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  • : "L'imaginaire" selon Christian Lepère
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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 08:10
"Entrelacs" - huile sur toile - 46 x 38 cm

"Entrelacs" - huile sur toile - 46 x 38 cm

Ce que je veux et que je n’obtiens guère

Suite et fin

 

                 Comme je vous l’ai dit précédemment toute la société fonctionne sur le principe de base qu’on ne saurait être heureux que si on a tout pour l’être. Ce qui fait que l’important n’est pas de se sentir vraiment bien  mais d’affirmer qu’on a de solides raisons de le proclamer. C’est vrai aussi pour le malheur. Comment donc oser remettre en cause des bases jouissant d'un tel consensus? Et c'est pourtant ce que d'autres me firent découvrir. Leur explication était simple et méritait d'être soumise à vérification.

                 La voici donc en quelques mots. Si l'homme veut être heureux, assurément, c'est à la condition expresse et indiscutable que ce bonheur soit assuré par tout ce qu'il considère subjectivement comme indispensable. Etre heureux, certes, mais pas par n'importe quel moyen. On a sa dignité et l'on préfère être malheureux plutôt que de se résoudre à un bonheur non justifié par les préjugés en cours dans la période envisagée. Par exemple aller skier à Courchevel avec son jet privé  ou posséder une résidence de rêve au bord la mer d’où l’on peut contempler son yacht digne d’Onassis où l’on va sabler le champagne avec des top model plus que sublimes.

                 Or, dans ces conditions le bonheur ne peut être que dépendant. Pour l'un ce sera l'argent, pour l'autre la gloire ou la notoriété et pour beaucoup les satisfactions des rapports sociaux gratifiants. Avoir des amis, une famille, une descendance qui vous fait honneur, sans oublier l'amour et la sensualité. Voilà pour le commun.

                 Pour les êtres d'exception il faudra des conditions un peu plus originales. Etre le champion du monde du dix mille mètres ou le plus grand collectionneur de porte-clés. Enfin certains se plairont à considérer que seule la Présidence de la République sera capable de leur procurer toutes les joies nécessaires.

                 Mais voici qu'on m'assène maintenant l'affirmation contraire et que l'on vient me dire que le bonheur véritable ne dépend de rien. Et que d'ailleurs s’il dépendait de quoi que ce soit il serait tellement menacé à chaque instant que la jouissance qu'il procure s'en trouverait perpétuellement minée par la crainte de sa disparition. Interloqué par la logique de l'argumentation je n'en ai pas moins continué à faire comme si, malgré tout, telle ou telle chose pouvait quand même me rendre heureux, ou au minimum un peu moins insatisfait. Et je me suis acharné vers des buts divers qui, à mon avis devaient m'apporter quelques joies. Comme il se doit cette obstination a perduré et je n'ai pu y renoncer petit à petit que sous l'effet de l'accablement ressenti devant les échecs réitérés s'accumulant pour ma plus grande édification. Mais le temps est implacable et même mon opacité ne saurait y résister indéfiniment. J'en suis donc arrivé à ne plus croire à ce qui m'était apparu indispensable. J'ai cessé tout doucement de poursuivre mes chimères favorites. Je n'ai plus cru que les vacances, le beau temps et l'opinion des autres sur mes faits et gestes étaient nécessaires à mon bonheur quotidien. En un mot je me suis détaché.

                 Ai-je atteint par ce moyen un état stable et définitif? Je dois avouer que pour l'instant rien ne serait plus mensonger. Car perdre ses références, point d'appuis et croyances diverses n'est pas une mince affaire. C'est que l'on s'est identifié à tant de choses…Aussi nos habitudes invétérées sont-elles amplement suffisantes pour maintenir l'optique habituelle coûte que coûte.

                 Passer sans coup férir de la croyance en la responsabilité des causes extérieures à la pratique beaucoup moins naturelle de la remise en  question de nos prétentions les moins fondées relève carrément de l'ascèse et je crois bien d'ailleurs que s'il n'en était pas ainsi le monde tel qu'il perdure en prendrait séance tenante un sacré coup dans l'aile. Mais il suffit d'ouvrir Paris- Match pour se convaincre qu'il n'en est rien et que la poursuite effrénée du bonheur par les moyens habituels a encore beaucoup de beaux jours devant elle.

                                                                    Le Chesnay le 20 avril  1996

                                                                    Copyright Christian Lepère

                

"Entrelacs" - détails

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341 - Ce que je veux et que je n'obtiens guère - suite et fin

Jusque-là ça va?

Alors

à bientôt !

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Published by L'imaginaire
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