepère

 

615-Les-bas-fonds--detail.jpg

                                                "Les bas fonds" - huile sur toile - détail - 2012

                                       

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Published by L'imaginaire
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