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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 08:16
"Soir de fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

"Soir de fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

 

La crotte de chien

au milieu du trottoir

 

          Mais que faisait-elle donc là ? Perplexe Gustave se grattait le crâne en soulevant sa casquette d'un index jauni par la nicotine. Étais-ce bien sa place ? Pourquoi se prélassait-elle là au soleil alors qu'elle aurait dû, en toute logique, baigner dans l'eau du caniveau.

            D'une part ce n'était pas propre et ça faisait désordre. Et d'autre part il y avait danger. Dans ce quartier populaire où de vieilles dames un peu bancroches venaient avec leurs cabas quérir de quoi se sustenter.  Leur but étant de prolonger leur espérance d'une vie peu utile mais à laquelle elles tenaient tant.  Sans négliger le fait qu'à leur âge une chute peut être fatale, au moins pour l'estime qu'on a de soi et accessoirement pour le col du fémur qui peut se laisser aller à des faiblesses coupables.. Et puis il y avait les enfants. D'abord les très jeunes, ceux qui viennent tout juste de faire leurs premiers pas et qui tout ébaubis de leur exploit se précipitent vers leur avenir sans la moindre retenue. Je ne parle pas non plus d'adultes plus conséquents et pleins d'expérience. Ni de ceux à qui on ne la fait plus. Par exemple le facteur qui porte les missives en temps et heure au risque de sa santé et de son intégrité. Ou bien l'artisan qui répond à un appel urgent et qui dans son zèle pour porter secours oublie de regarder ses pieds, tout préoccupé qu'il est par le lavabo bouché ou la fuite pernicieuse qui a déclenché un appel à l'aide. Également le courtier en assurances dont les revenus dépendent de la mise soignée, de l'impeccabilité de la cravate et du brillant irréprochable des chaussures vernies qu'aucune crotte ne saurait souiller.

            Enfin l'objet du délit était là et bien là. Un couple de s.d.f. prostrés sur un banc, non loin de là contemplait le spectacle d'un œil désabusé et un peu morne. Pourtant eux aussi ne jaugeaient pas bien le réel danger de cet excrément canin et des conséquences envisageables de sa présence inopportune.

            Pendant ce temps Gustave continuait de supputer. Les bras ballants, le regard évasif, la main grattant la nuque, il se demandait que faire. Prévenir quelqu'un? Oui ! Mais qui ? Et comment ? Les forces de l'ordre ont bien d'autres chats à fouetter. Elles ne peuvent se distraire de leur mission qui est d'assurer la fluidité de la circulation pour intervenir sur un sujet qui échappe à leurs prérogatives. Police-secours devait aussi, et pour de mêmes raisons, être écartée.

            Que restait-il donc ? Le Samu ? Non, il n'interviendrait que s’il y avait des suites, accident grave ou même mort d'homme. Dieu merci on n'en était pas là !

            Alors Gustave se remit en marche. Précautionneusement il contourna l'obstacle non sans déceler d'une narine sensible une odeur familière bien que discrète parmi le riche bouquet des gaz d'échappement et des relents exhalés par une poubelle entrebâillée. Enfin il tint bon et continuant son chemin il entreprit de remonter la rue. C'est alors qu'il vît, tout de vert vêtu et armé d'un balais et d'une pelle arriver un préposé à la propreté de la voie publique. Il en fut tout réconforté et fit un  écart pour laisser le passage au technicien de surface venant rétablir l'ordre et la décence.

            Je sais cette anecdote paraît banale et certainement elle l'est. Mais il n'empêche ! On se sent quand même mieux quand l'ordre qui vacillait se rétablit. Quand la tendance au n'importe quoi s'incline devant le retour à la salubrité publique. Quand en fait tout se déroule de façon normale, humaine et prévisible.

            Enfin n'en faisons pas un drame ! Cela arrivera tant qu'il y aura des chiens et que leurs maîtres feront preuve à leur égard d'une coupable indulgence et oublieront de leur apprendre le caniveau. Et tant pis pour les utopistes qui rêvent d'un monde idéal  où le déchet n'existe pas !

 

                                                     Le Chesnay le 1 octobre 2015

                                                     Copyright Christian Lepère

"Soir de fête" - détail

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"Soir de fête" - détail

"Soir de fête" - détail

Rendez vous ici après ce beau week end

de la 

TOUSSAINT

!

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Published by L'imaginaire
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