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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 08:03
"Miroir mon beau miroir" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2003

"Miroir mon beau miroir" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2003

Miroir, mon beau miroir…

 

             Quoi de plus familier et de plus poétiquement rassurant que le reflet dans le miroir ? Pourtant il suffit d'un léger doute, d'une incertitude passagère où l'on ne se sent pas si solide que cela pour avoir besoin de se réconforter. Il suffit alors de se planter devant pour y retrouver l'image rassurante  de soi-même. Rassurante ? Ah, bien sûr pas toujours… Mais à part les lendemains de fêtes arrosées et les convalescences après quelque épisode nauséeux, grippe ou gastro de saison, l'effet est plutôt salutaire.

             Pourtant ce n'est pas si simple. D'abord parce que le reflet qui nous paraît unique et indiscutable n'en est qu'un parmi une multitude de possibilités virtuelles. C'est inquiétant et remet en cause toutes nos perceptions visuelles. Car le reflet n'existe que parce que quelqu'un est en train de regarder le miroir d'un point particulier et de se fabriquer une image mentale pour lui évidente et objective. Sinon les milliards de photons qui, à chaque instant  rebondissent sur la surface du miroir iraient se perdre Dieu sait où, se répercutant sur tout ce qui le permet a moins d'être transformés en chaleur par une matière absorbante et non réfléchissante.

             A chaque seconde, à chaque milliardième de seconde une infinité de reflets possibles se présente. Et parmi tous ceux-ci un seul se trouve matérialisé en devenant une image mentale, sorte de mirage élaboré par la complexité des interférences entre les synapses de nos neurones… Hors de notre cervelle, point de reflet. De même que l'appareil photo enregistre une image qui sans lui n'existerait pas, sans nous il n'y aurait jamais de reflet dans le miroir mais simplement une multitude d'ondes, vibrations multiples se propageant à des vitesses prodigieuses au sein du vide universel, quantique ou pas selon vos croyances ou vos références à la physique du même nom. Sans nous il n'y aurait pas de reflet dans le miroir.

             Mais voilà que je m'égare parce que le «  sans nous » ne réduit pas à néant nos amies les bêtes disposant d'yeux comparables aux nôtres et donc capables d'élaborer des images mentales. Ne fréquentant pas ces charmantes petites bêtes ronronnantes, j'ignore si un chat se « reconnait » dans un miroir. Mais il est certain qu'il y voit un reflet même s’il ne réalise pas ce que c'est. Peut-être croit-il que c'est aussi réel que ce qu'il voit derrière une vitre et qu'il ne peut pas atteindre ? Peut-être pourriez-vous combler une lacune dans mon appréciation du monde en me faisant part de vos observations de Minouchat qui vous réconforte de sa chaleur complice à l'heure où le jour décline irrémédiablement.

             J'en arrive au second miracle. L'expérience le confirme, à chaque instant plusieurs personnes postées devant le même miroir vont percevoir chacune un reflet particulier, irremplaçable, et chaque image dans chaque cervelle va être en perspective, c'est à dire déformée et mensongère même si avec l'habitude nous nous en accommodons très bien. Excusez- moi d'insister. Nous croyons percevoir la réalité alors qu'il ne s'agit que d'une traduction, une interprétation tellement spontanée et naturelle que nous ne nous en apercevons même pas. Essayez donc d'expliquer à un Australopithèque qu'il voit les choses en perspective. Il aura du mal à vous suivre. Pourtant  une vache ou un zébu bénéficient de cette même vision qui ne leur pose aucun problème pour se nourrir ou échapper au prédateur pourvu des mêmes caractéristiques de perception. A notre échelle nous constatons que nous pouvons serrer la main tendue par un ami ou faire la bise à la fille de la concierge avec un pourcentage de réussite impressionnant.

             Ainsi la réalité physique régie par les lois de l'optique est d'une complexité et d'une subtilité effarante. Nous vivons dans un monde d'interrelations ou tout réagit sur tout instantanément. Les images que nous enregistrons du monde n'ont qu'une valeur incroyablement sujette à caution. Et surtout on peut conclure en disant que chacun vit dans son monde qu'il se fabrique lui-même à chaque instant et en toute circonstance. Pour le meilleur et pour le pire.

            

 

                                                                 Le Chesnay le 7 novembre 2016

                                                                 Copyright Christian Lepère

"Miroir mon beau miroir" - détail

"Miroir mon beau miroir" - détail

"Miroir mon beau miroir" - détail

"Miroir mon beau miroir" - détail

"Miroir mon beau miroir" - détail

"Miroir mon beau miroir" - détail

J'espère 

que ces considérations ne vous auront pas

donné le tournis.

Sinon il ne vous reste plus qu'à aller prendre l'air en faisant très attention pour traverser la rue.

Toutefois la vision du conducteur du bus étant en perspective je crois qu'il saura vous éviter...

Bonne chance!

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Published by L'imaginaire
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