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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 16:40

620-Serial killer en activité-bis copie-51x45

                                                     "Serial killer en activité" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2012

 

 

L’amer destin du serial killer

 

            Lui il était serial killer. Chacun son truc que voulez vous. C’est tout petit qu’il avait commencé à trouver sa voie. D’abord de façon discrète, par approches successives il avait progressé à petits pas, lentement et sûrement. Comme tous les grands destins le sien avait pris son temps pour se dessiner et s’affermir.

             D’abord le joyeux poupon potelé qu’il était à l’époque s’était montré coopératif. Il avait faim ? On le nourrissait. Il avait besoin de contacts physiques, qu’on l’embrasse et qu’on lui fasse des papouilles ? Pas de problème, maman était là et y pourvoyait. Et toute la famille formait un cercle rassurant et amical. C’est quand même mieux de ne pas être seul face à l’adversité.

            Mais il avait ensuite grandi et découvert le vaste monde, les objets inertes qu’on peut manipuler, les animaux plus réticents à se laisser faire et enfin les humains décidément moins coopératifs. Il avait donc exploré et expérimenté ce qui était bon signe si l’on veut un jour pouvoir assumer son destin en adulte responsable. Surtout il s’était penché sur ce qui était à sa portée. Encore petit il avait donc découvert le monde fascinant des insectes, juste à sa hauteur.

            Avouez que c’est amusant d’arracher une patte à une sauterelle. Et instructif. Comment va-t-elle se débrouiller avec celle qui lui reste ? Il est évident que si je lui arrache les deux il ne se passera plus rien. Le résultat sera donc décevant. De même si je plonge des cancrelats dans de l’eau chaude. Les voilà qui agitent leurs petites pattes en tout sens en s’agglutinant et s’entrechoquant. Bien sûr certains sont déjà morts et inertes, mais au moins le spectacle est vivant, plein de mouvement et d’exubérance. Si l’eau avait été bouillante le spectacle aurait été beaucoup plus court. Intense peut-être mais tellement frustrant. Quoi c’est déjà fini ?

            Les empereurs chinois, gens avisés et pleins d’une sagesse immémoriale avaient tout compris. Si vous exécutez un condamné à mort (condamné par vos soins, il va de soi.) séance tenante et sans préavis, la chose n’est guère intéressante. Pas de spectacle, c’est l’ennui assuré. Mais non, rassurez vous on peut avec un peu d’ingéniosité et de savoir faire prolonger le divertissement .D’abord on sait que le corps humain résiste aux agressions de façon peu raisonnable et qu’il faut insister. Si pour provoquer le trépas une seule flèche suffit, il faut qu’elle soit ajustée en plein cœur. Sans ça c’est moins efficace et ça peut durer. Ainsi donc, si vous vous y prenez bien, vous pouvez enlever au coupable, ou au supposé tel, un tas de choses qui dépassent sans engager son pronostique vital. Vous pouvez lui couper le nez, les oreilles, les ongles avec des tenailles et même lui ouvrir le ventre si les conditions d’aseptie sont respectées scrupuleusement. Vous pouvez même dans un grand élan de compassion le soigner, lui permettre de récupérer pour pouvoir le lendemain poursuivre vos expériences scientifiques qui vont faire progresser  la connaissance médicale et enrichir le savoir humain. On le fait bien avec des rats, avouez qu’avec quelque chose de plus complexe et de plus sophistiqué vous allez en apprendre plus. C’est tout bénéfice pour l’avenir de la domination du bipède vertical sur tout ce qui est moins évolué. Et les retombées collatérales peuvent être positives. Au moins on connaîtra les point faibles de l’ennemi et l’on pourra combattre les prédateurs qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes. Aux larmes citoyens !

            Mais je m’égare…Le sujet est si vaste et le temps passe si vite.

