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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 09:20
"Scaphandrier" - huile sur panneau - 22 X 27 cm - 1993

"Scaphandrier" - huile sur panneau - 22 X 27 cm - 1993

Fantaisies climatiques

 

              D'habitude c'est plus loin, plus exotique. La télé nous a appris la vastitude du monde et la diversité de tout ce qui s'y passe. Alors on est blasés ! Éruptions volcaniques, typhons, tornades, incendies monstrueux prolifèrent à qui mieux mieux sans oublier les chevauchements de plaques continentales provoquant des fissures dans la croûte terrestre et libérant l'énergie du magma en fusion.

              Ce monde n'est pas paisible. Il ne l'a jamais été. Mais force est de constater qu'en ce moment la mode est à l'effervescence. Y a-t-il un rapport direct ?  Il se trouve que l'humanité investissant la surface de la planète partage ce surcroît d'activité pour le moins désordonné. L'une agissant sur l'autre qui s'empresse d'en rajouter une louche pour faire bonne mesure. Le défi est maintenant posé : serons-nous capable de prendre du recul pour ne pas perdre les pédales ?

              Depuis peu, voilà que ça se rapproche. Bien sûr la Chine n'était pas paisible et la banquise fondait avec enthousiasme. Une région entière était dévastée au Canada  par de monstrueux incendies encouragés  par des températures anormalement élevées. Et ce dans une région où l'on extrait le gaz de schiste sans se soucier des effets éventuels sur le climat…

              Mais voilà que nous sommes atteints aussi dans notre bonne vieille Europe et même au cœur de l'hexagone si ce n'est dans le Jardin de la France, là où la nature a coutume de faire la trêve et de  nous prodiguer la bienveillance de son équilibre. Douce France que t'arrive-t-il ? Pourquoi ces spasmes et ces excès ? Ainsi un dérègle ment de l'anticyclone vient, par un jeu de forces contraires, de provoquer des pluies plus qu'excessives. Comme le sol était déjà gorgé et les nappes phréatiques bien approvisionnées il ne restait plus à l'eau du ciel qu'à ruisseler en surface en faisant des misères aux riverains de cours d'eau plus paisibles à l'ordinaire.

              Ainsi la Seine généreusement approvisionnée par ses affluents menace Paris. Certes nous n'en sommes pas à la crue mythique de 1910 et le zouave du pont de l'Alma semble garder son sang-froid. Mais voilà quand même qu'on interdit les voies sur berge, qu'on bloque le R.E.R. qui longe la Seine et qu'on ferme le Louvre et le musée d'Orsay aux touristes qui viennent pourtant de fort loin. Certains même de régions où la nature ne se gêne pas pour intervenir dans les affaires humaines de façon plus qu'effrontée.

              Le problème est que ça se passe chez nous. Chez des braves gens comme vous et moi, nos semblables qui ont fait confiance à des promoteurs leur proposant de construire  leur futur petit paradis sur des terrains reconnus comme inondables. Mais qu'on oubliait de présenter comme tels. Comme d'habitude on a fait confiance. La situation était sous contrôle. Le cours de la Seine régularisé par de vastes surfaces de stockage des eaux on a pu bétonner et créer des parkings d'une étanchéité presque parfaite sans se soucier de suites éventuelles. On a totalement oublié que les petits ruisseaux font les grandes rivières et que les affluents, même discrets, peuvent devenir paranoïaques, tout gonflés de leur importance inattendue.

              Enfin le pire semble passé. On est loin de la catastrophe de 1910 mais l’économie va souffrir. Tant de lieux à nettoyer. Tant de dégâts à réparer. Tant de véhicules transformés en sous-marins sans en avoir les capacités. Et puis tous les manques à gagner… Les bateaux-mouches, le tourisme battant son plein à cette époque et les inénarrables péripéties de l’autoroute transformée en canal avec de longues files de camions perdant tout espoir de livrer leur cargaison périssable avant qu’elle ne se gâte. Enfin tous ces utilisateurs quotidiens des transports collectifs déjà bien perturbés par les grèves d’opposition à la loi travail.

              Mais tout va se rétablir. Tout va redevenir normal après les délais nécessaires. Tout ? Mais oui tout ! A part ce qui n’est pas prévu bien que des suppositions crédibles nous prédisent qu’une inondation centennale reste toujours envisageable et qu’elle serait sans doute bien pire que ce qui nous affecte en ce beau mois de juin un peu humide.

 

                                                                  La Brosse Conge le 5 juin 2016

                                                                  Copyright Christian Lepère

"Scaphandrier" - détail

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293 - Fantaisies climatiques

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Published by L'imaginaire
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