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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 07:11
"Le petit train" - huile sur toile - largeur 51 cm - 2006

"Le petit train" - huile sur toile - largeur 51 cm - 2006

Le petit train sifflette

 

Un train sifflette le cœur en fête

crapahutait au long des voies.

C'était un train qui mine de rien

suivait sans fin les aléas

de son destin.

 

C'était un petit train branlant

tout cahotant et tressautant

qui sans y voir ni mal ni bien

      suivait ses rails avec entrain

ne sachant pas improviser

ni changer la suite à venir.

 

 

         Bien sûr de temps à autre la voie se faisait plus raide ou un peu moins large, toute encombrée qu'elle était par les multiples débris qui souillaient son parcours. C'est qu'une voie a bien des problèmes. D'abord elle a été conçue. Son parcours a été décidé  soit par un ingénieur des Ponts et Chaussées, soit par son commis, soit même et par soucis d'économie par le recours à l'animal. Âne ou mulet dans les cas où le projet d'intérêt très local n'avait pu être financé au-delà des possibilités communales voire intercommunales  dans le cadre d'une coopération.

         La voie semblait donc un peu capricieuse. C'est qu'elle n'allait pas automatiquement au plus court quand celui-ci aurait exigé des solutions techniques fort onéreuses. Des ponts pour franchir des ravins, des tunnels pour se faufiler sous la roche, des tranchées pour passer à tout prix à ciel ouvert comme au bon vieux temps du far-West. Et puis la voie se devait d'être à peu près plate, un petit train sans crémaillère ne sachant se hisser sur des rails dangereusement lisses au-delà d'une modeste pente.

 

 

Le train sifflette allait donc là

où le vent le poussait sans fin.

Il cheminait et sans s'en faire

Salué par la garde-barrière.

 

Fort délurée cette dernière

agitait sa main potelée

et le petit train suranné

un peu ému passait tout fier.

 

Sûr de son fait, de sa coutume

il n'innovait ni ne changeait.

Jamais ne se serait permis

de ne pas suivre son circuit.

 

C'était un petit train sifflette

et depuis des éternités

il allait le cœur en goguette

au fond des bois et des sentiers.

 

 

         Mais la pente se fait plus rude et des éboulis menacent l'intégrité du parcours. Partout ce ne sont que ronces qui se propagent et que folles orties parsemées de scabieuses. La menthe répand son doux parfum et parfois une fraise des bois pousse son petit cri rouge entre de grosses touffes d'herbes folles.

         Mais le petit train n'en a cure. Il connaît son devoir, il sait qu'il doit aller. Sans impatience, avec détermination. Certains diraient qu'il est casanier ! C'est un point de vue défendable mais qui porte un jugement péremptoire. Alors…

 

 

Laissons-le à ses habitudes.

Ne le forçons à ralentir

en nous mêlant d'intervenir

avec toute notre inaptitude.

 

 

Si des enfants à bicyclette

s'en vont en longeant son chemin

et en lui faisant des risettes

il sourit et leur veut du bien.

 

 

C'était donc et depuis longtemps

un petit train tout patachon

qui sentait bon le liseron

la noisette et les fleurs des champs.

 

 

         Je n'en dirai pas plus sur ces parcours sans cesse renouvelés. Je n'en dirai pas moins non plus car l'histoire est indéfinie et que sans arrêt elle redémarre à chaque halte, au détour de chaque coteau en suivant les contours sinueux de la vallée. De ressaut en rebond, d'arrêt en prudent redémarrage notre petit train crache les résidus de ses noirs poumons. Il n'est pas très écologique. Mais que voulez-vous c'est de son âge ou, pour le moins, de la génération de ses concepteurs qui n'y voyaient malice. A une époque où la pollution artisanale savait rester bon enfant. A moins qu'elle ne vous prît à la gorge au beau milieu d'un tunnel…

         Mais là c'était pas de chance et personne n'aurait pu supposer que soixante ans plus tard il put y avoir des suites d'une gravité fort ennuyeuse pour toute personne soi-disant élevée au grand air des Cévennes. A moins que ce ne soit dans une autre partie hexagonale de notre France profonde.

 

 

                                                              Le Chesnay le 26 avril 2015

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

"Le petit train" - détail

"Le petit train" - détail

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"Le petit train - détail

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Published by L'imaginaire
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