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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 09:47

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                                                    "L'âme du monde" - dessin aquarellé - 47 x 35 cm - 1995

                                                                   

 

Perte de repères

 

            Après avoir perdu ses illusions, voilà qu’il commençait à perdre ses dents. Pourtant il s’y attendait. C’est à un âge encore vert que la vérité lui avait été dévoilée sans grand ménagement par son dentistes puis par un stomatologue et d’autres spécialistes tous plus spécialisés les uns que les autres.

            « Eh bien vous n’avez pas de chance, vos gencives se résorbent attaquées par le tartre, cernées par des micro-organismes proliférants et pathogènes. Elles se défendent tant bien que mal. Elles gonflent. Elles se débattent. Elles font de la résistance. Hélas le mal est filtrant et petit à petit elles perdent du terrain. Non protégé l’os sous-jacent qui les supporte se résorbe à son tour. Vous n’avez pas de veine et c’est sans doute congénital. Vous êtes programmé pour… Dans quelque temps il vous faudra des appareillages amovibles et puis à terme un dentier. Mais vous savez on en fait de très performants et esthétiques. Et au moins vous n’aurez plus de problèmes ». C’est dur à trente cinq ans de s’entendre dire ça, mais il faut faire avec.

            Trente cinq ans plus tard et après de nombreuses péripéties, car bien entendu des solutions alternatives s’étaient révélées, même si elles n’étaient pas trop connues et même si elles étaient soigneusement occultées par les praticiens du tout venant, le voici qui commence enfin à perdre ses dents. Tout cela est anecdotique car on peut très bien vivre sans ou décider de se livrer à un implantologue qui au prix fort vous installera de discrètes prothèses plus vraies que nature.

            Pour l’anecdote je vais me permettre maintenant une petite digression qui en dit long sur les progrès techniques, ainsi que des mentalités dans ce domaine. La voici toute crue : Un très vieil ami à moi, un de ceux qu’on a presque connus en culottes courtes m’a récemment révélé une vérité inattendue. Ses parents que j’ai bien connus pendant de longues années, personnes joviales et accueillantes portaient des dentiers. Et je n’en avais jamais eu le moindre soupçon. L’histoire était simple et d’une logique accablant. Monsieur M., le père avait une dentition exécrable. Il décida donc vers la quarantaine de tout faire arracher. Solution courageuse et définitive. Mais comme il avait des principes et de la suite dans les idées, il avait décidé séance tenante que les dents de son épouse, bien qu’encore de qualité acceptable risquaient d’entraîner des complications  sans fin dans un avenir indéterminé. Il lui suggéra donc d’imiter son exemple et de tout faire remplacer par une prothèse. C’est ce qu’elle fit, car à cette époque une bonne épouse, mère au foyer, tenait encore compte des souhaits de son seigneur et maître.

            Par la suite monsieur M. était mort, mais son épouse fidèle, envers et contre tout, continue son chemin de vie à un âge plus que respectable et peut continuer à mastiquer paisiblement.

            Mais le destin suit son cours. Imperturbablement. Pour votre édification il se charge d’organiser un habile parcours d’obstacles dans le but louable de vous aguerrir en vous testant. Donc, après ses dents  et quelques autres détails négligeables, voilà qu’il venait de perdre son âme sœur.

            Âme, vous avez dit âme ? Qu’allez vous donc chercher là ? La science nous l’a bien dit et démontré preuves à l’appui, rien de tel ne saurait exister ! Il serait temps de perdre ces croyances obscurantistes en quelque réalité éthérée et impalpable survivant à notre anéantissement. Sorte de placebo pour lutter contre l’horreur du néant qui attend notre personne biologique.

            Certes, mais malgré tout d’autres scientifiques tout aussi savants, respectables et nobélisables au courant des dernières avancées dans leurs disciplines de pointe commencent à montrer des signes de perplexité. C’est que la matière, si solide et si rassurante dans notre quotidien n’est peut-être pas tout à fait aussi sûre et prévisible que ce dont on voulait se persuader. En réalité elle se dérobe sournoisement et plus on l’observe moins on la trouve. De scanner en microscope à balayage électronique, d’investigations par résonance magnétique en micro chirurgie au laser  on est en train de découvrir la terrifiante subtilité de ce qu’on prenait pour du concret palpable et consommable, de la viande et des os. Et puis au fait, nous disposons d’un corps biologique indéniable, mais n’avons-nous pas aussi une vie intérieure ? Des pensées ? Des émotions ? Des souvenirs ? Et tout cela est bien difficile à constater objectivement en disséquant un cœur ou en pénétrant une boîte crânienne même par les moyens les plus inattendus et miniaturisés. Enfin on peut toujours observer. C’est d’ailleurs ce que font les scientifiques dans leurs laboratoires avec des outillages d’une ingéniosité sidérante Ce qui devrait permettre de dévoiler des phénomènes au moins aussi subtils qui  avaient, jusqu’à présent, échappé à notre entendement grossier.

            Je ne sais si vous me suivez, mais vous pouvez toujours faire semblant. Je parlais donc d’âme sœur. J’entends par là le complément d’un être humain qui en s’incarnant et en devenant ainsi homme ou femme a en quelque sorte perdu l’autre moitié de lui-même qu’il est désormais condamné à rechercher inlassablement à l’extérieur pour se retrouver complet et content de l’être. L’incomplétude est le moteur des relations humaines.

            Certes le corps est fort utile pour cette recherche et cet accomplissement, mais il a tout à y gagner car sans cela il ne serait qu’un cadavre tiède, une masse de protoplasme toute occupée à se maintenir en vie et à proliférer. Qui a dit : « L’homme est un animal, capable de transcendance… » Je suis prêt à offrir un porte clé orné de ma photo à toute personne qui pourrait m’éclairer. Car ma culture a des lacunes. Donc, d’avance merci.

            Maintenant, si vous ne savez pas et n’êtes pas capable de m’apporter quelques lumières, ce n’est pas trop grave. Car nul n’est parfait et je ne saurais vous en tenir grief.

            Allez en paix ! Une excellente semaine à vous et à vos proches.

 

                                                           Le Chesnay le 18 janvier 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

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                                     "L'annonciation" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1987

 

 

Et après ça ?


Place à la créativité !

Les limites du possible reculent sans cesse

comme l’horizon qui semble fuir

à mesure qu’on s’en rapproche.

Nous avons tous les droits,

même celui d’être idiot

et débile !

De quel droit voudriez vous m’en empêcher ?

Non mais !

« Au cœur de nos poubelles »

attendra votre visite

la prochaine fois.

 

 

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Published by L'imaginaire
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