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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:52
"Les lendemains qui chantent" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

"Les lendemains qui chantent" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

 

Destins entrecroisés

(suite et fin)

 

         En fin d’ascension la cabine s’arrête. La porte palière s’ouvre. Un pas rapide martèle le couloir, une porte est ouverte puis claquée. Enfin il peut faire venir à lui l’ascenseur qui n’a plus d’autre obligation. Il appuie sur le 0, descend sans encombre et passe devant la loge du gardien.

         Courtois et disponible celui-ci lui fait signe d’entrer. Il a un colis à lui remettre. Voilà donc notre jeune ethnologue se voyant remettre un précieux colis. Un de ses anciens professeurs lui envoie des documents très rares  sur une tribu d’aborigènes qu’on a réussi à contacter afin de connaître leurs mœurs. C’est fort utile par les informations nouvelles que cela apporte et par les pistes qui s’ouvrent et les questions nouvelles que cela entraîne. Voilà l’avenir qui se remet en marche vers des horizons inespérés

         Passionné par les perspectives qui s’ouvrent il ne fait plus très attention à ce qui l’entoure. Dommage ! Car après avoir fait le nécessaire sa voisine inconnue vient de redescendre par l’ascenseur avec la conscience plus tranquille. Un peu pressée elle passe devant la loge sans jeter un coup d’œil alors qu’il est en train de prendre connaissance du contenu de son colis. D’ailleurs ils ne se connaissent pas et n’ont pas le moindre soupçon de leur existence réciproque. Si ce n’est celle d’une vague silhouette aperçue à travers les reflets de la porte palière d’un ascenseur dont les comportements sont plutôt frustrants quoique justifiés par les contraintes techniques.

         Enfin il peut remonter son colis, cette fois-ci sans encombre. Son paillasson est toujours bien aligné et la porte s’ouvre sans problème. Il va pouvoir ressortir pour se rendre à la Grande Bibliothèque. Elle, pour sa part, vient de passer à l’agence où on lui a proposé une offre alléchante. Un autre logement moins cher, de surface identique et avec vue sur les toits de la capitale. Au loin on distingue même le Sacré-Cœur et en se penchant un peu dangereusement, entre de hautes cheminées l’ultime sommet de la colonne de la Bastille. De quoi faire rêver pour pas cher et alimenter les commentaires quand on invite des amis à venir contempler la vue.

         Elle peut donc maintenant se rendre à la Grande Bibliothèque, lieu de ses espoirs et de sa fascination, tellement riche d’enseignements pour sa future carrière. C’est là qu’elle va à nouveau le croiser. Cette fois-ci ils vont se frôler dans un vaste couloir où la foule s’empressant dans les deux sens va les rapprocher de façon insistante mais purement aléatoire. D’ailleurs ce sera très bref et il n’y aura pas le plus petit échange de regard. Pas même un battement de cil. Faire partie d’un groupe compact ne pousse pas à s’intéresser outre mesure à qui l’on croise.

         Un peu plus tard il y aura quand même une approche plus effective à la cafétéria. Mais à nouveau, quand on piétine devant la caisse au sein d’une longue file d’attente on n’a pas forcément envie de dire autre chose que « Pardon ! »  et « Après-vous… ». Donc, pas de suite, pas d’enchaînement, pas de glissement vers des sujets un peu plus intimes ou compromettants. Rien qui puisse mettre en évidence des affinités et des points communs.

         Ah ! S’ils s’étaient retrouvés à la même table, face à face ! Là peut-être y eut-il eu une amorce, un soupçon de connivence derrière les banalités, au-delà de la pluie et du beau temps. Sans oublier les réflexions mi-figue mi-raisin sur les aléas des transports en commun et les pertes de temps donc d’argent que cela entraîne. Peut-être auraient-ils parlé d’aborigènes et à partir de ce préambule émis quelques considérations sur les profondeurs de l’âme animiste ?

         Mais le destin était tout autre. D’ailleurs ni l’un ni l’autre ne saura jamais à quel point deux univers se sont côtoyés  séparés par la vitre anonyme de la porte palière de l’ascenseur. Celle de l’immeuble bourgeois d’une petite rue paisible du 15ème arrondissement, en plein cœur de Paris, ville lumière, ville de rencontres et d’échanges. Haut lieu de la convivialité.

 

                                                      La Brosse Conge le 29 août 2015

                                                      Copyright Christian Lepère

 

"Les lendemains qui chantent" - détail

"Les lendemains qui chantent" - détail

La prochaine fois

je vous parlerai de turpitudes.

C'est un peu éprouvant

mais tellement agréable quand ça s'arrête...

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Published by L'imaginaire
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