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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:48
"Baignade autorisée sous toute réserve" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm -

"Baignade autorisée sous toute réserve" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm -

Guy Ribes

Peintre faussaire

 

 

               C'est un étrange personnage que Guy Ribes. Né d'un père qui tenait une maison close à Roanne, joliment appelée « Hôtel du Cheval Blanc », il passa sa jeunesse dans la région Lyonnaise. Mais la société évolue, les mœurs changent et la loi Marthe Richard  vint mettre fin à cette époque feutrée. Ses parents emprisonnés, le futur génie mystificateur est recueilli en internat et initié à la peinture par un père Jésuite.

               C'est le début d'une vocation. Après avoir un peu roulé sa bosse dans la marine et vécu à Athènes il se met à créer des œuvres à la manière des peintres français de son époque. C'est sa rencontre avec un professionnel qui le lancera dans l'élaboration d'une abondante production de seconde main.

               Habile, décomplexé et doté de peu de scrupules il va alors se couler dans la peau des grandes figures de l'art moderne. Souple et inventif il ne va pas recopier platement mais créer des compositions originales à la manière de...Et c'est là que la connaissance des profondeurs humaines va nous fournir quelques indices.

               Si l'homme moderne croit et tient à quelque chose, c'est bien à sa personnalité. Et c'est sur cela que s'est établie la fabuleuse notoriété des « génies novateurs » du début du 20ème siècle. Bousculer les règles, tout remettre en question et n'en faire qu'à sa tête. C'est ainsi qu'ont pratiqué Matisse, Picasso et bien d'autres un peu moins célèbres. L'ennui est que tous ces braves gens, génies auto-proclamés ne se sont pas toujours donné les moyens d'assurer une qualité suffisante. C'est bien gentil de vouloir se libérer de toutes les contraintes mais c'est oublier qu'un certain socle de connaissances et un minimum d'exigence technique sont indispensables pour construire une œuvre.

               On a donc tout remis en question et depuis Van Gogh et Cézanne les dérapages ont été incessants. Après avoir largué les sujets religieux puis les sujets tout court, on s’est attaqué à la représentation plus ou moins convenue du monde visuel qui nous entoure. Fort bien ! Car il était temps de se libérer des conventions pesantes et dogmatiques de l’art officiel. Après les règles de composition et l’harmonisation des couleurs on en est donc arrivé à vouloir s’affranchir de toute contrainte. La voie était grande ouverte vers l’abstraction dénuée de  références  à une éventuelle réalité ne dépendant pas de la simple fantaisie du créateur. La liberté se devait donc d’être sans frein et sans limite. Vaste programme mais sans garde-fou à une époque où chacun se veut libre et autonome. On s’est donc lancé dans l’abstrait où nul modèle n’est à respecter. Cette quête éperdue menait tout droit à la toile blanche puis au cadre vide qu’Yves Klein pratiqua avec enthousiasme. On en arrivait au n’importe quoi déguisé en quête métaphysique et où le seul bénéfice était de pouvoir s’affirmer en tant qu’esprit libre de tout préjugé. Sans doute cherchait-on l’absolu sans se donner la moindre chance d’y parvenir. Bien sûr l’Art Contemporain le plus officiel, encouragé par les pouvoirs publics ne pouvait ensuite poursuivre que dans cette direction. L’artiste tout puissant ne dépendant que de lui-même pouvait enfin affirmer n’importe quoi sans risquer d’être contredit, si ce n’est par quelques attardés accrochés désespérément aux références d’un passé devenu totalement obsolète. Exit Michel-Ange. Au diable Breughel et ses continuateurs

               Un pas restait à franchir, se libérer du visuel. On en arriva donc au concept pur, celui qui n’a même pas besoin de se concrétiser dans une forme soit banale , soit élaborée. La chose importe peu  quand on en est plus à chipoter sur  des subtilités byzantines dignes de Bouvard et Pécuchet. Bien sûr l’Art Contemporain le plus officiel, bardé de références prestigieuses ne pouvait ensuite poursuivre que dans le sens du radicalisme au point de consacrer une exposition prestigieuse au thème du Vide dans les bâtiments officiels du musée des Arts Décoratifs.

