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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 08:27
"Le brasier" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1988

"Le brasier" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1988

 

Le réveil de l'ombre

 

          Donc Daesh a encore frappé. C'est l'horreur et la stupéfaction. L'impression d'être plongé dans un cauchemar qui fait suite à celui de Charlie Hebdo.

          Avec l'aide de la télé j'essaie de m'informer. Et petit à petit les événements se précisent, les enchaînements sont mis à jour et une certaine cohérence apparaît.

          Mais attention aux émotions et aux réactions à chaud. Attention aussi aux amalgames réducteurs. On se calme ! Et l'on réfléchit… La première réaction, viscérale, est de crier aux fous furieux. Bien sûr. Seulement voilà, les témoignages s'accumulent. Des malheureux comme vous et moi étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Ils ont côtoyé les terroristes de très près jusqu'à leur servir d'otages. Et comme l'an dernier ils sont formels. Les meurtriers sont jeunes, calmes, organisés, prêts à se sacrifier et apparemment en excellente santé, on peut même dire en pleine forme.  Mais ce sont des fanatiques, des jusqu'au boutistes, des fous ! Des fous ? Sans doute mais le propre de ce genre de folie est d'être malgré tout logique et cohérent, à partir de données de base franchement délirantes. Et tout en découle…

          L'affaire n'est pas nouvelle et l'humanité a toujours adoré jouer à ces jeux pervers où, au nom d'un idéal, on en arrive aux pires aberrations. J'exagère ? Pensez au Grand Inquisiteur, celui qui envoie les hérétiques au bûcher pour le salut de leur âme. pensez également à Hitler avec sa solution finale antisémite. Et aussi à Lénine n'hésitant pas à provoquer une famine pour des raisons stratégiques très personnelles. Et à tant d'autres au cours de cette histoire pleine de bruit et de fureur si bien décrite par Shakespeare. Que ne feraient pas des idéalistes pour faire progresser l'humanité, éradiquer le Mal et faire triompher la Bonne Cause , la leur évidemment… ?

          Rien ne peut excuser des actes de barbarie tels que ceux qui sont advenus à Paris à des terrasses de café ou au Bataclan. Mais on peut tout au moins chercher à comprendre les enchaînements implacables qui y ont conduit.

          En réalité le pire dans tout cela est que les plus radicaux des terroristes ne sont pas foncièrement différents de nous. Ils ont même été formés par notre société et nos bons soins. Leur seule différence est de révéler notre part d'ombre, notre face cachée, celle que nous refoulons à juste titre pour pouvoir pratiquer le « vivre ensemble ». Mais nul n'en est complètement libre. C'est simplement caché dans nos oubliettes où même les psychanalystes les plus performants ont bien du mal à la débusquer. Car c'est en plus interminable, coûteux et aléatoire.

          Alors parfois les circonstances permettent que l'horreur ressurgisse sans crier gare. Mais sommes-nous totalement innocents de ces circonstances ? On sait bien maintenant que d'inutiles vexations infligées à l'Allemagne à l'armistice de 1918 ont nourri un puissant désir de revanche qui nous a conduits tout droit à la seconde guerre mondiale. Ce n'était pas suffisant en soi mais avec l'aide du chômage, de la récession et de la grande crise de l'économie, il ne restait plus qu'à attendre l'arrivée de l'homme providentiel, ce cher Adolf sauveur de la patrie.

          On peut trouver de nombreux autres exemples parmi les justes guerres terminées de façon triomphales. Toujours momentanément et en attendant la suite qui se fait un devoir de rétablir l'équilibre.

          La seule chose certaine est que la violence engendre la violence et que l'anéantissement apparent d'un ennemi n'a jamais fait disparaître ce qui l'animait. Les principaux chefs nazis ont été pendus après le procès de Nuremberg. Cela n'a pas empêché leur idéal de continuer à ressurgir même s'il portait d'autres noms et se cachait derrière de toutes autres justifications un peu partout à la surface de la planète.

          Serais-je pessimiste ? Pas tant que ça car l'inverse de ces cercles vicieux est toujours possible. D'ailleurs l'horreur actuelle amène bien des gens à réfléchir en profondeur. Et déjà on peut noter que la douleur extrême n'engendre pas automatiquement la haine. J'ai d'ailleurs été intéressé par les réactions des proches de certaines victimes qui, matériellement accablés, n'en conservent pas moins un calme et une dignité  qui ne sont pas que de surface.

          Non ! Le pire n'est jamais  certain et même si les manifestations de masse pour Charlie Hebdo n'ont été que des flambées réactionnelles, des vagues d'émotion bien pensante, elles annoncent quand même une évolution profonde dans les mentalités. L'ennui est que nous ayons besoin de l'excès du mal pour commencer à envisager son contraire qui lui n'est en rien excessif.

 

                                                            Le Chesnay le 17/11/2015

                                                            Copyright Christian Lepère

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

Après cette triste réalité

nous reviendrons 

au délire

idiot

celui qui

tisse nos vies

splendides et insignifiantes

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Published by L'imaginaire
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