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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 07:50
 - huile sur toile - "L'amour vache" - 100  x 81 cm - 2013

- huile sur toile - "L'amour vache" - 100 x 81 cm - 2013

L’errant et la minette

 

             Avec ses longs cheveux flottants au vent d’automne il allait en grandes enjambées. Ses vêtements un peu rapiécés montraient assez sa condition. Celle d’un errant, d’un dérivant que toute  sécurité a fui. Dans sa tête exaltée des milliers de pensées s’entrechoquaient en mêlant leurs circonvolutions exaltées. C’était un labyrinthe de questionnement, une foire d’empoigne pour argumentations spécieuses, une redondance de points de vue antagonistes. Rien n’aurait pu dépasser en invraisemblance cet assaut de justifications contrariées ! Rien ! Pas même le spectacle de nos élus s’acharnant à rallier les suffrages pour accéder au poste suprême, devenir président de tous les Français.

             Eussiez-vous voulu être à sa place ? Sans doute pas car les prestations les plus musclées de Donald, l’homme le plus puissant du monde  vous accablent par leur efficacité douteuse, victime qu’il est de l’incompréhension de ceux à qui il veut éviter le pire. Et qui ne sont que des ingrats.

             Peut-être préfèreriez-vous vous prélasser au soleil. Et coincer la bulle en dégoisant sur les copains. Après tout ça ne fait de mal à personne et ça permet d’avoir une meilleure opinion de soi-même. C’est tout bénéfice je vous assure.

             Pour sa part, car c’est bien de cela qu’il s’agit, il ne pouvait faire autrement. Il le faisait donc…

             De son côté, dont je ne pourrais rien vous dire n’ayant pas eu accès récemment à ses opinions politique, pour autant qu’elle en ait eu, Hermeline avait un prénom charmant. Pas très grande mais toute en rondeur judicieusement réparties, elle se déplaçait d’un point à un autre avec une démarche chaloupée qui balançait ses courbes avec langueur. Mais vous voyez fort bien ce que je ne veux que suggérer. Sans vous imposer le moindre point de vue… d’ailleurs discutable si l’on est salafiste intégriste et soucieux de l’avenir de son âme.

             Elle promenait donc sa vacuité souriante avec une nonchalance non feinte à moins que ce ne soit très bien imité. Ce n’est pas elle qui aurait été couper ses cheveux en quatre car leur longueur soyeuse aurait découragé toute intervention en ce sens. Tout au plus se permettait-elle de se peindre les ongles des doigts de pied avec des couleurs très pop. Parfois, portée par l’inspiration elle y ajoutait même la frimousse de Mickey ou de Donald en décalcomanies finement transférées. Ce qui suscitait la jalousie de sa petite sœur dont les moyens financiers  plutôt  réduits étaient dévolus à d’autres priorités nécessaires à son train de vie d’adolescente.

             Mais Hermeline n’aurait pas été se compliquer la vie en vaines interrogations, ni cherché le pourquoi d’un comment qui s’imposait tout naturellement. N’ayant nul chat à fouetter ni de questions existentielles à résoudre de façon impérative elle poursuivit donc son petit bonhomme de chemin. Comme ça. En humant l’air frais d’une belle fin d’après-midi citadine toute enveloppée de pollution aux particules fines. Mais si fines et si coutumières que leur absence lui eut été un manque, une béance dans son quotidien, un manque de repère débouchant sur l’inquiétude. Un viol de son intimité subjective.

             La vie était-elle belle ? La question n’était guère pressante. Il suffisait de se laisser aller. De faire confiance à un destin propice. D’ailleurs son horoscope était formel, elle finirait bien par trouver ce qu’elle ne cherchait pas. Puisqu’elle n’en avait pas le moindre soupçon…

             Mais Nathanaël N’avait que mépris et condescendance pour quiconque ne s’inquiétait pas. Comment peut-on vivre sans se demander de quoi il retourne et à quoi peut bien servir ce long détour de l’existence ? De la naissance à la mort que de stérile agitation, que d’attentes enfiévrées, que d’espoirs déçus ! Et tout cela pour revenir à la case départ sans avoir rien compris ni rien oublié. Horreur et calamité ! Funeste déréliction !

             D’un point de vue concret et immédiat il n’était pas serein après avoir raté le bus qui devait l’emmener au Quartier Latin. Et pourtant il l’avait attendu mais au dernier moment le vertige engendré par la chute de reins d’une donzelle en baskets fluos l’avait distrait et détourné de son intention première. Que voulez-vous c’est humain ! Que celui qui n’a jamais failli lui jette la première pierre. D’ailleurs où la saisir dans ce monde urbain qui cache ses pavés sous une couche  d’asphalte impénétrable ? Donc personne ne l’avait lapidé mais il avait vu le bus redémarrer sous ses yeux incrédules. Ça lui apprendrait à se laisser aller à ses pulsions primaires indignes d’un intellectuel évolué qui lit Kant dans la version originale non expurgée.

             Ensuite il avait évité les bouches de métro dont l’haleine post prolétarienne déplaisait à ce tenant de l’écologie tout régénéré de nourritures  bio. C’est une chose d’avoir besoin de la capitale et de son effervescence culturelle, c’en est une autre de se laisser polluer par des miasmes nauséabonds. Dès le départ de son domicile, fixe ou presque, il avait négligé l’usage de sa mobylette et préféré la marche à la facilité pour se diriger droit vers son avenir qu’il souhaitait culturel et partagé avec des élites de lui seul connues.

Mais rien ne lui avait été dévoilé. Il était donc prêt à tout, relevant les défis et profitant des occurrences qui parsemeraient son périple.

             Pour Hermeline c’était plus simple. La fraîcheur limpide de son âme et sa confiance dans la providence guidaient ses pas vers un devenir inconnu mais plein de promesses. Après avoir fait quelques emplettes, renouvelé sa garde-robe  avec l’achat d’un jean finement lacéré autour des genoux qu’elle avait  charmants, mais juste ce qu’il faut pour ne pas être jugée has-been et reléguée au rang des vestiges de l’avant-dernière mode. Sans être non plus une fashion victime un peu snob. Elle y avait adjoint un tee-shirt particulièrement sémillant orné d’une tête de mort très graphique couronnée de roses d’un style gothique du meilleur goût. Mais toujours sans excès ni retenue exagérée. Et sans aucune inscription péremptoire affirmant des opinions discutables pouvant attirer des remarques désobligeantes. Tout cela était convenable et cependant libéré des tabous d’une société aliénante dans sa normalité intrinsèque.

             Moderne elle l’était. Moderne elle s’obstinerait à perdurer. Donc elle allait insouciante et libre. En sens inverse et selon sa logique propre Nathanaël venait à sa rencontre. Allaient-ils se rencontrer ?

Peut-être le saurez-vous la prochaine fois si mon état de santé me  permet de vous en dire plus. 

                                                                            La suite au prochain numéro

"L'amour vache" - détail

"L'amour vache" - détail

331 - L'errant et la minette
331 - L'errant et la minette

La suite vous intéresse?

Alors

rendez-vous ici la semaine prochaine!

A bon entendeur...

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Published by L'imaginaire
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