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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:09
"Vert paysage" - huile - toile marouflée sur bois - 23 x 16 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

"Vert paysage" - huile - toile marouflée sur bois - 23 x 16 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

 

Le peintre

soumis à la question

(suite)

 

 

              Breughel me convenait par l’ampleur de sa vision. Ses vastes paysages composés de multiples lieux et accidents de terrain qu’il avait observés au cours de son voyage vers l’Italie m’ouvrait aux horizons lointains. Contrairement aux autres artistes de son 16ème siècle, il ne prenait pas prétexte des hauts faits de l’Antiquité ou de l’Histoire Sainte pour faire étalage de références culturelles qui vous donnent l’impression de faire partie de l’élite des gens cultivés ou même de ceux qui seront sauvés par leurs croyances. Son but n’était pas de dramatiser pour frapper les esprits par des mises en scène spectaculaires noyées de clair-obscur. Rien de spectaculaire. L’essentiel était souvent discret, même s’il occupait le centre de la composition comme dans le « Portement de croix » où le Christ est au cœur de la foule, tout petit. Et cela était fait avec un tel tact, une telle discrétion que pendant longtemps il fût peu apprécié. Breughel le Drôle, peintre des petites gens et de l’anecdote campagnarde n’avait rien pour séduire le 17ème siècle et sa folie des grandeurs. La monarchie absolue ne pouvait y condescendre. Il lui fallait de la pompe et des oraisons funèbres. De la gloire et de la vanité. Il fût donc oublié ou moqué. Avant que l’histoire ne revienne sur ce jugement hâtif.

              Qu’il soit Allemand, Andalou ou Nippon le touriste basique pénétrait il y a encore peu le Domaine Royal sous le regard souverain du Grand Roi fièrement campé sur son cheval, sûr de son fait, indiscuté… Par une curieuse évolution des perspectives voilà maintenant que cette noble statue accueille les visiteurs du vaste monde à l’entrée de la place d’Armes, dominant tout un moutonnement d’autocars convergeant depuis les confins de l’Europe et faisant de Versailles un pôle d’attraction planétaire. La perspective a changé. Excusez-moi de cette petite digression qui en dit long sur l’état d’esprit actuel.

              Revenons maintenant à Breughel. Pour le Grand Siècle il faisait tache. C’était un amuseur. Mais déjà je pressentais sous le détail pittoresque, dans l’attitude pataude et la silhouette engoncée de ses paysans toute la profondeur d’un esprit pour qui le relatif est une expression de l’absolu.

              Dans un autre registre Jérôme Bosch m’avait séduit. Là c’était au contraire toute la profondeur d’un subconscient débridé qui profitait de la complicité du peintre pour faire surface. D’ailleurs ce sont les surréalistes qui l’ont signalé à notre attention. Ce grand ancêtre les avait devancés. Décadenassant les ténèbres flamboyantes des couches profondes du psychisme, il s’était permis ce que nul avant lui n’avait osé avec une telle audace et une telle imagination. Certes les fresques moyenâgeuses étaient riches en scènes infernales et en diableries naïves et rouées mais cela restait assez conventionnel. C’étaient des œuvres spontanées soumises aux attentes des fidèles et des bons pasteurs en charge d’âmes. Il fallait donc que quelqu’un ose enfin aller voir tout au fond s’il y était. Etant de plus un peintre à la technique irréprochable et disposant de tout son temps il pouvait aller au bout de ses fantasmes. D’ailleurs beaucoup l’ont ensuite suivi mais hélas pas toujours avec la même rigueur et l’inimitable fantaisie créatrice. Ce ne furent souvent que des suiveurs.

 

                                                                        A suivre…

 

"Neige" - huile - toile marouflée sur bois - 25 x 35 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

"Neige" - huile - toile marouflée sur bois - 25 x 35 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

Le temps passé

s'est 

écoulé

et les saisons

tournent en rond

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Published by L'imaginaire
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