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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 09:04
"Jules Verne" - huile sur toile - 81 x 65 cm - 1988

"Jules Verne" - huile sur toile - 81 x 65 cm - 1988

Je m'en doutais

La logique hyper-complexe

et le simple bon sens

 

            Je m'en doutais un peu mais il arrive parfois que l'on se fasse administrer des preuves accablantes et qui vous laissent assez flottant avec le sentiment d'être manipulé.

            Voici donc le point de départ. Depuis bien longtemps je subodore que le hasard n'existe nullement. Ou, comme l'a dit je ne sais plus qui, il n'est qu'un voile pudique jeté sur notre ignorance. Fort bien, mais ce n'est après tout qu'une opinion de philosophe. Une déduction en apparence imparable mais qui pourrait également être une illusion. En tout cas un concept construit et étayé pour les besoins de la cause et réfutable comme toute élaboration intellectuelle.

            Ceci étant dit et dans la mesure où l'on ne cherche pas à se rassurer avec d'habiles élucubrations, mais au contraire à débusquer la vérité toute nue cachée  derrière nos tours de passe-passe mentaux, j'ai entrepris de vérifier.

            S’il n'y a pas de hasard, il n'y a pas non plus de libre-arbitre. Mais des enchaînements de faits d'une extrême complexité et pour lesquels la plupart des données nous seront à tout jamais inconnues. Ce qui nous fait croire à un certain flottement ou tout au moins à un manque de rigueur dans l'irrémédiabilité des enchaînements.

            Pourquoi se croit-on libre? Mais parce qu'on a le choix. Sans arrêt nous décidons que le clafoutis aux cerises sera plus délectable qu'une île flottante réalisée avec tout le savoir-faire traditionnel d'un grand chef meilleur ouvrier de France. Et si je préfère regarder des inepties à la télé plutôt que de m'émerveiller sur les paysages vertigineux de la Cordillère des Andes, c'est que je peux préférer l'un à l'autre. A moins que l'opposition passionnelle digne des Atrides entre Marine Le Pen et son papa ne retienne mon attention comme une tragédie grecque digne de Sophocle. Ou encore que le spectacle de Sarkozy ne me comble d'aise en me rappelant quelque séance de guignol qui m'avait fasciné jadis au Jardin du Luxembourg.

            Je suis donc bien libre de choisir. Mais voilà où je subodore le piège. Certes je choisis, mais est-ce librement ? Que non ! Si je préfère les huîtres de Marennes-Oléron à celles de Cancale, c'est forcément pour des raisons. Certaines gustatives, d'autres plus culturelles et n'oublions pas tout ce qu'on a pu m'en dire dans ma petite enfance, à l'époque où voir mes chers parents se délecter d'huîtres au cours du repas familial et qui plus est pendant les fêtes me remplissait d'horreur. Comment ? Des grandes personnes qui me reprochent de mettre mes doigts dans mon nez et qui m'interdisent de laper ma soupe sont en train sous mes yeux impuissants de gober et de déglutir des créatures vivantes et visqueuses mais dont le goût est paraît-il sublime de délicatesse, finement iodé et plein d'effluves marines.

            Rassurez-vous depuis je suis devenu normal et si vous m'offrez des huîtres je ne vous ferai pas l'affront  de les éliminer discrètement dans la poubelle de table. J'avoue même y trouver maintenant un certain plaisir frais et revigorant.

            Mais revenons-en au hasard. Un fait, fût-il le plus anodin et le plus insignifiant peut-il se produire sans raison ? Non ! Mille fois non ! D'ailleurs c'est tout l'édifice de la science expérimentale qui serait à remettre en cause. Bien sûr certains parlent d'indéterminisme au niveau le plus infinitésimal, reconnaissant les limites de leurs moyens d'investigation. Mais d'autres un peu plus ouverts à l'inconnu et conscients de leurs limites actuelles d'observation ont avancé l'idée toute simple des variables cachées. Et sans doute finira-t-on bien par découvrir ce qui se cache derrière l'apparition miraculeuse de particules que rien ne semble expliquer. Cela n'empêchera pas la science de finir par devoir admettre qu'elle a des limites puisqu'elle ne s'intéresse qu'à ce qui est observable, mesurable, analysable et manipulable. Donc ce qui relève du monde des apparences ou des phénomènes si vous préférez. Et c'est à ce stade que la physique peut enfin s’ouvrir sur la métaphysique.

            Donc pas de libre-arbitre. Mais c'est une croyance, totalement invérifiable me direz-vous ? D'ailleurs dans notre monde moderne personne ne l'envisage et tout un chacun estime être plus ou moins responsable de ses actes et de ses décisions. Bien sûr ! Et c'est heureux ! Le spectacle du monde déjà cauchemardesque le serait encore plus si l'on se prenait pour un pantin totalement manipulé

            Or, c'est là que se situe le nœud de l'affaire. La nature nous a conçus en tant qu'êtres humains. Or, c'est bien connu l'enfant même doté de capacités virtuelles pleines d’espoir  naît prématuré. Il a à se construire avec l'aide de ses parents. Et cette construction  ne peut se dérouler que s’il se croit libre de bien ou de mal faire. Selon les critères de son monde bien entendu. Ceux-ci seront d'une grande diversité et souvent contradictoires.

