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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 17:17

 

335-Palais-fracasses------65-x-54-cm.jpg

                                                                "Palais fracassés" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2000

 

 

La fin du monde

et autres aléas

 

            La fin du monde n’a pas eu lieu. Pourtant le 12/12/2012 paraissait assez propice, sinon favorable. En tout cas ça sonnait bien ! Mais Paco Rabane nous avait déjà déçus après nous avoir fait miroiter un beau cataclysme, grand public et démagogique à souhait, méritant pour le moins un honnête succès d’estime. Enfin, c’est partie remise. Le 21 décembre 2012 sera-t-il plus favorable ? Les Mayas c’est du sérieux, de l’ésotérique. On devrait pouvoir leur faire confiance.

            Hélas ! Eux aussi se sont plantés. C’est à désespérer de tout. Alors qu’on touchait au but, qu’enfin on allait voir la fin de la crise par annihilation totale et définitive. Une solution élégante et sans bavure. Mais le destin n’aime pas la simplicité. Il ne peut s’empêcher de tout compliquer et d’emberlificoter des solutions inadéquates et pleines de suites complexes et à rallonge. C’est le karma universel diraient les esprits distingués. Et après tout c’est nécessaire si l’on souhaite que la belle histoire des « Mille et une nuits » ne s’arrête pas prématurément. Encore un peu, encore un petit peu…Encore une belle histoire grand-mère…C’était au temps jadis, au temps du vieux vieux temps, bien avant le déluge, quand les loups hantaient la forêt profonde…

            Marilou était contente. Délurée et satisfaite elle avait pu mener à bien sa petite virée parisienne. De sa banlieue verte et dorée, à l’ouest, elle avait tout prévu. D’abord prévenir ses amis et prendre date pour jouir du comité d’accueil puis prévoir son parcours et les horaires adéquats.

            A l’aube une petite marche à pied salutaire et revigorante dans les rues au charme désuet et provincial de Versailles. Puis le train de banlieue qui de halte en halte chemine le long de la vallée entourée des bois de Fausse Repose. Après Saint Cloud la vue devient panoramique et c’est tout Paris et ses abords qui s’étendent  en moutonnant vers d’autres banlieues, d’autres lieux ou la vie s’écoule dans son quotidien. Au loin la tour Montparnasse dresse son béton vertical en écho à la tout Eiffel, fière silhouette au métal acéré. Et c’est le moutonnement des toits et l’étendue des entrepôts. Un cimetière aligne ses tombes au long du quadrillage de ses allées. Ici repose. Ici repose. Ici repose… Enfin on l’espère car le train surplombe bruyamment l’endroit en longeant des murs tagués à mort, des hangars désaffectés voués à la célébration de rites néo contemporains, squattés par des S.D.F. et décorés d’hommages convulsifs à Elvis ou au salafisme. Enfin la Défense et à nouveau des murs tagués et surtagués. Plombés à mort. Des murs qui ont pris la parole mais qui hurlent en bégayant. Des surbookés de la communication. Des informateurs véhéments d’une effroyable ambiguité contradictoire. Des porte- paroles du chaos.

            Enfin Marilou atteint la capitale. Après avoir retrouvé ses amis et déjeuné chinois elle va pouvoir papoter et refaire le monde. Savoir enfin si son projet de tatouage discret et tendance sur la cheville est valable ou déplorablement has been. Si il lui convient de se recomposer avec son ex qui vient de réemerger après un stage d’entraînement quelque part en Afghanistan. Bronzé et prêt à imposer les justes vues de la charia à une humanité décadente infidèle au Prophète.

            Avouez que tout cela mérité réflexion, qu’il faut peser le pour et le contre et que l’action impulsive peut déboucher sur des lendemains qui ne chantent guère.

            Enfin Marilou décide de réintégrer son havre de paix, sa résidence haut de gamme avec portier électronique. Adepte des transports en commun elle décide de revenir par un autre trajet. Du plateau de Vanves ont peut rejoindre Versailles Chantier, comme si l’on venait de Montparnasse.

