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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 07:43
"Entrée d'usine" - huile sur toile - 80 x 80 cm - 2007

"Entrée d'usine" - huile sur toile - 80 x 80 cm - 2007

En passant le pont

 

 

            Depuis toujours la rivière longeait le village. Et nul n’y trouvait à redire. Assez large à cet endroit, sa profondeur était médiocre et cela permettait à l’eau de miroiter sous la lumière en vaguelettes innombrables. Le spectacle était mouvant, indéfiniment renouvelé selon l’heure, la saison et les événements climatiques.

           Parfois c’était la sécheresse. Sous un soleil de plomb caniculaire l’eau s’évaporait peu à peu laissant le caillou apparaître. Des bancs de sable se révélaient et parmi les herbes aquatiques emmêlées, des canoés et des kayaks s’évertuaient à descendre le courant chargés de campeurs ou de scouts. Mais les embarcations raclaient le fond et s’échouaient lamentablement. Il fallait alors sauter dans l’eau pour les tirer, les pousser ou les traîner sur la rive où ils pouvaient être transportés en aval pour retrouver des eaux plus profondes. C’était l’occasion de franchir quelques barbelés longeant le bord et de se piquer les mollets aux orties des rives en pestant contre les ronces et les branches mortes échouées. Pour le gamin que j’étais, parfois spectateur et parfois acteur, c’était l’aventure pleine de mystère et de péripéties, d’obstacles à surmonter et de hasards imprévus. Bref de tout ce qui vous permet de lutter et de prouver qui vous êtes. De faire face à l’adversité  et de vaincre  ce qui s’oppose à une volonté farouche de dominer la nature sauvage et sans merci.

           Bien souvent on pouvait observer ce genre de spectacle du haut du pont qui reliait le village au hameau où je résidais. Noble et ancien, tout en pierre de taille il remplissait son office depuis fort longtemps. Comme tous ses petits frères au long de la Cure qui est un affluent de l’Yonne puis de la Seine et dont les eaux après avoir traversé Paris se dirigent avec majesté jusqu’à l’embouchure pour finir par se jeter dans la mer puis dans l’immensité océane… J’avoue que cela me faisait rêver et donnait un peu d’ampleur à une vie un peu trop ordinaire à mon goût. Mais j’étais en cela comme tous les enfants qu’ils soient d’un âge très tendre ou plus adolescents. Timides ou délurés, sages ou exaltés mais animés par un besoin d’aller voir plus loin si le monde tient ses promesses.

           Donc le pont, remplissant bon an mal an son office permettait à tous, jeunes ou moins jeunes, fillettes ou vieux paysans chenus de passer d’une rive à l’autre. A pied, à cheval, en carriole et en véhicules automobiles. Egalement avec son vélo et de rejoindre le village et la civilisation dans un sens, ou bien la campagne supposée naïvement non polluée  dans l’autre. Car après tout il y avait le dépotoir du village un peu plus loin en aval. Et ce n’était pas triste…

           En franchissant ce passage sur l’eau on allait du village regroupé autour de son église fortifiée au hameau discret et un peu à l’écart où s'écoulaient mes jours campagnards. Mais il était aussi un lieu de rassemblement. D’abord pour les pêcheurs qui venaient taquiner le goujon, l’ablette et même le brochet dans les grandes occasions. Celles qui laissent des souvenirs glorieux. Bien sûr tout n’était pas serein et parfois une barque furtive remontant sournoisement le courant permettait à des petits malins de lancer un filet et de ramener en un instant ce qui aurait demandé des jours, voire toutes les vacances à des quidams plus scrupuleux  s’acquittant de l’achat de leur permis de pêche. Mais le garde-champêtre était rare et un peu dépourvu d’autorité.

                                                                                                A suivre

 

Entrée d'usine" - détails

Entrée d'usine" - détails

348 - En passant le pont
348 - En passant le pont

La suite viendra

ainsi qu'il est prévu

sinon vous pourrez adresser vos réclamations à qui de droit.

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Published by L'imaginaire
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