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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 07:35
"Extrême confusion" - dessin aquarellé - 28 x 59 cm - 1983

"Extrême confusion" - dessin aquarellé - 28 x 59 cm - 1983

Joseph Goebbels

 

 

               J'étais dans la salle d'attente de mon médecin traitant et je farfouillais dans la pile de vieilles revues empilées en un tas branlant sur une petite table basse. Que du vieux, que du périmé. Apprendre les dernières nouvelles de décembre 2012 ou les scoops de janvier 2013 ne me semblait pas primordial.

               Pourtant je tombais sur un article qui pour je ne sais quelle raison parlait des dirigeants nazis en fin de seconde guerre mondiale. Notamment de Joseph Goebbels. L'approche paraissait sérieuse et bien documentée. C'est donc avec surprise et intérêt que j'appris que ce fidèle d'Hitler lui était resté fidèle jusqu'à la fin. Ainsi à la mort du Führer, l'échec total et définitif du Reich étant confirmé, il avait décidé de mettre fin à ses jours pour ne pas survivre à l'anéantissement de son idéal.

               Sa fidèle épouse, Magda, qu'il avait passé le plus clair de ses loisirs à tromper avec n'importe qui lui montrait bravement l'exemple en commençant par administrer du cyanure à leurs six enfants avant de se supprimer elle-même. Avouez que ce n'est pas rien ! Quelle que soit l'opinion que l'on a de ce genre de personne, il faut bien reconnaître une cohérence intellectuelle et morale et qu'au moins les conséquences de leurs convictions étaient assumées.

               D'ailleurs j'ai noté récemment que certains fanatiques djihadistes font preuve des mêmes caractéristiques. Les deux qui poussaient leur chariot dans le hall de l'aéroport de Bruxelles sans attirer l'attention de la foule témoignaient aussi d'un sang-froid et d'une détermination assez remarquable. Ce qui n'excuse rien et n'altère pas l'horreur de ce qu'ils ont commis. Mais ce ne sont ni des lâches ni des opportunistes, ni même des fous furieux mais des gens pleinement convaincus de la justesse de leurs vues au point de se faire exploser. Voilà qui est troublant. Comprenne qui pourra.

               Mais revenons à Joseph Goebbels. Pas très grand, boiteux et très brun il incarne fort mal l'idéal du grand blond aryen doté d'un corps athlétique irréprochable. Autant que son Führer il est vrai.

               Par ailleurs très intelligent, mais comme un ordinateur qui calcule tout très vite et peut jongler avec les données qu'une mémoire performante met à sa disposition, il semble aussi totalement dépourvu de toute intelligence du cœur, la seule qui permette de ne pas s'en tenir qu'aux données statistiques et de témoigner d'un peu de compassion.

               Là n'est pas son propos. Comme beaucoup d'idéalistes révolutionnaires, il veut tout ramener à des stratégies efficaces et pense que la fin justifie tous les moyens. Comme Lénine, Trotsky et bien d'autres il est prêt aux pires horreurs au nom du réalisme politique. Comme d'autre part il a des vues aussi simplistes que celles d'Hitler, il ne lui reste plus qu'à décréter que tout ce qui ne lui plaît pas est Mauvais et que tout ce qui lui permet de s'affirmer est Bon et souhaitable.

               Il commence par être de gauche et assez soupçonneux à l'égard d'Adolf. Mais bientôt l'idéal antisémite de ce dernier va le convaincre et l'aider à perdre ses apriori d'anticapitaliste. Il va passer à l'extrême droite comme beaucoup de penseurs et d'intellectuels qui vont changer de casquette, d'ailleurs dans les deux sens, au fil de l'évolution de leurs convictions. Après avoir critiqué vertement la propriété privée qui n'est qu'une forme de vol selon certains, il va devenir l'ennemi juré du communisme.