            La voilà donc devant le distributeur automatique. Elle introduit les pièces nécessaires et le billet tombe. D’un pas assuré elle se dirige vers le portillon automatique et introduit le billet. Tiens, il est refusé ? Nouvel essai. Nouveau refus. Essayons à côté… Refus également ! Le billet n’est pas valable ! Elle aborde des jeunes un peu désoeuvrés qui ne comprennent pas trop. Mais si ! Le plus vieux vient d’examiner la chose de près et a constaté que c’était un  billet de grande ligne. Elle retourne au distributeur, voit un billet qui attend et constate que c’est le bon. Voilà, le précédent avait été oublié par quelqu’un. Elle peut donc retourner vers le portillon composteur. Et ça marche ! Dans l’enthousiasme elle se dirige vers le quai sans même vérifier les horaires des trains prévus.

            La direction est bonne. Le prochain train ira à Sèvres Rive Gauche. Ce n’est pas le bon. Patientons. Le suivant va aussi à Sèvres. Pas grave ! Ah !  « Le prochain train ne s’arrête pas, éloignez vous du quai ! Danger ». Oui, mais le suivant également ! Et le suivant ! Encore un pour Sèvres Rive Gauche. Et le temps passe et il fait froid. En sens inverses les trains se succèdent. Tous vont à Paris Montparnasse pour la plus grande satisfaction des usagers.

            Après une très longue attente Marilou commence à douter. Certes c’est une petite gare qui n’est pas desservie par tous les trains, mais quand même…Elle se résout donc à ressortir, annulant son billet et perdant 2 € 80. Un rapide coup d’œil en coin lui confirme l’horreur, au panneau d’affichage aucun train n’est prévu dans l’heure qui suit pour Versailles Chantiers. La preuve est accablante : en fin d’après midi les trains pour cette direction partent tous de Montparnasse et ignorent superbement la petite gare du Plateau de Vanves. Et, ironie du sort, sous ses yeux sont passés plusieurs trains trop pressés d’arriver là où elle voulait aller.

            Il ne lui reste plus qu’à aller à pied à la lointaine station de métro qui lui permettra d’atteindre la gare St Lazare avant d’être emmenée à Versailles Rive Droite, comme elle l’avait fait en sens inverse le matin même. A nouveau petite promenade dans les petites rues provinciales de Versailles, noyées d’une obscurité hivernale.

            Et c’est ainsi que Marilou, bien lasse et pas très gaie se retrouve dans son appartement résidentiel. Après un repas léger elle va pouvoir se blottir devant sa télé, la toute puissante télécommande à la main. Enfin elle va pouvoir avoir des nouvelles du monde et de ses aléas. En tout cas une seule chose est certaine, ni pendant son déplacement ni pendant son absence la fin du monde n’a eu lieu parce qu’enfin, même si il lui arrive d’être un peu distraite et même si les informations ne sont pas complètes il reste invraisemblable qu’un semblable événement ait pu être occulté ou ignoré délibérément par des médias qui, il est vrai ne nous disent pas toujours tout.

           

                                                                 Le Chesnay le 22 décembre 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

181-En attendant la rouille                "En attendant la rouille" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1973

 

Et la suite… ?

 

Le crime et l’abomination, ça vous tente ?

Le temps est grisâtre.

L’hiver traîne son ennui.

Un peu d’adrénaline ça ne se refuse pas…

Alors à bientôt pour :

« L’amer Destin du Serial Killer »

 

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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commentaires

Michel Barthélemy 08/01/2013 11:39

« Palais fracassés »… Vision prospective de l’écroulement des orgueils investis dans « les affaires » des affairistes affairés ? C’est regrettable pour ces belles architectures, mais quel bonheur
si les egos dilatés aux mesures de la planète pouvaient réintégrer la sphère exiguë de leur moi ! On peut rêver. Surtout devant ces
magnifiques lumières aux accents typiquement lepériens.