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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 13:39
"Crépuscule flamboyant" - huile sur toile - 61 x 46 cm - 1985

"Crépuscule flamboyant" - huile sur toile - 61 x 46 cm - 1985

En passant le pont

Suite et fin

 

           Au cours des âges on avait aménagé le cours de la rivière. Dans la plupart des villages traversés un petit barrage avec déversoir permettait de créer une zone navigable. Le courant y était plus paisible et une réserve d’eau fournissait de l’énergie au moulin. C’était le cas à Sermizelles. Mais il est bien connu que le progrès est l’ennemi de la tradition. Ainsi après- guerre le moulin servait de moins en moins ayant peu de grain à moudre. On s’était résolu à utiliser l’énergie produite  pour activer la scierie située sur une île au milieu du courant. Mais là aussi le progrès allait frapper et l’électricité remplacer une énergie naturelle moins abondante et intermittente selon les saisons.

          Comme toujours ce qui ne sert plus se dégrade et faute d’utilité on se désintéresse de la question. Pourquoi consacrer du temps et des moyens pour maintenir des aménagements anciens même pleins des charmes du bon vieux temps. Place à l’efficacité ! Nous vivons une époque moderne.

           Pendant des années le barrage et le paisible plan d’eau qu’il créait fût maintenu. On avait même aménagé une baignade avec plongeoir à cet endroit. Là où l’eau profonde était bordée d’une plage de sable amené par camion et renouvelé à la demande. C’était l’époque où les vacances se démocratisaient et où l’on se satisfaisait des possibilités locales. L’heure n’était pas encore à la mondialisation et pour beaucoup les vacances pouvaient se passer à la campagne, dans un cadre familial bon enfant. C’étaient les vacances des pêcheurs à la ligne et de ceux qui venaient se reposer en se retrouvant d’année en année entre copains.

           Mais le barrage vieillissait et s’en allait par petits morceaux. Personne ne songeant à le réparer sérieusement par manque de moyens. Mais c’est ne pas tenir compte de la nostalgie qui habite les braves gens attachés à leur lieu de vie. C’est ainsi qu’un ancien natif du pays  avait bien essayé de susciter un élan réparateur parmi la population. Un jour tout le monde avait été convié à venir nettoyer et remettre en état le barrage et son déversoir. On avait même poussé l’enthousiasme jusqu’à nettoyer et recreuser la canalisation permettant à l’eau de passer à nouveau sous le moulin sans entraîner une roue d’ailleurs absente. Et l’eau s’écoulait  revivifiant les eaux stagnantes de ce bras de rivière devenu mort. Une pelleteuse était même intervenue pour déblayer des bancs de sable qui achevaient de retenir l’eau sans lui permettre de rejoindre le courant principal vivifiant. Mais le renouveau avait été d’assez courte durée et l’année suivante tout aurait été à refaire.

           Enfin l’ère du camping de proximité était de plus en plus révolue. Alors que des camps rustiques s’étaient développés dans beaucoup de villages le long des vallées de la Cure et de l’Yonne, leur nombre ne faisait plus maintenant que décroître. Un cercle vicieux s’imposait : moins de vacanciers et moins de commerce local, donc moins de ressources, donc moins de vacanciers…Mais voilà le niveau de vie s’est amélioré et on circule mieux. Alors on va plus loin là où la télé nous appâte avec des images de rêve. Les plages de bords de Cure ne peuvent guère rivaliser avec celles de la Costa Brava si ce n’est toutes les autres du Club Med  où l’on peut se cultiver la tête tout en bronzant de la façon la plus intégrale. Et je ne vous parle pas de la Culture devenue indispensable comme moteur de consommation de la croissance. Mais c’est un problème infiniment plus vaste, celui de la mondialisation qui est en train de chambouler notre petite zone de confort en nous faisant participer à toutes les activités souhaitables pour le plus grand bien du libéralisme international.

                                                                 La Brosse Conge le 3 juillet 2017

                                                                 Copyright Christian Lepère 

          

"Crépuscule flamboyant" - détails

"Crépuscule flamboyant" - détails

350 - En passant le pont - suite et fin
350 - En passant le pont - suite et fin

Voilà 

tout est dit

et cependant tout reste à dire...

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Published by L'imaginaire
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