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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:23
"Bleu comme le ciel" - huile sur toile - 61 x 46 cm - 1985

"Bleu comme le ciel" - huile sur toile - 61 x 46 cm - 1985

Second service

 

              Pourquoi chercher plus loin quand une histoire a fait ses preuves ? Je vous avais il y a quelque temps (le 11 octobre 2011, N° 68) raconté les aventures édifiantes de ce malheureux qui, en prenant l'ascenseur pour descendre  de chez lui un matin avait trouvé, gisant derrière la porte palière, un cadavre. La suite en découlait comme dans un thriller en haute définition. Mais tout s'use et d'ailleurs l'effet de surprise est essentiel dans ce genre de récit  apte à déclencher des flots d'adrénaline en vous procurant l'étrange jouissance  du voyeur non concerné calé dans son fauteuil avec sa petite bière et ses pop corn.

             Mais on ne peut se shooter indéfiniment au fait divers fut-il ignoble au-delà du bienséant. Ou bien gare à l'overdose suivie de l'accoutumance puis de l'ennui irrémédiable.

              Donc ce matin là mon héros, appelons le Albert car c'est son nom, a pénétré dans la cabine suspendue sans émoi particulier. Tout était simple et ordinaire. Nulle trace de sang coagulé suspecte en ce lieu de claustrophobie discrète. Nulle touffe de cheveux arrachée jonchant le paillasson. Pas la moindre trace de lutte ou de résistance. Rien enfin pour vous faire frémir et palpiter d'angoisse. Que c'était-il passé? Rien vraisemblablement. Ce qui est peu.

              Pourtant nous vivons une époque délirante. Celle où tous les possibles se pressant à qui mieux mieux sont prêts à nous submerger d'évidences accablantes ou à nous livrer à des accès euphoriques suivis de dépressions et de burn out .

Après tout Donald Trump peut devenir président des États-Unis et la petite Marine se retrouver à la barre de notre beau pays enfin pacifié et voguant « Fluctuat nec mergitur » sur des eaux tumultueuses où s'anéantissent des hordes de migrants venant y engloutir leur misérable existence aussi vaine que surnuméraire.

              Tout cela est bien triste mais au moins on aura sauvé les meubles. Jeanne d'Arc pourra reposer paisiblement, elle qui  en son temps a bouté les Anglois hors de France pour nous permettre de vivre entre Gaulois de bonne compagnie. Et puis Dieu merci, depuis ces temps mythiques Zorro est arrivé et sous le masque du justicier c'est Sarkosy qui renoue avec Vercingétorix, héros et complice de Napoléon 3 chantre de la France éternelle.

              Donc ce matin il n'y avait aucun cadavre dans l'ascenseur. Après avoir atteint le rez de chaussée en passant par l'entresol Albert était sorti de chez lui. La porte était grande ouverte. Pas de code à taper ni de verrou à débloquer. Les poubelles étaient sur le trottoir, vides, ce qui est plus propre. En tout cas Salam Abdeslam n'y avait pas jeté sa ceinture d'explosifs.

              Un peu plus tard aucun colis suspect n'attirait l'attention vigilante des autorités sur le quai du métro et personne ne songeait à tirer le signal d'alarme au risque de bloquer des hordes d'usagers qui auraient failli à leur mission en arrivant en retard au bureau. Tout allait pour le mieux.

              Aucun camion fou n'avait semé la terreur en dépassant les bornes. Sur le boulevard Sébastopol des files de voitures circulaient à allure réglementaire en respectant les feux rouges. Aucune n'était piégée. Et même les camions de livraison stationnés sur les places qui leur étaient réservées ne voyaient s'échapper de sous leurs bâches aucun échappé de la jungle de Calais qui se seraient trompé de direction, croyant partir pour l'Angleterre et un avenir radieux.

              Donc tout était cool. Mais Albert n'était pas si simple. Quand tout allait bien,  c'est lui qui allait mal. Lui qui se rongeait les sangs. Car sa vie était insipide, sans relief et sans espoir.

              Certes il avait un bon poste et siégeait au  54ème étage d'une des tours majeures de la Défense. Son poste était irremplaçable. Il gérait les ressources humaines d’une grande compagnie d’assurance et jouissait d’une vue panoramique sur le grand Paris. Jusqu’à l’horizon sa vue était enchantée par la tour Eiffel et la tour Montparnasse ponctuant la grande ville de leurs signaux totémiques.

              Il est notoire qu’il passait ses vacances sur la côte Dalmate ce qui est moins banal que le club Med des Maldives. Sa voiture hybride cumulait les avantages d’un modernisme écologique à l’assurance de ce qui a fait ses preuves même si l’émission de CO 2  est encore fautive. Car on sait où mène l’idéalisme et la recherche des solutions irréprochables. Sa famille était honnêtement recomposée mais sans excès, sans esbroufe et sans conformisme. Il avait eu plusieurs épouses mais successivement et elles étaient toutes de sexe féminin. Du moins jusqu’à preuve du contraire car en ce domaine les progrès de la chirurgie et des manipulations hormonales nous ouvrent des perspectives fantastiques de bi, de trans et de poly sexualités assumées. Après les O.G.M. les Homo G.M…Ses enfants étaient pluriethniques et de couleurs nuancées. Et enfin il était écolo ne jurant que par les médecines douces et alternatives sauf en cas de grippe car alors il ne faut pas rigoler en prenant des risques avec des souches virales qui déploient des stratégies réactionnaires dignes des époques révolues ou Pasteur traquait les microbes et les germes avec des moyens obsolètes.

              Pourquoi vous en dire plus ? Albert est un brave homme, si ce n’est un homme brave et après tout il est heureux qu’il n’ait pas eu à affronter l’horreur d’un fait divers. Au moins cela lui permettra de rentrer paisiblement chez lui en prenant l’ascenseur pour rejoindre son bel appartement au 5ème, vaste et confortable où il pourra visionner sur sa télé super extra plate le drame horrible du malheureux qui découvre un cadavre dans la cabine. Et si cette œuvre de fiction lui change agréablement les idées en le déstressant ce sera tout bénéfice pour son épouse actuelle et sa progéniture agréablement diversifiée.

 

                                                               Le Chesnay le 10 octobre 2016

                                                               Copyright Christian Lepère

 

"Bleu comme le ciel" - détail

"Bleu comme le ciel" - détail

"Bleu comme le ciel" - détail

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Après ces considérations vaines

sur un sujet

un peu 

niais

à quoi peut-on s'attendre? Au pire? On verra bien...

 

 

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Published by L'imaginaire
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commentaires

L'imaginaire 04/11/2016 11:03

De rien ! C'est plus fort que moi...

chloé 03/11/2016 14:20

merci pour vos efforts