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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 08:15
"Marionnettes" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

"Marionnettes" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

Le jour des corneilles

 

              Ce jours-là j'étais amer et désabusé avec ce sentiment de manque que rien ne saurait combler. Pourtant le temps venait de se rétablir et après un printemps bien arrosé le soleil, illuminait la Bourgogne, ses collines et ses vallées. Mais quand l'âme est triste rien n'y peut porter remède.

              Pour parfaire le tableau la télévision que je regardais pour me tenir informé et ne pas perdre le contact avec mes semblables déployait sans fin ses turpitudes, de la lutte intestine au conflit armé sur fond d'incompréhension militante. Partout les intérêts particuliers les plus immédiats s'opposaient à d'autres, chacun défendant son os toutes griffes dehors et les crocs en avant. On sait bien qu'en politique il n'y a pas d'amitiés, simplement des alliances tactiques et que les complices d'aujourd'hui sont prêts à trahir les plus nobles causes pour s'adapter au jeu des circonstances. On appelle ça le pragmatisme ou comment se montrer réaliste en profitant de tout ce qui se présente.

              Mais parfois un miracle arrive. Exceptionnel comme il se doit et soigneusement non prémédité. Je ne sais pourquoi mais toujours est-il que ce soir j'ai zappé sur ARTE au moment où commençait la projection d'un film d'animation. Ce genre de réalisation intéresse le graphiste et le peintre que je suis. Mais au-delà de l'intérêt professionnel j'ai vite constaté que le propos était plus profond qu'à l'ordinaire. Certes les grandes réalisations de Walt Disney n'étaient pas si enfantines qu'on aurait pu le croire. Mais enfin cela restait assez conventionnel et bien-pensant.

              Depuis beaucoup se sont lancés dans des recherches et des innovations, parfois avec succès, en utilisant toutes les ressources des technologies actuelles. Et il est vrai qu'à cet égard d'énormes possibilités se sont découvertes. Comme en bande dessinée on peut utiliser des prises de vue réelles de paysages ou de personnages, les passer dans des filtres pour leur donner un aspect graphique et retravailler le tout pour y déployer une vision personnelle. Mélangeant les techniques avec tact on peut même donner une unité de style à ce qui ne serait qu'un patchwork rafistolé.

              Mais j'en viens au fait. Le film intitulé « Le jour des corneilles » traite d'un sujet vieux comme le monde montrant les fonctionnements de base de l'âme humaine avec le déploiement des passions.

              Dans la forêt vit le père Courge, sorte d'ogre terrifiant qui domine son très jeune fils qu'il appelle « Fils » tandis que celui-ci l'appelle « Père » tout simplement. Il lui interdit de sortir du bois car au-delà il n'y a rien. Mais vraiment rien si ce n'est le néant...Or son rejeton découvre qu'au-delà il y a quand même quelque chose. Et c'est tout un monde ordinaire plein de choses habituelles et de gens comme vous et moi.

              Le fils vit naturellement en accord avec les mystères du monde. Pour lui les morts continuent de hanter sa forêt comme d'étranges animaux humains muets mais qui n'en pensent pas moins. Et parmi eux il y a « Mère », biche hiératique vêtue d'une longue robe, muette mais pleine d'amour et de tendresse.

              Je vous épargnerai les péripéties et les rebondissements. Sachez plutôt que Fils rencontre Manon, fille du médecin local et qu'une complicité va réunir le sauvageon brut de décoffrage et la fillette bien élevée mais pas si naïve que ça. Les intervenants indispensables seront les habitants du village, les bons et les très méchants. Quelques soldats aussi qui font régner un ordre bête et discipliné (enfin dans une certaine mesure…) avec leurs gueules de truands.

              Mais tout se terminera bien. Cherchant l'amour de son père sous la carapace de brutalité le fils finira par le trouver au moment où ce dernier écrasé dans sa cabane en feu perdra un corps bien encombrant pour devenir lui-même un fantôme délivré de son désir de vengeance. Enfin quitte du poids énorme qui l'a réduit à l'état de bête sauvage ne songeant qu'à oublier son malheur en agressant tout ce qui bouge.
              La conclusion conviendrait à un bouddhiste ou à toute personne s'étant un peu penché sur les mécanismes de la destinée humaine. Notre nature fondamentale parfaitement bonne et compatissante est cadenassée sous les couches de passé qui ne nous ont pas épargnés. Assoiffé d'amour le jeune, identifié à sa personne se prend pour l'animal qu'il est biologiquement. Et l'animal humain n'a que deux options pour survivre. Soit fuir le danger en négligeant  toute prétention, soit décréter que le monde est méchant et injuste, ce qui justifie tous les comportements agressifs. Ceux des grands dictateurs mais aussi ceux de la plus innocente des créatures car l'illusion peut conduire aux excès les plus abominables dans la mesure où l'on est viscéralement certain d'avoir raison.

              Tout cela tombe sous le sens et c'est pourtant le principal moteur de toutes les turpitudes qui mettent le monde à feu et à sang. De la guerre en Syrie aux attentats  terroristes les plus odieux. L'ignorance de notre vraie nature, l'identification à une « petite connerie d'insecte biodégradable » qui n'aura jamais le dernier mot et qui se prend inévitablement pour le centre du monde. Comme vous et moi, comme tout ce qui vit et palpite à la surface de la planète bleue.

              Alors pitié ! Ressaisissons-nous. Cessons de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Cela permettra peut-être de voir enfin les autres tels qu'ils sont sous leur carapace d'aveuglement et délivrés de leur peur de se faire avoir en passant pour de gros naïfs.

 

                                                                   La Brosse Conge le 23 juin 2016

                                                                   Copyright Christian Lepère

"Marionnettes" - détail

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Enfin le soleil brille

sur les bons

comme

sur

les méchants!

A bientôt pour de nouvelles aventures...

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Published by L'imaginaire
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