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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 09:00
"Gardiens du seuil" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2004

"Gardiens du seuil" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2004

Intermède périphérique

 

           Je coulais des jours heureux à la campagne en contemplant les bovins du haut de ma fenêtre. Tout à l’entour la nature verdoyait. Le joli mois de mai déployait ses fastes. Mais la vie est complexe, contradictoire et toujours alternée par soucis d’équilibre.

           Ainsi des obligations que je m’étais créées de façon un peu compulsive m’ont-elles amené à envisager un aller-retour de quelques jours dans la région parisienne. Je ne suis pas un fanatique de l’autoroute mais c’est quand même un moyen rapide de regagner la capitale. Certes les petites routes ont leur charme mais à condition d’être prêt à flâner. Prêt à se laisser détourner par le pittoresque qui peut vous entraîner dans ses méandres. Donc la voie rapide s’imposait pour respecter les horaires prévus et tenir mes engagements.

           A peine arrivé chez moi je retrouvai la joyeuse animation coutumière et mes habitudes de déplacements intra urbains. Ainsi pour aller à Paris j’ai repris les trains de banlieue. Toujours aussi ponctuels sauf incident indépendant de toute prévision raisonnable. Mais toujours aussi envahis par les accros des tablettes et autres smartphones, car nul ne saurait se passer de ses applications familières sans avoir l’air un peu bizarre. Au minimum débranché, has been et à côté de la plaque. Et ce de façon plus ou moins grave suivant l’âge,  le niveau bac + de la personne et son statut social, Tout cela sans appartenance communautariste déplacée.

           Enfin je schématise un peu car j’ai quand même noté parmi les branchés isolés par leurs écouteurs la présence de quelques lecteurs traditionnels, de ceux qui tiennent en main un bon vieux livre broché à la jaquette écornée. J’ai même parfois vu des gens assez désœuvrés pour jeter un coup d’œil sur le paysage. Celui-ci défilant derrière des vitres douteuses parce que rayées à mort par quelque signature rageuse identifiant des tags joyeusement bariolés faisant écho à d’autres investissant les abords de la voie ferrée. Tout cela proclame avec force les revendications d’égos hypertrophiés broyés par l’anonymat des villes-dortoir. Pour faire bon poids les sièges  aussi bénéficient du même statut d’affirmation primaire, mais de ce côté-là rien de nouveau sous le soleil. Dès la plus haute Antiquité tout un chacun s’est toujours senti investi du devoir de proclamer sa présence et d’en laisser des traces indubitables. Il n’y a pas que l’écorce des grands arbres qui soient ainsi tenue de témoigner et les bâtiments, en ruine ou pas, ont toujours permis à quiconque d’affirmer qu’il est venu, qu’il a vu et qu’il a vaincu…au moins l’oubli et l’indifférence des autres, de tous les autres dont l’anonymat n’est que mérité. Ainsi Julot et Nini se sont aimés à tout jamais et pour la vie conviant ainsi le monde à célébrer un souvenir impérissable. Et glorieux.

           Mais j’en reviens à mes visites parisiennes pour lesquelles j’ai fait usage de mon véhicule automobile. Ce qui m’a fourni l’occasion de retrouver ce bon vieux périphérique et la foule qui s’y presse à qui mieux mieux. Cet anneau magique est décidément bien pratique pour contourner la grande ville en évitant le labyrinthe des sens interdits et des voies pour taxis et autobus. Et il est exempt de tous ces feux rouges qui freinent votre enthousiasme et vous contraignent à attendre votre tour. Enfin c’est toujours exaltant de n’être pas seul et de participer à l’élan communautaire de tous ceux qui, momentanément, vont dans la même direction, avec un même élan tout juste tempéré par la limitation de vitesse.

                                                                                            A suivre…

 

 

"Gardiens du seuil" - détails

"Gardiens du seuil" - détails

344 - Intermède périphérique

Pas de panique!

le périphérique saura bien nous attendre

patiemment...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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