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  • : "L'imaginaire" selon Christian Lepère
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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 08:00
"Les grands espaces" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2004

"Les grands espaces" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2004

Noémie est partie

 

              Cette fois c'était fini et bien fini. Noémie reposait dans son cercueil de chêne  allongée sur un capiton satiné. C'était plutôt doux et confortable et il n'était pas utile de s'en faire. La mort l'avait figée dans une posture un peu hiératique mais sans excès. Il est vrai que l'éternité c'est très long et qu'il vaut mieux se ménager si l'on veut faire bonne figure. Donc, sous la dalle grise dans le caveau obscur son corps pouvait reposer paisiblement.

              Sans préambule l'affaire avait été vite bouclée. Un jour qu'elle flânait en rêvant parmi les herbes folles ondulant au flanc du coteau elle avait ressenti une petite douleur . Discrète et anodine comme l'éclatement d'une bulle de savon. Sans doute étais-ce dans le cœur ou dans son voisinage. Légère et fugace la sensation se révéla cependant mortelle.

              Dans un soupir elle s'était laissé choir dans les plis chiffonnés  de sa robe à fleurs. Tendre corolle aux couleurs pastel. Tout était paisible. La nature était complice. D'ailleurs le spectacle n'inquiétait guère car elle gisait tel un bouquet de marguerite jonchant la prairie parmi les pâquerettes et les boutons d'or.

              Mais revenons sur ses antécédents. A quoi le décès avait-il mis fin ? Quel en était le point final ?

              Heureuse son enfance l'avait peu marquée. D'abord ses parents lui avaient épargné le catéchisme et son âme était innocente comme un matin de printemps. En elle ni croyance ni superstition. C'est pourquoi à son trépas elle ne fût pas accueillie par les anges ou la Sainte Vierge. N'ayant jamais côtoyé de lama tibétain elle n'eut pas de visions de divinités tantriques grimaçantes et terribles  ni d'autres plus compatissantes dans leur transcendance extatique. Enfin, comme elle avait aussi échappé au rationalisme pur et dur des doctes scientistes elle ne croyait pas au néant qui attend toute créature persuadée de sa biodégradabilité irrémédiable. Pour elle tout restait ouvert. Dans son innocence naïve elle était prête à tout, prête à s'ouvrir au mystère infini du monde qu'on dit réel.

              Comme son trépas avait eu lieu à la campagne rien ne fût fait pour la ranimer. Pas de SAMU ni de secours médicalisés intempestifs. Pas d'intervention lourde et nul électrochoc pour la ramener à la vie de gré ou de force. Pas de massage cardiaque compatissant mais superflu. Le destin lui avait donné sa chance.

              Et c’est pourquoi sans doute elle n’a pas cherché à s’attarder. Un peu lasse de côtoyer sa dépouille elle s’en est écartée, la laissant comme un vieux vêtement abandonné sur le dossier d’une chaise. Pas de bla-bla, de falbala ni de souvenirs à perpétuité. Ni fleurs ni couronnes diraient les intransigeants, les jusqu’auboutistes les plus radicaux. Mais ce n’était pas son cas.

              On avait pensé à la crémation qui est une façon de redonner au corps un dernier sursaut énergétique comme le bouquet final d’un feu d’artifice qui clôt les festivités et y met fin. Mais c’est fugace. Eparpiller ses cendres au vent est certes poétique mais aussi un peu radical.

              Donc lassée d’une vaine attente son âme s’en est allée. Qu’en dire de plus ? Le monde est si vaste et le mystère si impénétrable. Mais comment pourrait-il ne pas y avoir de suite ? Autant croire aux miracles. Sur cette planète aussi bleue qu’une orange les choses vont leur cours. Elles se suivent et s’enchaînent. Indéfiniment.

              Bien sûr des âmes chagrines agrippées à leurs rationalisations vous diront que tout cela n’est que vaine rêverie, désir de perdurer au-delà de toute évidence. A moins qu’ils n’aient tout simplement une peur frileuse de l’inconnu qui nous attend sans se presser car il aura le dernier mot que ça nous plaise ou non.

 

                                                       Le Chesnay le 15 décembre 2016

                                                       Copyright Christian Lepère

"Les grands espaces" - détail

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N'ayons pas peur 

des sujets 

qui

fâchent.

Je vous parlerai donc de ce que je n'ai jamais vu mais qui m'intrigue : les ovnis, leurs tenants et leurs détracteurs

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Published by L'imaginaire
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