            Donc il était devenu expérimentateur et curieux de tout. Mais il commençait à se poser des questions. « Qu’est- ce que je fais ici ? » « Pourquoi j’existe ?» « Et après tout qu’est-ce qui m’intéresse ? ». Il y a des bonnes et des mauvaises choses, c’est sûr ! Les bonnes ? Celles qui me procurent des satisfactions ! Les mauvaises ? Celles qui m’ennuient…Il avait donc remarqué très vite que dominer ses semblables, leur faire peur, en un mot les manipuler  pouvait être grandement distrayant. Comme, en plus, les autres ont souvent horreur de ça le jeu n’en devient que plus amusant. C’est donc vers le crime et les sévices qu’il s’orienta tout naturellement.

            D’abord commençons par le commencement. Malmener ses petits camarades c’est banal. Maltraiter les animaux, enfermer le chat dans le four de la cuisinière ? On s’en lasse assez vite. Ah ! Violer les petites filles ? Intéressant ! Mais difficile avant la puberté. Pas grave…on attendra. Mais en attendant on peut toujours leur tirer les cheveux et leur pincer les fesses. Au moins on aura l’air normal.

            Puis il avait grandi et forci et était devenu plus savant. Donc plus apte à réaliser ses desseins Assez ouvert et dénué de préjugés sclérosants il avait donc pu se laisser aller à l’improvisation. D’abord il avait remarqué que la victime peut se présenter d’elle-même, aimablement. La joggeuse qui court dans les sous-bois, le jeune toxicomane totalement défoncé sont des bénédictions, des pousse-au-crime délectables. Il n’y a qu’à se baisser pour ramasser. C’est comme si ils le faisaient exprès. De même la mère de famille qui rentre tard le soir parce que les circonstances l’ont amenée à aller chercher du secours pour ses enfants. Je n’insisterai pas sur le cas des s.d.f. parce que vraiment ils le cherchent. Coucher sous une tente en plein hiver le long du périphérique et aller ensuite se plaindre parce qu’on vous a planté un canif rouillé entre les omoplates et que sans l’intervention du SAMU vous auriez attrapé le tétanos…Voyons soyons sérieux !

            Certains cas se révélèrent plus pittoresques. Ainsi cette concierge (eh oui, il y en a encore…) sauvagement agressée derrière les poubelles et qui n’avait survécu que par la grâce d’un chien chasseur de rats qui en hurlant avait réveillé tout l’immeuble. Ou la péripatéticienne qu’il aurait pu égorger tranquillement si elle ne s’était pas cassé un talon aiguille qui s’était coincé dans une plaque d’égout, provoquant ainsi sa chute qui avait attiré un promeneur nocturne  totalement indésirable pour la réalisation de ses vœux.

            Mais j’ai l’air pessimiste. Je dois donc dire pour respecter pleinement la vérité que à part quelques échecs ses projets avaient été souvent couronnés de succès. A trente ans son palmarès était plus qu’honnête et l’on songe à tout ce qu’il aurait pu faire si le destin ne l’avait pas trahi.

            Un jour donc il s’est fait prendre en flagrant délit. La police l’avait rejoint. Il passa en jugement. Il fut condamné car son avocat, timoré, n’avait pas compris toute la grandeur de sa motivation : devenir le centre du monde, prouver qu’il était le plus grand criminel que la terre ait jamais porté. Plus grand que Landru, plus grand que le docteur Petiot, plus grand même que Fantômas !

            Et c’est ainsi qu’il termina sa vie à Fleury-Mérogis, à un âge avancé. Totalement oublié par les médias. Amer et déçu. Alors si vous n’êtes pas une brute insensible macérant dans sa bonne conscience de petit bourgeois étriqué ne l’oubliez pas complètement. Même si il est redevenu anonyme après avoir auparavant porté un nom à coucher dehors.

 

                                                                 Le Chesnay le12 août 2012

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

                621-Serial-killer-retraite-46x38.jpg

                                  "Serial killer retraité" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2012

 

 

La semaine prochaine

 

Etrange époque que la nôtre.

Certains voudraient le mariage pour tous

alors que cette institution semble en grand péril

et atteinte d’obsolescence.

Pourtant

le masculin et le féminin continuent

De se rencontrer

et parfois de coopérer…

 Mais vous en saurez plus avec : « Marilou et Zarathoustra »

 

 

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Published by L'imaginaire
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