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  • : "L'imaginaire" selon Christian Lepère
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 08:55
"Fin paisible d'un soir d'automne" - dessin aquarellé - 46 x 34 cm - 1995

"Fin paisible d'un soir d'automne" - dessin aquarellé - 46 x 34 cm - 1995

 

Le maladroit congénital

 

        Pourtant sa mère avait été un homme célèbre. Mais pour sa part il n'était pas à la hauteur. Il ne faisait pas le poids et cela le minait dans ses soubassements. Certes, en sa dignité intrinsèque il se sentait humain, pour le meilleur et pour le pire, au sein de la masse et du tout-venant. Bien au-delà des aléas qui viennent ternir votre statut social et vous privent de l'estime chaleureuse de vos semblables.

        Donc il assumait mais le handicap était rude. Rédhibitoire ?  Pas vraiment...mais bien encombrant au regard du quotidien et de ce qu'on attend d'un destin honorable et sans histoire.

        Pourtant il était de belle allure. Ni trop grand ni trop petit. Ni efflanqué ni encombré de superflu. Sa masse corporelle était agréablement répartie selon les normes dûment établies  par les autorités les plus compétentes. En fait il se noyait dans la foule sur un quai de métro sans attirer une attention soupçonneuse. Il pouvait même attendre l'autobus  sans qu'on lui lança des pierres.

        Vous le répéterais-je encore, quitte à vous lasser, sans être insignifiant il passait inaperçu aussi bien aux caisses du super marché que dans des circonstances où attirer l'attention peut être préjudiciable.

        Mais au fait que lui reprochait-on ? Parce qu'enfin il faut bien en venir à l'essentiel. Pourquoi en arrivait-on à le considérer  comme considérable ? En fait c'est sa maladresse qui interpellait toute personne amenée à le subir. Plus maladroit que lui n'était simplement pas possible.

        Certes la nature humaine n'est pas parfaite et chacun a ses petites lacunes. D'ailleurs cela a son charme et nous permet d'apprécier nos semblables dont la supériorité n'est pas trop insolente. Et puis c'est une occasion de rigolade dans ce monde formaté où l'on se doit d'être propre sur sa personne morale. Avouez que c'est réconfortant de voir l'autre se planter comme on l'aurait fait soi-même si l'on n'avait pris garde. Cependant il faut bien admettre que trop c'est trop et qu'en certains cas l'insuffisance est rédhibitoire, le manque aliénant.

        Pensez qu'il ne pouvait uriner sans mouiller ses chaussures, ne tenant aucun compte du sens du vent même si celui-ci soufflait en rafale et qu'il oubliait son parapluie plus que de raison au grand bénéfice des fabricants de ce gadget souvent onéreux. Et c'est au quotidien que cela arrivait sans relâche. Un jour il se mettait le doigt dans l’œil en voulant retire sa casquette. Un autre il glissait sur une peau de banane en tentant d’éviter une crotte de chien. Enfin il n'était pas de jours où il ne lui arrivât quelque inconvénient dû à son incapacité.

        Tout cela était navrant mais cependant on l'aimait bien. On l'accueillait même avec joie. Avec un petit air de commisération, il va sans dire, mais dans l'ensemble on le tenait pour un brave bougre, un vieux de la vieille. Quelqu'un de rassurant qui ne saurait nuire délibérément tellement il a un bon fond. Et peu de malice.

        Mais tout a une fin et la sienne fut peu glorieuse. Sans crier gare il mourut pauvre, ses maigres économies ayant servi pour l’essentiel à remplacer tout ce qu’il avait égaré au cours  d’une vie de vaine agitation. On peut noter à sa décharge qu’il se supprima lui-même. Economisant ainsi sur des interventions extérieures souvent maladroites parce qu’inadaptées. Enfin pour une fois il ne se rata pas. Le tube de somnifère était plein. Il l’avala puis s’éteignit. Sans laisser de testament. Sans laisser d’héritiers éplorés. Avouez qu’un tel tact est admirable et témoigne d’un détachement qui frôle la perfection. Pourtant on le sait bien, nul n’est parfait. Mais avouez qu’en l’occurrence si l’idéal n’est pas atteint, il s’en faut à peine d’un cheveu.

 

                                                           Le Chesnay le 19 décembre 2015

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

 

"Fin paisible d'un soir d'automne" - détail

"Fin paisible d'un soir d'automne" - détail

"Fin paisible d'un soir d'automne" - détail

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Cette semaine commence l'exposition 

SAFADORE 2016

(voir le blog précédent)

Nous nous retrouverons après!

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Published by L'imaginaire
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