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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 08:05
"Au fond des bois" - Terre cuite peinte - 70 x 50 x 30 cm (hauteur) - 2010

"Au fond des bois" - Terre cuite peinte - 70 x 50 x 30 cm (hauteur) - 2010

Libre arbitre sous influence

 

               En tant que mécanique biologique perfectionnée nous fonctionnons comme nos sœurs les bêtes. Pour assurer son projet la nature nous a dotés d'un accélérateur et d'un frein. A moins que la paresse ne nous pousse à bailler aux corneilles en nous délectant de débilités télévisuelles n'entraînant pas d'agitation superflue. Auquel cas ces améliorations sont inutiles.

               Pour l'accélérateur la nature a tout prévu. D'abord les instincts qui assurent notre survie animale, puis les pulsions et enfin les désirs, ceux-ci étant plus intellectuels et souvent prémédités. En guise de freins  nous avons les peurs comme n'importe quelle proie pourchassée par ses prédateurs naturels. Ensuite viennent les inhibitions dont la culture ambiante nous a gratifiés, nous évitant ainsi de perdre la face en nous laissant aller au naturel, par exemple compisser un pied de réverbère sous prétexte d'une nécessité impérative. Ou bien  pousser par la fenêtre la personne dont le rire strident nous horripile. On sait d'ailleurs que l'alcool désinhibe et permet de passer à l'acte, ce qui le rend très populaire. Mais cela peut valoir de se retrouver dans la case « prison » dans le grand jeu de l'oie de l'existence.

               Ainsi notre comportement semble se résumer à un jeu de forces antagonistes qui nous poussent ou nous retiennent.

              De tout temps ce schéma a paru un peu court. Que diable ! Nous sommes des humains, intellectuellement performants et capables de se soumettre à des lois et des interdits. D'ailleurs les religions ont enfoncé le clou. Entre le Bien et le Mal on peut toujours choisir. Choisir ? Oui ! Puisqu’on peut peser le pour et le contre. Et voici qu'est apparue la notion de libre arbitre.

               Entraînés par nos bas instincts, Dieu sait de quoi nous pourrions nous rendre coupables ! Le vol, le viol, le meurtre et l'infamie nous guetteraient. Oui, mais il y a la volonté. Certes certains n'en ont guère et sont justement méprisés alors que d'autres se mènent eux-mêmes à la baguette avec une ardeur admirable. Ceux-là se feront respecter et pourront même devenir Grand Inquisiteur, condamnant au bûcher, mais pour le bien de leur âme, les indécis et les faibles qui se laissent dériver au fil du courant…

               J'avoue que depuis quelque temps ce beau consensus me paraît suspect. Nous serions donc libres de choisir et dans ce cas les conséquences de nos actes seraient bien différentes, voire contradictoires, selon l'option envisagée. Or, si le monde est infiniment vaste et subtil et complexe, il semble également être d'une précision effarante. Toute cause engendre des effets et si une multitude de causes conjuguées est indispensable pour provoquer le moindre résultat, il n'en reste pas moins que l'histoire du monde qui a précédé ne peut aboutir qu'à l'état des lieux que l'on constate. D'ailleurs si l'on était libre on remettrait en question à chaque décision la totalité du processus cosmique universel. Puisque tout se tient, tout s'enchaîne et influence de proche en proche tout ce qui est mitoyen. C'est à dire tout. C'est à dire l'infini.

               Vous me suivez ? Dans le cas contraire ce n'est pas grave. Il vous suffit de zapper. Je veux dire quitter ce blog débile où l'on coupe les cheveux en quatre en se demandant combien d'anges peuvent s'asseoir sur la tête d'une épingle.

               Je vais cependant insister. Je viens de dire que nous n'étions pas libres. Et je persiste. Pourtant nous pouvons faire preuve de volonté. Par exemple en nous mettant au régime pour perdre les disgracieux kilos qui nuisent à notre esthétique. Ou en décidant que demain on va apprendre le russe.

               Hélas ! Trois fois hélas ! Ne s'agirait-il pas tout simplement de désirs s'opposant à d'autres désirs ? Tels que se goinfrer à l'aise ou ne pas apprendre le russe car ce serait une perte de temps stérile quand on est charcutier à Carpentras et que la clientèle est plutôt autochtone.

               Or, sommes-nous les auteurs de nos désirs ? Ils surgissent à vrai dire à l'improviste des profondeurs obscures où le passé les a façonnés à partir de tout ce que l'on a vécu et mémorisé. Et voilà qu'une occasion leur permet de faire surface. Serions-nous influençables à ce point ? Et pour en être libres ne nous resterait-il plus qu'à faire le mort ? Éviter toutes les tentations, ne plus lire le journal, ne plus se laisser hypnotiser par la télé. Avancer à tâtons dans la rue, les yeux fermés  pour ne plus être sollicités par des créatures de rêve qui sourient langoureusement du haut de leurs affiches.

               Enfin tout cela n'est pas bien grave. D'ailleurs la fin de l'année approche. Les fêtes se profilent avec leurs rêves de champagne et de foie gras. Et les nouvelles du monde ne sont pas toutes catastrophiques. Et puis c'est à chacun de voir comment il se sent, libre comme l'air ou mené par le bout du nez par ses pulsions biologiques et son désir de conformisme. Ou d'anticonformisme selon les cas. Ce qui revient au même.

 

                                                          Le chesnay le 23 novembre 2016

                                                          Copyright Christian Lepère

 

               La publication de ce texte ayant été retardée pour diverses raisons, je vous prierai d’excuser le côté anachronique de sa conclusion. Les Fêtes sont passées ? Vive les Fêtes !

 

"Au fond des bois"

"Au fond des bois"

"Au fond des bois"

"Au fond des bois"

Bien entendu

vous êtes libres de souhaiter connaître la suite

de ces réflexions 

qui n'engagent que leur auteur....

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Published by L'imaginaire
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