               Mais ses convictions sont appuyées sur un cynisme sans faille qui lui permet d'utiliser toutes les ressources de l'information soigneusement manipulée. Aussi fort que Staline ou Mao il sait tirer parti de toutes les argumentations. On cite d'ailleurs un de ses slogans passés à la postérité : « Plus le mensonge est gros, plus il passe. ». Pas mal pour un ministre de la Propagande !

               Mais faut-il s’appesantir encore sur ce personnage ? J'ignorais à peu près tout de lui et voilà que des circonstances anodines m'amènent à m'y intéresser.

               Fort bien, mais après tout ce n’est qu’un cas particulier. Même si ce peut être aussi un modèle de comportement pour certains ou un sujet d’horreur pour d’autres. Seulement voilà je ne peux m’empêcher de me gratter l’oreille. Comment un humain, surtout intelligent, peut-il en arriver à ce point ? Je ne crois guère au hasard mais plutôt aux enchaînements de faits multiples et non linéaires. Ou comme l’a si bien dit le Bouddha : « Ceci étant, cela en découle. » Or le « ceci » désigne l’état du monde dans son ensemble  à l’instant même,  résultat de tout ce qui a eu lieu depuis le big bang et au-delà. En tenir compte c’est commencer à admettre qu’un être humain en est le résultat inévitable. Et que donc il n’a aucun  choix. Exit le libre arbitre…

               Si l’on se donne la peine de s’explorer on est bien forcé de constater qu’on est beaucoup plus complet que prévu et qu’on est un condensé d’humanité capable de tous les possibles. Le meilleur du meilleur et le pire du pire sont bien là, planqués dans nos profondeurs les plus intimes. Et chez chacun sans exception. En tout cas pour moi… Serais-je une exception ? Permettez-moi d’en douter. Il me semble simplement que les circonstances m’ont enfermé dans une petite partie de mes possibilités, me cachant tout le reste. C’est ce qui fait que je suis un personnage identifiable, d’ailleurs assez fréquentable dans l’ensemble. Bien sûr…bien sûr…

               Comment la vie s’y est-elle prise pour faire de nous un gauchiste ? Ou un ultra-libéral ? Un fanatique du Prophète ou un athée militant ? Comment devient-on Hitler ou saint François d’Assise, Jeanne d’Arc ou Marie Curie ? De toute façon chaque cas est un cas particulier. Et que serait devenu de Gaulle sans le nazisme ? Pasteur sans le virus de la rage et Roméo sans Juliette ? Dans toute bonne tragédie le traître est aussi indispensable que le héros et songez à l’avenir du Christ si Judas avait eu des scrupules.

               Voilà c’est dit ! La vérité est toujours infiniment plus complexe que tout ce qu’on peut subodorer et le spectacle du monde se déroule sous nos yeux ébahis comme au théâtre, même si nous sommes sur la scène déguisés en prince charmant ou en sorcière, en jeune irresponsable ou en vieillard chenu qui perd la boule. A chaque instant suffit son rôle mais la moindre des prudences serait de ne pas trop y croire, de ne pas trop se prendre réellement pour le personnage. D’ailleurs nous en avons déjà tellement joué depuis celui du nouveau-né et de tout ce qui a suivi, de gré ou de force, au fil des péripéties de notre existence en attendant d’être peut-être un jour dans celui de Jeanne Calment, mais je divague, le rôle n’est plus disponible. Alors tant pis…

 

                                                  Le Chesnay le 7 avril 2016

                                                  Copyright Christian Lepère

"Extrême confusion" - détail

"Extrême confusion" - détail

Seriez-vous las de tant de turpitudes?

Allons

avouez-le

que serait le quotidien

sans toutes ces sortes de choses?

fade et inintéressant?

dénué de tout

intérêt?

Rassurez-vous. Je vous entretiendrai la prochaine fois de Gontran dont les aventures ne vous seront peut-être

pas si étrangères que cela...

 

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Published by L'imaginaire
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