Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 07:56
"Nostalgie" - huile sur toile - 80 x 80 cm - 2006

"Nostalgie" - huile sur toile - 80 x 80 cm - 2006

Le Beaubourg de Monsieur Pompidou

 

             Somptueuse la pollution recouvre la capitale d'un voile triomphant. Par ce beau soleil hivernal Paris repose sous une lourde chape de particules fines. L'alerte est lancée. Il faut restreindre les activités et se déplacer avec prudence, sinon gare à nos bronches et à notre avenir citadin. Souhaitez-vous profiter longuement de votre retraite de fonctionnaire ? Envisagez-vous de vous maintenir à flot malgré les vicissitudes de la modernité ? Alors attention ! Soyez circonspect et prenez le métro, l'air y est plus sain qu'en surface.

             Je suis maintenant en train de flâner dans les ruelles qui jouxtent l'Hôtel de Ville. C'est le cœur de Paris, vétuste et pittoresque avec le charme un peu désuet de ses vieux immeubles et de ses voies bordées de boutiques et de commerces de proximité. Mais le monstre n'est pas loin...Il se tapit derrière tout cet enchevêtrement, il se planque dans le labyrinthe comme s'il voulait se faire oublier.

             Soudain c'est l'attaque ! La bête se dévoile, elle surgit et s'affirme dans toute son arrogance. C'est à peine si on a pu la pressentit et tout à coup elle est là. Des tubulures aux couleurs criardes, de géantes pièces de lego, des écoutilles monstrueuses et incongrues, sans doute utilitaires, c'est bien le moins. Et tout cela accumulé forme un gadget gigantesque qui vous submerge de sa prétention boursouflée. Ici on a fait très fort. Beaucoup mieux encore qu'avec la Pyramide du Louvre qui elle, au moins n'est pas laide en elle-même mais simplement hors de propos. Infiniment mieux qu'avec les Colonnes de Buren qui ornent le Palais Royal comme un dépôt dérisoire de présentoirs à chaussure pour commerce branché. Les dites installations paraissant délicieusement vieillottes avec le charme suranné des vestiges d'une époque déjà anciennes. Certes elles sont laides et d'un inintérêt flagrant mais on a eu le temps de s'y habituer en allant y promener son chien par de belles soirées paisibles. Et puis leur taille est modeste et malgré leur âge elles se portent bien. D'ailleurs elles accueillent encore la visite révérencieuse de touristes venus de fort loin pour se régénérer dans le bouillon de culture parisien.

             Mais on n'en est plus là. Place à la mondialisation. C'est de tous les horizons que les foules cosmopolites convergent vers ce centre culturel au cœur du patrimoine de l'humanité. C'est par cars entiers qu'elles se pressent toutes races confondues, toutes traditions mêlées pour converger vers le vif du sujet. Vers la laideur systématique promue au rang des Beaux Arts ou vers la provocation inepte présentée comme un questionnement métaphysique sur le devenir de la culture universelle.

             Il est vrai que la réussite est impressionnante et le score sans appel et que c'est une source de devises non négligeable en ces temps de vache maigre. Avouez que c'est au moins aussi rentable que de vendre des Mirages à des tyrans progressistes ouverts aux lois du marché ou à des démocraties fermement dirigées et qui ont bien le droit de se défendre contre les intentions malveillantes de voisins qui ne leur veulent pas que du bien.

             Soyons réalistes et ne négligeons aucun des atouts pour faire redémarrer la croissance et assurer l'avenir d'une économie qui a besoin de l'obsolescence programmée et de la perte de la biodiversité pour pouvoir conforter ses dividendes et faire triompher ses intérêts qui sont aussi les nôtres dans l'immédiat.

             A moins que vous ne soyez des passéistes rêveurs qui prennent encore plaisir à flâner dans les vieilles rues du Vieux Paris, dans ce Marais où l’histoire a laissé tant de traces et d’humanité.

             C’était au Bon Vieux Temps Jadis. Celui où l’humanité s’entre- déchirait avec entrain mais dans une convivialité de bon aloi. Bon an mal an on y érigeait Notre-Dame ou la Sainte Chapelle .Cette Notre-Dame dont on aperçoit encore les tours en descendant la rue Beaubourg avant de tomber sur le monstre, froid malgré ses couleurs criardes, imbécile  en dépit de sa fonctionnalité ingénieuse au regard des spécialistes et tellement polyvalente qu’elle peut accueillir tout, le pire et le meilleur racolant ainsi le plus vaste public qui ne se soucie pas forcément de l’emballage et vient juste voir ce qu’il abrite

             L’homme est un animal, certes, mais capable de transcendance et c’est ce qui le fait homme mais peut-être a-t-il besoin de repoussoirs pour continuer à fonctionner sans se perdre dans les nuées de l’idéalisme, dans les dérives de l’art pour l’art, dans de vaines rêveries. Alors Baubourg existe et perdure et c’est un lieu de rencontre et d’échanges. C’est même un aimant attirant les touristes les plus lointains et les intellectuels les plus soupçonneux comme Versailles dans un autre registre mais sans doute pour d’aussi mauvaise raisons.

 

                                                                   Le Chesnay le 5 décembre 2016

                                                                   Copyright Christian Lepère

            

"Nostalgie" - détail

"Nostalgie" - détail

"Nostalgie" - détail

"Nostalgie" - détail

"Nostalgie" - détail

"Nostalgie" - détail

Ce dernier texte rend compte de l'actualité

la plus contemporaine.

Le prochain

abordera

un thème 

de plus vaste envergure

et de portée plus directement universelle.

Partager cet article

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article

commentaires