Des références catholiques, protestantes, orthodoxes, bouddhistes zen ou musulmanes Sunnites s'opposeront. Mais chaque système aura sa logique et sa cohérence. Et à ce stade c'est mieux que rien. Car la croyance au libre arbitre est essentielle pour l'élaboration d'une personnalité  harmonieuse. D’ailleurs la philosophie bouddhiste la plus extrême n’a jamais dit qu’il fallait empêcher l’enfant de se construire un égo. C’est une nécessité naturelle qui existe déjà au niveau animal. Toute « entité » biologique ne peut se maintenir qu’en s’affirmant entourée qu’elle est par un extérieur qui ne lui veut pas forcément du bien. A ce niveau c’est la lutte pour la vie. Or, l’homme est un animal…capable de transcendance. Mais c’est d’abord un animal.

            Mais je parlais de vérification. Car après tout une théorie n’est qu’une hypothèse ce dont sont convaincus les scientifiques les plus rationalistes. Tant qu’on n’a pas confronté l’idée à la pesanteur du réel, du concret et de l’observable on nourrit ses propres rêves.

            Il y a peu j’ai été victime d’un malaise vagal. Pour des raisons obscures mais très suffisantes je me suis retrouvé par terre entouré de pompiers, alors que le venais de faire l’emplette d’un parapluie au Centre Commercial de Parly 2. On m’emmène aux urgences puis on suture habilement deux entailles au cuir chevelu avec des agrafes. Me sentant bien je souhaite retourner chez moi. Mais c’est ne pas tenir compte de la rigueur responsable des services de santé. Apprenant que je prends un traitement pour arythmie cardiaque on décide de  supprimer mon traitement journalier pendant au moins 48 heures. Après on verra si le traitement est bien adapté et si une autre cause plus pernicieuse n’est pas à l’origine du malaise.

            Je suis ressorti au bout de 4 jours en me voyant signifier de reprendre mon traitement habituel. Tout allait pour le mieux mais ce petit intermède n’était pas prévu dans mon planning. J’étais très ennuyé. D’abord parce que j’étais censé porter mes œuvres à la Fondation Taylor qui accueille le « Musée de l’Imaginaire » dont j’ai été un élément permanent pendant 18 ans. Or le jour dit j’étais encore en attente d’être libéré. Le lendemain je peux enfin faire le nécessaire. Il était temps, le vernissage étant le surlendemain. Donc je suis retombé sur mes pieds et j’ai pu retrouver mes amis artistes et accueillir mes invités personnels sans problème. Fin de l’épisode. Mais rien n’est simple. Voici que je me réveille la nuit complètement trempé, bon à tordre. Je connais ce genre d’aléas. Ce peut être le début d’une grippe. Mais mon mal de gorge ressemble beaucoup plus à une allergie à  des pollens peut-être aggravée par la pollution qui plombe la région parisienne.

            Au lieu de se dissiper rapidement tout cela va durer de jour en jour et de façon de moins en moins conventionnelle. Des légères poussées de fièvre se succèdent me réveillant complètement moite au cœur de la nuit, mais ça ne coupe en rien mon appétit qui me permet de me sustenter sans risquer l’affaiblissement…J’ai aussi des douleurs assez violentes dans les mollets totalement inexpliquées et surtout je passe une bonne partie de mes journées à dormir sans nuire à mon cycle diurne. Tout cela peut paraître assez anodin et l’est très certainement. Mais pose question. C’est surtout la preuve que mon organisme réagit, s’adapte, prend des mesures sans rien me demander. Je suis face à ma réalité biologique exactement dans le même état que devant mon ordinateur Windows 8. Très subtil et très perfectionné il n’est cependant pas toujours très fiable. Le nombre toujours plus impressionnant de fonctions   provoque très souvent des interférences entre les logiciels qui par eux-mêmes ne font pas toujours preuve d’une rigueur exemplaire. Le courant passe ou ne passe pas, sauf que parfois il passe quand il ne devrait pas ou s’abstient pour des raisons de lui-seul connues.

            Voilà, je vous ai tout dit ou presque. Vous ai-je dit la vérité ? Toute la vérité ?, Rien que la vérité ? A vous de voir et surtout en ce qui vous concerne. Mais à cela nulle obligation. Ca fait bien longtemps que le monde tourne, que les philosophies s’opposent et que de braves gens animés de louables intentions cherchent à convaincre les autres de la justesse de leurs vues ; D’abord avec un discours, des arguments, des preuves irréfutables. Puis avec leur kalachnikov quand l’opposant refuse d’entendre raison ce qui décidément n’est pas du tout raisonnable. 

            J’arrêterai donc là et de la façon la plus provisoirement définitive. A moins qu’une autre idée ne surgisse de mes neurones enfiévrés. Auquel cas je vous en ferai part. A moins que ce ne soit à vous de me suggérer quelque piste inédite qui m’aurait échappée.

 

                                                                              Le Chesnay le 16 avril 2015

                                                                              Copyright Christian Lepère 

"Jules Verne" - détail

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Published by L'imaginaire
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