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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 07:46
"Petit Pablo, bobo..." - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

"Petit Pablo, bobo..." - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

Petit Pablo,bobo…

 

     Mais qu'est-ce qui m'a pris d'en vouloir à ce malheureux bambin ? Après tout il ne faisait que vivre selon sa nature et c'était bien son droit. Si celle-ci l'avait fait ogre,  c'est que le rôle était sans doute disponible. Mais qu'est-ce qu'un ogre ? Un prédateur ! Et de l'espèce la plus funeste. Un qui ne peut vivre qu'en traquant et dévorant ses proies. Dans quel but ? Tout naturel et commun à tout ce qui vit. En faire sa propre substance avant d'excréter les déchets. Car l'ogre fait caca. C'est son  truc, c'est sa vocation ! Jusque là tout va bien. Mais il y a chez certains un côté systématique qui peut inquiéter. Ce sont des caricatures, j'allais dire des archétypes.

         Donc Pablo sous couvert de créativité dévergondée s'est beaucoup emparé de tout ce qui lui tombait sous la patte, avant de le faire passer pour sien après l'avoir  passé à la moulinette. Sans doute disposait-il d'un certain charisme ou tout au moins d'un pouvoir d'impressionner même des esprits distingués. Se rendre utile, voire incontournable faisait aussi partie de ses talents. Et comme il fréquentait tout ce qui remet en question les us et coutumes il lui devenait possible de se faire prendre pour un courageux révolutionnaire.

         L'époque était à ce genre d'affirmation. Sur les ruines fumantes d'un vieux monde ravagé par la Grande Guerre, il était plus aisé de devenir génial en faisant irruption dans le jeu de quille. Quitte à y faire n'importe quoi. L'essentiel était que ça se remarque.

         Laissons ensuite les doctes et les intellectuels se livrer à de savantes analyses pour comprendre le pourquoi du comment et y détecter des intentions très louables et pour le moins novatrices. Le fin du fin est que l'ogre, dévorant ses victimes a simultanément réussi à faire croire qu'il leur rendait hommage. De là à assurer qu'il était un grand classique plein d'admiration pour ses illustres prédécesseurs il n'y avait qu'un petit pas qu'il n'a jamais hésité à suggérer de faire.

         Mais après tout que peut-on lui reprocher ? Il a fait ce que sa nature lui imposait de faire. Mais on peut quand même avoir quelques regrets. D'abord parce que tout jeune il n'était pas dénué d'un certain talent, mais qu'ensuite il n'en a guère fait usage. Puis qu'il s'est livré à des créations pléthoriques d'une abondance telle qu'elles en deviendraient banales. Au minimum il a donné dans le bâclé.

         Ensuite il a toujours su se raccrocher aux branches et se faire passer pour ce qu'il n'était guère, à savoir un humaniste se souciant du sort de ses semblables. Picasso communiste ? Picasso pleurant sur d'innocentes victimes ? Ou se servant de tout ce qui se présentait en le considérant comme du grain à moudre et de quoi alimenter sa légende ?

        Enfin il est mort. Mais on s'obstine à révérer en lui un grand ancêtre, un audacieux novateur. Un créatif brut de coffrage qui n'a jamais hésité à mettre les pieds dans le plat. Pourquoi pas ? Après tout on a bien le droit de chercher à se rassurer tant qu'on a besoin d'idoles et de super héros à encenser. Seulement il faut admettre que tout cela repose sur une soif d'idéal qui condamne à se réfugier sous la couette d’ un consensus mou. Un conformisme pour esprits confiants dans la reconnaissance de la foule. La foule ? D'abord celle qui a critiqué par principe avant de devenir celle qui porte aux nues sans plus se poser de questions. L’histoire du 20ème siècle nous a gâtés à cet égard. Dans ce monde à la dérive où l'on peut douter de tout il est inévitable de tenter de se rassurer avec des héros et des mythes. C'est normal, c'est humain mais ce n'est peut-être pas ce qui va nous rendre adultes. Mais après tout qui s'en soucie. La télé n'est pas en panne. Notre assiette n'est pas vide et il paraît même que l'économie reprend du poil de la bête. Profitons -en ! Car on ne sait jamais…

 

                                                                   Le Chesnay le 6 mai 2015

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

Progression de "Petit Pablo, bobo..."

Progression de "Petit Pablo, bobo..."

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Published by L'imaginaire
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