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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:02
"Le songe apaisé" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2.000 -

"Le songe apaisé" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2.000 -

 

      Le faisceau de His

suite       

 

 

              Après Vincelles on quitte la vallée de la Cure qui entre temps s'est jetée dans l'Yonne. C'est par une vaste courbe assez abrupte que l'on remonte sur le plateau pour couper court en direction d'Auxerre. Là le spectacle est grandiose. Le panorama vaste et déployé s'étend jusqu'à l'horizon et sur les pentes en contrebas. Au loin dans la lumière Auxerre se profile dans toute sa gloire, nimbée de passé séculaire et couronnée de clochers et de tours. La cathédrale, d'autres lieux de culte et surtout le moutonnement des toits en vieille tuiles bourguignonnes en forment le centre puis autour, au-delà du boulevard extérieur qui entoure le centre-ville une ceinture de propriétés anciennes aux allures de petits châteaux d'un charme suranné néo -gothique, néo-classique ou patchwork de tout ce qui s'est fait de plus prestigieux au cours des siècles depuis la renaissance ou dans un orient rêvé. Les propriétés sont à l'avenant avec de grands arbres et des massifs de fleurs derrière des grilles en fer forgé dignes de nobles bâtisses.

            Au-delà ça se dégrade. Comme souvent en pareil cas, plus on s'éloigne du centre et plus on se rapproche dans le temps. Plus on devient contemporain. L'esprit n'est plus le même, ni les moyens mis en œuvre. On se paupérise, on se dirige vers la culture de masse. Certes ce n'est pas Sarcelles ni la Grande Borne mais c'est sans doute parce qu'on n'en a pas eu les moyens et que la dégradation sociale n'a pas pu s'épanouir comme autour des villes tentaculaires si chères à Boris Vian.

            Au-delà encore, toujours plus loin, toujours  plus vaste voici maintenant, les zones commerciales avec leurs hyper-marchés, les zones d'activité, les zones industrielles aux noms très pittoresques tels que «  Les Clairions » ou « Les pieds de rats » Le tout cerné, entouré, strangulé par un invraisemblable réseau de voies rapides, de bretelles, de ronds-points multiples et à rallonge conduisant implacablement vers les péages de  l'autoroute, à moins qu'ils ne vous égarent dans des terrains vagues anonymes, encore à aménager ou en voie de bétonnement irrémédiable. Partout des taupinières géantes, des tranchées énormes, des tuyauteries colossales et des amoncellements de sable ou de matériaux qui feraient penser à la dune du Pyla ou au sommet du Ventoux s'ils n'étaient pas aussi urbains, hasardeux et provisoires. Mais Dieu merci on finit par atteindre l'A 6 en direction de  Paris.

 

            Depuis belle lurette le monde suit son cours. Les époques se succèdent et s’alternent suivant la loi inexorable du balancier. Ainsi les progrès de la recherche scientifique aboutissant au pillage des ressources naturelles finissent par tout remettre en cause. Après avoir cru au progrès sans fin et à l’asservissement de la planète à notre bon plaisir, voilà que nos contemporains, qu’ils soient de base ou d’élite commencent à déchanter. Le progrès se retourne contre lui-même et ses effets secondaires sont pervers. Les lendemains qui chantent promis par des idéologies rejoignent les utopies dans le placard à balais des illusions passées. La toute-puissance humaine fait profil bas. Voilà qu’on atteint des limites et que toute nouvelle découverte pose beaucoup plus de questions qu’elle n’apporte de certitudes.

            Comme on pouvait s’y attendre l’irrationnel en profite   pour refaire surface. Sous des formes souvent approximatives et exotiques. Voici donc inévitablement le retour des religions, intégristes ou plus profondes et des sagesses traditionnelles, mais bien souvent comprises de façon simpliste parce que ça nous arrange. Le ras des pâquerettes se porte bien. Il a la cote au hit-parade.

            Une mode est apparue pour se sortir du quotidien et vivre des expériences un peu extrêmes. Ainsi des stages s’organisent pour faire des marches dans le désert. Pourquoi pas ? Et après tout le simple fait de sortir de son train-train et de se soumettre à des conditions inhabituelles peut révéler des aspects profonds du psychisme. Silence et  solitude peuvent être des moments de prise de conscience. Mais pourquoi chercher si loin ?

            Je viens de m’engager sur l’autoroute. Ce long ruban qui serpente dans la campagne bourguignonne et me conduit vers un horizon sans cesse reculé. Le trafic est fluide. Quelques camions venus d’Espagne ou d’Europe centrale ne sauraient faire obstacle. Tout va bien. Ma radio ne marche plus et mes pensées sont plutôt vagues. Je suis donc au désert, sans distraction. Presque seul avec moi-même. C’est-à-dire assez seul. Alors ? Alors les kilomètres défilent. Le temps passe… Tiens ! Où est-il passé ? C’est étrange comme il peut avouer son inexistence dès qu’on lui porte un peu d’attention. Certes quelques pensées me replongent dans des épisodes lointains de l’enfance ou tentent d’explorer un avenir proche mais bien incertain. Curieusement les souvenirs les plus anciens peuvent avoir une grande fraîcheur alors que d’autres encore récents paraissent évanescents. Relativité ? Bien sûr tout est relatif sauf justement la relativité qui elle est absolue.

 

                                                                                                                                                   La prochaine fois la suite du voyage ...

 

"Le songe apaisé" - détail

"Le songe apaisé" - détail

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Published by L'imaginaire
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