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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 08:06

220-Aléas de la conjoncture  "Aléas                       "Aléasde la conjoncture" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1975

 

 

Au petit jeu de pile ou face

  

                Chacun connaît ce petit jeu. Confrontés à un problème qui nous turlupine, incapables de choisir entre la peste et le choléra et souhaitant avoir la conscience tranquille on s’en remet au hasard.

                Après bien des tergiversations on lance une pièce en l’air et on attend, pas longtemps il est vrai. Parfois elle tombe sur pile, parfois elle tombe sur face. Il arrive parfois que, ô surprise, mais c’est infiniment plus rare, elle retombe en équilibre sur la tranche et y reste contre toute attente. Mais qu’est-ce qui lui prend ? C’est pas possible… Je dirais même plus, ça n’est pas raisonnable !

                Et pourtant…Ma main qui fait partie de ma personne est composée d’os, de chair, de sang et de tendons. N’oublions pas les ongles et les petits poils sur le dos de la main et les phalanges. N’oublions pas les empreintes digitales qui par leurs aspérités rugueuses vont retenir la pièce plus ou moins. N’oublions pas non plus la canicule qui rend ma main moite et glissante et, enfin, le coup de téléphone de tout à l’heure qui m’a appris la mort du petit chat et confirmé que Bachar el Assad se porte plutôt bien. Tout cela conjugué m’a rendu un peu nerveux et a perturbé mon équilibre psycho somatique plutôt satisfaisant d’ordinaire.

                La liste des causes nécessaires et suffisantes pour justifier le résultat final est déjà assez longue mais toujours pas exhaustive. Donc celui-ci n’est toujours pas prévisible. Je ne connais pas encore tous les paramètres.

                Ca me rappelle  ma petite école communale de la rue St Maur (Paris – onzième). C’est là qu’on nous tourmentait avec des problèmes de robinets, de baignoires qui fuient et de trains qui doivent atteindre la Garenne Colombes en temps et heure de façon certaine. Mais là on trichait honteusement. On offrait à notre sagacité un faux problème, conçu par un pédagogue logicien dont le but était de nous tourmenter alors qu’il était l’heure du goûter ou d’aller jouer aux billes.

                Ainsi donc un fait n’est prévisible que si l’on possède toutes les données pour le prévoir. Or, ma main lance la pièce, c’est la mienne, pas celle de ma sœur. On a déjà noté  que nombre de ses caractéristiques entraient en jeu. A notre niveau macroscopique évidemment. Si l’on considère maintenant que ma main est un assemblage de cellules, que chacune de celles-ci est une monstrueuse usine biochimique dans laquelle un nombre invraisemblable d’échanges de molécules intervient à chaque microseconde et que au niveau atomique puis sub atomique c’est encore bien pire et infiniment plus rapide, on commence à se demander quel super-méga-giga ordinateur pourrait calculer tout ça et en déduire une probabilité statistique vaguement vraisemblable.

                Ah j’oubliais ! Ma main lance la pièce. Celle-ci lui échappe. La voilà maintenant soumise aux lois physiques : la vitesse, le coefficient de pénétrabilité de l’air, la densité hygrométrique, la chaleur ambiante (qui peut aussi jouer sur mon moral) toutes variables qui ont maintenant leur mot à dire. Veuillez m’excuser mais j’oubliais l’interférence non négligeable des courants d’air…

                Enfin la pièce retombe sur le trottoir ou sur la moquette. Et à nouveau une infinité de variables vont imposer leurs lois. Parce qu’enfin ma moquette ce n’est pas la vôtre, achetée à St Maclou et qui a des qualités très supérieures à celles du trottoir pour le confort de la voûte plantaire. Si tel est le cas le résultat va se trouver infléchi. Avec l’absence de rebond sur ce support moelleux  les chances pour la pièce de se stabiliser seront beaucoup plus importantes, même si elles restent infinitésimales.

                Enfin, ma main, la pièce, la moquette et celui qui lit ces lignes avec une patience admirable font partie intégrante du cosmos. Et c’est grand  le cosmos ! Mais quand même organisé et cohérent. La science affirme que les lois physiques sont identiques sur Bételgeuse et Alpha du Centaure. Et bien au-delà sans doute…

                Allons, bonnes gens, j’en ai terminé pour aujourd’hui. J’espère que ces quelques mots ne vous ont pas trop perturbés. Laissez moi donc vous souhaiter un prompt rétablissement en attendant la prochaine intervention d’un incurable inquiet qui ne peut s’empêcher de se compliquer la vie. Car après tout c’est son problème et pas le vôtre.

 

                                                                          Le Chesnay le 27 août 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

260-Groupe hétérogène

                                        "Groupe hétérogène" - eau-forte - papier Arches:28 x 57 cm - 1978          

 

 

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Prochain épisode : « Oui, mais quelle est la question ? »

 

Ce qu’il advint à un pauvre homme confronté à cette angoissante question sera exposé en détail, bien que de façon non exhaustive dans la prochaine chronique de ce blog.

En attendant faites de beaux rêves !

 

 

 

J’ai l’honneur de participer

a une exposition de gravures collective

avec 28 grandes eaux-fortes

et de nombreuses petites :

 

Manoir-du-Mad-oct-2012.jpg

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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Hamlet 07/10/2012 13:32

Être, ou ne pas être, telle est la question.
Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir
la fronde et les flèches de la fortune outrageante,
ou bien à s’armer contre une mer de douleurs
et à l’arrêter par une révolte ? Mourir… dormir,
rien de plus ;… et dire que par ce sommeil nous mettons fin
aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles
qui sont le legs de la chair : c’est là une terminaison
qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir,
dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras.
Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort,
quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ?
Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là
qui nous vaut la calamité d’une si longue existence.
Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde,
l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté,
les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi,
l’insolence du pouvoir et les rebuffades
que le mérite résigné reçoit des créatures indignes,
s’il pouvait en être quitte
avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
geindre et suer sous une vie accablante,
si la crainte de quelque chose après la mort,
de cette région inexplorée, d’où
nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,
et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?
Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ;
ainsi les couleurs natives de la résolution
blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ;
ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes
se détournent de leur cours, à cette idée,
et perdent le nom d’action… Doucement, maintenant !
Voici la belle Ophélia… Nymphe, dans tes oraisons
souviens-toi de tous mes péchés.
acte 3 scène 1