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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 07:54
"Soir d'automne" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Soir d'automne" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Automne bourguignon

 

              C'est un temps radieux et un bel automne. Les petites routes serpentent entre champs et hameaux, taillis et fourrés. Mais voici que se profile le château de Bazoches, fief et demeure du Haut et Puissant Seigneur de Vauban. Sa silhouette de conte de fées dresse ses tours rondes coiffées de toits pointus. L'apparition est fugitive entre deux rangées d'arbres aux couleurs embrasées.

              L'envie m'est venue de profiter de ce week-end de Toussaint pour rendre visite à des cimetières anciens perchés en haut des collines. Rondes et isolées celles-ci veillent sur la contrée et meublent mes souvenirs.  Voici d'abord le mont Sabot dont l'église se dresse massive au milieu du cimetière. Les tombes sont vétustes pour la plupart et les dates gravées dans la pierre, rongées de mousses et de lichens témoignent d’un passé qui s’effiloche au gré des saisons. Le temps peut les dissoudre sans se presser car il a tout son temps.

              Dans l’ensemble c’est assez désert, pourtant quelques autochtones y cheminent le long des allées gravillonnées entre les concessions. Tout encombrés de pots de chrysanthèmes ils me saluent discrètement puis réalisant qu’ils ne me connaissent pas ils passent leur chemin pour aller se recueillir au chevet de leurs chers disparus. Simple touriste je déambule non sans prêter attention aux noms gravés sur les pierres tombales.   La plupart fleurent bon le terroir bourguignon mais il s’y mêle aussi des patronymes venus d’ailleurs. Et parfois de fort loin, d’Europe centrale ou de contrées plus ensoleillées. Echoués là au fil des aléas et des soubresauts de l’histoire ils mêlent donc des noms aux consonances improbables, inconnues du tout-venant, grecques ou croates, catalanes ou africaines.

              Je poursuis mon chemin pour atteindre Chalvron. Après un labyrinthe de petites routes d’intérêt local plus hantées d’engins agricoles que de sportives décapotables j’arrive dans ce village ancien où je me perds. Qu’importe, de braves gens à casquette, bottés de caoutchouc s’empressent pour me renseigner et m’indiquent comment atteindre l’église qui domine le vaste panorama. Là- haut elle veille telle une bergère bienveillante sur l’assemblée des tombes qui lui font comme une couronne. La vue sur les environs est fort belle. C’est un lieu qui vous pacifie l’âme et vous fait pardonner la vaine agitation du monde. Et puis on y bénéficie du bon air de la campagne qui peut vous aider à devenir centenaire si le Bon Dieu n’y voit pas malice. Enfin il y a de quoi patienter jusqu’au Jugement Dernier qui verra enfin séparer les bons des méchants. Et pour l’éternité, excusez du peu !

              Enfin d’autres petites routes, d’intérêt tout aussi local vont me conduire à Metz le Comte. C’est un autre village couronné par son clocher et reposant sous la garde vigilante de ses défunts.

              Mais si les jours sont beaux, ils n’en sont pas moins courts. Il me faut maintenant rentrer chez moi avant que la nuit tombe. C’est qu’il me reste à retraverser des villages déserts, des forêts profondes et des contrées silencieuses. Ainsi en cas de panne sèche il serait vain de partir à la recherche d’une station- service plus qu’hypothétique dans ces lieux oubliés. Je ne me vois guère arpentant le bas-côté chargé d’un jerrycan de secours dont d’ailleurs je suis cruellement démuni.

              Que voulez-vous on ne peut tout avoir, le charme bucolique, l’automne resplendissant et le retour aux sources, tout en voulant profiter de la sécurité matérielle du monde contemporain qui n’est jamais bien éloigné. Il y a à Avallon un magasin Casino plein de nourritures et de gadgets et l’on y trouve même des pompes à essence largement approvisionnées en sans plomb 95 venu sans doute des émirats. Et l’on peut se servir soi-même en introduisant sa carte de crédit et son code, à condition de ne pas l’avoir oublié… Ce qui compliquerait bien inutilement. Mais je vous fais confiance, cela n’arrive qu’aux insouciants qui négligent l’essentiel.

 

                                                                 Le Chesnay le 6 novembre 2015

                                                                 Copyright Christian Lepère

"Soir d'automne - détail

"Soir d'automne - détail

"Soir d'automne" - détail

"Soir d'automne" - détail

Tout passe...

et les feuilles mortes se ramassent à la pelle...

Il sera temps 

de parler d'autre chose

si vous n'y voyez pas d'inconvénients

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Published by L'imaginaire
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