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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 12:13

555-Traces-de-palette-61-x-

                                                            "Traces de palette" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008

 

 

Confidences d’un électron libre

 

          Le texte suivant correspondant toujours à mes convictions actuelles n’a subi aucune modification, bien que je ne sois plus enseignant d’arts plastiques depuis quelques années.

 

            Circulant entre les cimaises d’une exposition à laquelle je participe, il m’arrive parfois de plonger mon interlocuteur dans la perplexité. Inévitablement l’honnête homme (ou femme) qui est en train de contempler l’un de mes tableaux finit par me poser quelques questions, d’abord sans en avoir l’air, puis de façon plus ouverte. Pertinentes ou naïves ces interrogations méritent réponse et suivant l’humeur je m’y emploie soit avec un sérieux professoral, soit de façon plus ludique.

            La première des préoccupations de l’amateur d’art est de classer ce qu’il voit dans le registre de ses connaissances. Face à une œuvre il se demande très légitimement à quoi on peut la rattacher. Quel courant pictural ? Quelle forme de créativité ? Quelle école ? Qui donc l’artiste fréquente-t-il et quels sont ses tenants et ses aboutissants ? A quoi rêve-t-il et que veut-il me signifier qui puisse intéresser le contemporain que je suis, avec le bagage culturel qui est le mien ?

            Dans mon cas, tout naturellement, devant la bizarrerie des sujets représentés, on commence par parler de surréalisme, d’imagination, de délire et de rêve. On me parle de Salvador Dali, on me questionne sur Jérôme Bosch et l’on me presse d’avouer une connivence avec Gustave Doré et une complicité avec Breughel. Honnêtement, je commence par acquiescer car je ne saurais nier la dette  due à ces créateurs d’envergure, à ces rêveurs de haut vol dont l’altitude me rend très humble.

            Parfois, cependant, plongeant au cœur du sujet et faisant fi de toute anecdote, je me présente comme un peintre abstrait. Stupeur, consternation, surprise amusée… L’honnête homme est-il en présence d’un farceur, d’un contestataire soixante-huitard encore convalescent ou de quelqu’un qui tout simplement déraille et se libère des concepts en les renvoyant à leur néant ?

            Je me dois de vous rassurer. Si mes tableaux représentent bien un monde magique avec une grande précision, ce que je ne saurais nier, il n’en reste pas moins que je suis avant tout un peintre. C'est-à-dire un artisan qui ne se veut ni illustrateur, ni naïf descripteur porté sur l’anecdote. A mes yeux la peinture est avant tout musique visuelle, harmonie de formes, de couleurs et de rythmes et pour cela elle n’a en principe nul besoin de se référer au monde « réel » si cher à nos sens.

            Quelque peu porté sur la métaphysique, il me convient d’envisager le monde non pas comme une collection d’objets et d’êtres, mais comme l’infinie mouvance d’un esprit qui « imagine » les formes et les situations. Si j’étais croyant, j’irais jusqu’à dire que Dieu n’a pas créé le monde mais qu’il est en train de le rêver. De toute éternité.

            Cette vision n’est ni naïve, ni idéaliste et je ne connais que trop, par expérience, la dureté du sol en cas de chute à vélo et la douleur cuisante éprouvée par le maladroit qui s’écrase le doigt à coup de marteau après avoir raté son clou.

            L’eau mouille, le feu brûle et les trains n’arrivent pas tous à l’heure, pour des raisons qui leur sont propres, tout à fait contingentes et indiscutables. Je vis comme tout un chacun dans un monde déterministe où les causes produisent des effets, heureux ou pas, selon mon appréciation du moment. Il me reste d’ailleurs quelques factures à régler et je crains bien qu’un joint de robinet ne soit à changer dans la salle de bains. Mais mon propos est sérieux et je ne voudrais pas m’en laisser détourner par quelque boulon mal serré.

            De tous temps et en tous lieux l’art a été considéré comme une recherche d’harmonie, de beauté et de cohérence. Magique, religieux ou profane, il n’a jamais été gratuit et a toujours répondu au besoin humain de transcender la mort et l’absurdité. Même si les styles et les techniques ont varié énormément. Même si certains arts anciens nous paraissent de prime abord déroutants ou effrayants ! Il n’en reste pas moins que leurs auteurs avaient des intentions positives.

            De tous temps et en tous lieux ? Sauf au 20° siècle où l’esprit humain atteint de mégalomanie galopante a voulu affirmer sa liberté en faisant systématiquement le contraire et en recherchant la laideur et l’incohérence avec un acharnement admirable.

            Hors temps et loin de l’agitation du siècle j’ai suivi mon chemin. Je ne sais si le résultat est convaincant, mais mon intention a toujours été d’atteindre un plus haut degré d’organisation, de cohérence et d’harmonie et à cet égard, l’équilibre d’un tableau est infiniment plus important que les détails qui le composent. Les scientifiques savent bien qu’il y a des émergences inattendues et que, notamment en biologie, une entité organique à partir du niveau cellulaire est beaucoup plus que la somme de ses parties.

            L’utilité d’une œuvre est donc d’être un « organisme vivant » témoignant d’un ordre supérieur. C’est aussi vrai pour la musique que pour l’architecture qui peuvent être des formes d’art sacré. Vrai également pour la plupart des productions humaines qui ne soient pas strictement utilitaires. Si une oeuvre n’indique pas la direction de la transcendance, elle est tout à fait vaine et se situe au niveau de l’élucubration, du gadget et de l’installation chère à nos élites actuelles.

            Donc abstrait je suis et resterai. Mais la complémentarité onde –particule qui seule peut actuellement rendre compte aux yeux des physiciens de la nature « ultime » de la matière, m’autorise  a être à la fois esprit et matière, rigueur et fantaisie, abstraction et vie foisonnante. Tout en conservant en prime la légèreté facétieuse de l’électron libre.

 

                                                                      Le Chesnay le 27 mars 2000

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

556-Au-pays-des-taches-61-x

                                                                                              "Au pays des taches" - huile sur toile - 61 x 50 - 2008

 

 

Affaire à suivre

 

Après ces affirmations péremptoires et définitives

laissons place au doute :

« Pertes de repaires »

Vous renseigneras à ce sujet

                                                   la prochaine fois.

 

 

                                                                    

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Published by L'imaginaire
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