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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:37
"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

 

Le canon de la République

 

                   Voilà qu'en ce jeudi 10 septembre 2015 mes pas m'ont mené vers le musée du Jeu de Paume de Versailles. Je savais que Sir Anish Kapoor y avait fait des siennes. Il a investi les lieux pour y installer le « Canon de la République » dont l'ingénieux mécanisme peut envoyer des projectiles sanglants. En l’occurrence de gros blocs de cire molle et rouge sang qui, après une courte trajectoire vont s'écraser dans l'angle des murs opposés, éclaboussant avec enthousiasme tout ce qui est à leur portée.

                   L'effet est surprenant et peut soit faire horreur, soit déclencher des fous rires compensateurs, soit faire sourire les plus blasés, habitués qu'ils sont aux facéties les plus débiles de l'Art Contemporain Officiel.

                   Par chance l'entrée était gratuite. J'avoue que ma pingrerie naturelle m'aurait interdit de m'acquitter d'un droit d'entrée même modique, car cela m'aurait rendu complice de cette plaisanterie d'un infantilisme somme toute assez naïf.

                   Je savourais donc le spectacle bien que le canon soit resté au repos. Puis, découvrant émerveillé la présence d'un livre d'or, je ne pus m'empêcher d'en prendre connaissance. Dans l'ensemble c'était plutôt critique. Depuis le simple « C'est pas beau ! » jusqu'à des commentaires plus élaborés et parfois assez perspicaces. Cependant quelques avis étaient enthousiastes. Rédigés dans le langage pour initié qui permet aux adeptes de l'Art Contemporain de se conforter mutuellement, ils reprenaient les poncifs de base : L'art n'est pas fait pour plaire, il est là pour interroger, pour provoquer et mettre mal à l'aise...Fort bien ! Cela me rappelle le projet d'un stagiaire cherchant à se faire titulariser comme professeur d'arts Plastiques et qui expliquait que son propos était de délivrer la peinture de sa séduction. Ce qu'il avait parfaitement réussi en peignant en vert une boîte en carton abîmée d'où sortaient des fils électriques ne servant à rien donc dénués de toute vaine prétention utilitaire. D'où la merveilleuse gratuité de son acte créatif authentique.

                   Je n'irai pas contre l'esprit du temps et ne me crisperai pas sur des concepts un peu anciens. Toutefois l'ancien professeur  que je fus continue d'être un peu sceptique sur le courant actuel qui voudrait que tout soit libéré. C'est que j'ai longuement fréquenté les jeunes de 11 à 16 ans et que j'ai pu observer leurs attentes et leurs besoins.

                   Assez déboussolés par l'évolution galopante du monde où ils vivent, privés de certaines connaissances élémentaires jugées désuètes, plus ou moins ignorants du passé, le moins qu'on puisse dire est qu'ils manquent de repères sérieux. Leur problème serait plutôt un besoin de structures et de points d'appui. Pardonnez-moi la parenthèse. Si des jeunes à la dérive se laissent séduire par une propagande islamiste au point de partir s'entraîner en Syrie pour faire les choux gras de Daesh, c'est sans doute qu'ils cherchent une branche pour se raccrocher ou un idéal pour combler d'énormes besoins affectifs. Ce n'est pas pour les excuser, encore moins pour les encourager mais notre belle société libérale et consommatrice y est sans doute pour quelque chose.

                   Donc ce dont les jeunes ont besoin n'est certainement pas d'être encouragés à tout contester, à tout remettre en question et à cultiver l'autodérision systématique. Cela ils sont bien capables de le faire eux-mêmes à l'adolescence. C'est naturel et spontané. Et totalement inévitable pour devenir adulte.

      

"Le Canon de la République"

"Le Canon de la République"

 

                   Mais voilà que les tenants de l'Art Contemporain se veulent les sauveurs du monde. Ils veulent être les promoteurs du progrès en libérant l'art de toute contrainte pour que tout soit permis. Aux débuts du 20ème siècle les mouvements de contestation tels que le dadaïsme et le surréalisme avaient leur justification même s'ils étaient bien souvent excessifs. Après la formidable remise en cause des valeurs traditionnelles par l'absurdité de la guerre de 14 la révolte était inévitable, violente et convulsive comme la beauté selon André Breton. Elle partait d'un immense ras-le-bol et elle cherchait des solutions radicales, donc un idéal. Que celui-ci ait pris des formes diverses et contradictoires était inévitable autant que toutes les dérives qui ont suivi. C'est ce qui a donné le communisme russe, le nazisme et toutes les autres idéologies totalitaires, toutes issues au début d'un désir de liberté et de revanche sur l’Ennemi, l’Odieux Capitaliste, le Juif Rapace ou à l’inverse le Boche et le fanatique du Führer.

                   Tout ceci étant posé, le problème véritable n’est pas dans l’excès et la surenchère. Il est plutôt dans le « vide de sens » dont font preuve les douteuses plaisanteries qui se veulent à la pointe de la contestation. La contestation de quoi d’ailleurs ? Mais de tout…et du reste ! Ne serait-ce pas ce qu’on désigne sous le terme générique de nihilisme ? Non ! Bien sûr parce que les héros du mouvement croient encore très fort en quelque chose, leur propre gloire et leur importance essentielle. Ils sont des Artistes, des Créateurs. En témoigne leur égo surgonflé comme le plug anal (Pardon, je voulais dire le sapin de Noël) que Paul  Mac Carthy avait fait installer sur la place Vendôme et qui a été vandalisé par des médiocres, probablement intégristes. Que dire de la fange, de la lie, des misérables larves qui se vengent sur les valeurs reconnues au plus haut niveau de la République ? Et qui ne respectent même pas un gadget gonflable pourtant de dimension impressionnante.

                   Mais le vandalisme est prêt à tout. C’est trop affreux, mais c’est ainsi. Hélas ! Accablés nous pourrions verser des larmes sur les malheurs d’Anish Kapoor. Mais j’ai peur qu’elles ne fassent rouiller un peu plus la ferraille dont il a orné la Grande Perspective. Et ce serait dommage pour une réalisation qui a coûté aussi cher et que tout le monde n’a pas encore pu aller contempler.

 

                                                  Le Chesnay le 12 septembre 2015

                                                  Copyright Christian Lepère 

"Étrange rencontre" - détail

"Étrange rencontre" - détail

Encore plus de turpitudes?

Pas d'inquiétudes!

J'en ai sous

le coude.

La semaine prochaine vous aurez droit 

à

"Nono court toujours"

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Published by L'imaginaire
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