               Entre-temps l’art réel semblait avoir disparu au moins de façon médiatique. Mais c’était oublier la profondeur subsistant derrière la façade. Donc il perdurait telle une forêt cachée par l’arbre  des conventions officielles. Car dans les époques les plus délirantes le bon sens subsiste, caché mais tenace et attendant son heure en faisant le gros dos.

               Mais le temps passe et la roue tourne. Ce qui semblait avoir disparu n’était qu’en attente de ressurgir comme les graines enfouies prêtes à germer au printemps.

               Même dans les époques les plus délirantes il reste un peu de bon sens. En ce jour un grand nombre d’artistes, créateurs authentiques et exigeants avec eux-mêmes sont revenue à des vues plus équilibrées tout en profitant des audaces des novateurs mais disposant d’un peu plus de rigueur ou de moins de candeur naïve. Tout au long du 20ème siècle une résistance s’est donc constituée derrière la marche triomphale des avant-gardes pour snobs intellectualisant. Et maintes œuvres ont été réalisées en marge de l’Art Officiel International. Vous voulez des noms ? Claude Verlinde et Beksinski sont de ceux qui pourront perdurer. Mais il y en a de plus en plus, surtout dans la mouvance qui se consacre à l’exploration de l’imaginaire, du fantastique et de tout ce qui nous parle des profondeurs du psychisme humain.

               Mais j’en reviens à Guy Ribes. A force de tricher il s’est fait prendre. Puis il est passé en procès et par la case prison retrouvant le bon vieux schéma du jeu de l’oie. Cela a permis de prendre conscience de l’ampleur de ce qu’il a réalisé. Un grand coup de projecteur a brutalement éclairé la vérité. Mais rassurez-vous les suites ont été bénignes car des experts reconnus avaient authentifié des tableaux qui se trouvent maintenant dans des collections officielles, voire dans des musées, donc au-dessus de tout soupçon ! Et puis il y a tellement d’argent en jeu…et de pouvoir et de compromissions…

               Reste la question purement plastique. Après tout si des œuvres de Chagall, Léger et Braque ont pu être complétées de la sorte c’est qu’elles ne sont sans doute pas si difficiles à élaborer. Cela prouve en tout cas qu’une seule et même personne peut avoir une sensibilité assez polyvalente pour pouvoir pratiquer un style et son contraire. Passer de Dali à Modigliani relève du grand écart mais après tout la plupart des peintres modernes se sont cherchés en passant d’un style à un autre avec parfois une diversité surprenante. Voire contradictoire. Certains ont même eu des périodes abstraites entre d’autres beaucoup plus figuratives jusqu’à l’hyper-réalisme.

               En tant qu’homme Guy Ribes semble être plutôt un brave type, possédant un certain talent pictural et pas trop inhibé par des considérations morales. On peut voir sa vie comme une sorte de jeu où il a été utilisé par les habituels prédateurs professionnels vivant des productions picturales de ceux dont ils s’occupent. Est-ce que cela l’excuse ? Pas forcément car la probité reste quand même une qualité fondamentale, même en ce 21ème siècle tellement porté sur la fabulation, les faux-semblants et si riche en rumeurs invérifiables. Mais on peut lui accorder qu’après tout il a joué son rôle d’escroc très honnêtement et pour cela il lui sera sans doute beaucoup pardonné.

 

                                             La Brosse Conge le 8 août 2016

                                             Copyright Christian Lepère

 

 

 

               

"Baignade autorisée sous toute réserve" - détail

"Baignade autorisée sous toute réserve" - détail

Les vacances vont se terminer?

Enfin

on va pouvoir s'entretenir de sujets

sérieux.

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Published by L'imaginaire
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