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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 08:17
"Chaise à porteurs" - huile sur toile - 40 x 61 cm - 1985

"Chaise à porteurs" - huile sur toile - 40 x 61 cm - 1985

En passant le pont

Suite

 

           Lieu de passage, le pont était aussi l’endroit de divers rassemblements. De la jeunesse aux retraités chacun pouvait y rencontrer son semblable ou son opposé. Opposé voulant aussi dire complémentaire dans le grand jeu de l’oie de l’existence. Car les motivations ne cessent d’évoluer au cours d’une vie un peu longue et bien remplie.

           On débutait par la rencontre de tricycles et de petits vélos avec stabilisateurs, après les voitures d’enfants des tout débuts. Cela sous le regard bienveillant des grandes personnes assurant la sécurité. En grandissant on continuait avec le vélo amélioré par un guidon de course pour décupler les performances. Puis on en arrivait à la mobylette avant de parvenir au scooter, summum du deux-roues efficace avant la moto de l’adulte confirmé. Pour ma part je n’ai pas dépassé le stade du vélo solex de mon grand-père. Un vaillant petit moteur à entraînement à galet faisant l’appoint pour soulager l’effort et ménager les mollets. Mais l’aide restait discrète et ne suffisait pas pour franchir la petite pente accédant au pont sans se remettre à pédaler…

           De toute façon la lenteur favorisait la contemplation du point de vue sur le village. Changeant de rive on changeait aussi de monde, voire de mœurs et de coutumes. Au-delà du pont plus rien n’était vraiment semblable. Pour les rares habitants du hameau le village était déjà la ville avec ses deux épiceries et sa boucherie. Il y avait même un maréchal-ferrant et occasionnellement un coiffeur. Sans oublier les débits de boisson où l’on peut se requinquer en bonne compagnie avec des boissons fortes mais cependant licites. Et taper la belotte entre initiés, anciens de 14-18 dont le nom par chance ne figurait pas au monument aux morts.

           Mais les affaires du monde sont fluctuantes. Ainsi il arrivait à l’occasion que les flots se déchaînent. Souvent au printemps l’eau montait inexorablement malgré les précautions prise pour éviter les risques d’inondations. Plusieurs barrages hydrauliques créés au cœur du Morvan d’où sont issus la Cure et ses affluents permettaient de régulariser le débit. Mais rien n’est parfait et les lacs artificiels étant pleins il fallait bien se résoudre à voir l’eau se répandre comme bon lui semblait.

           D’abord le débit augmentait et prenait un aspect plus menaçant. Chargée d’alluvions et de débris flottants l’eau boueuse envahissait les berges. Ensuite elle filtrait dans les caves du village avant de submerger la rue qui la longeait et, sur l’autre rive, les champs avoisinants. Le pont, de par son altitude toute relative échappait à la crue mais il arrivait qu’on ne puisse plus le passer, privés de voies d’accès encore fréquentables. D’ailleurs au-delà il était courant que la route menant au hameau et entourée d’eau telle une digue se voit elle-même coupée au niveau de l’abreuvoir. Là où les vaches allaient se désaltérer après une journée à l’étable ou dans les prés. Allait-on être isolés du monde ? Privés de nourriture ? Ravitaillés par les corbeaux ? Ou réduits à ne plus consommer que les produits locaux, pissenlits et escargots de Bourgogne ?

           Non ! Car il restait l’issue de secours. Privés d’accès à la route nationale, celle qui remonte droit au nord jusqu’à la capitale ou vers le sud en direction d’Avallon, on pouvait encore s’échapper par la colline…En gravissant la côte de la Rèche on atteignait le plateau. De là on pouvait redescendre sur les villages proches où des ponts restaient accessibles, sereins et insubmersibles dominant les flots déchaînés. Ensuite on n’avait plus qu’à se rendre à Avallon, petite ville pittoresque pleine de ressources usuelles qui permettent de subsister de façon pas trop frugale en attendant le retour des beaux jours.

                                                                                               A suivre

"Chaise à porteurs" - détails

"Chaise à porteurs" - détails

349 - En passant le pont (suite)
349 - En passant le pont (suite)

avec un peu de chance

nous finirons bien par atteindre

l'autre  rive...

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Published by L'imaginaire
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