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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 08:42
Vraies et fausses pierres assemblées - La Brosse Conge

Vraies et fausses pierres assemblées - La Brosse Conge

Dur comme pierre

 

              Quoi de plus rassurant que le minéral ? Droit et altier il est prêt à défier les siècles, voire les millénaires. Dressé en colonnes ou empilé en blocs cyclopéens il a servi à édifier des monuments qui vont perdurer par-delà les agitations humaines et les remous de l'histoire. De Carnac et ses pierres levées à l'amoncellement grandiose des grandes pyramides la pierre est là, présente, et affirme la durée.

              Mais rien n'est parfait et le meilleur a ses faiblesses. Petit à petit des dégradations vont apparaître. L'usure du temps qui passe et l'action inexorable des micro-organismes vont finir par avoir raison du matériau  le plus coriace. Même la végétation de nos régions tempérées, en prenant son temps, en contournant l'obstacle finira par disjoindre les pierres grossières  de la grange ou les sculptures finement travaillées  de la petite église de campagne. Vous savez, celle qui est blottie sous les ombrages et veille avec ferveur sur les dalles du vieux cimetière. D'ailleurs celles-ci sont aussi en danger. La nature n'a que faire des concessions à perpétuité et autres exigences humaines aussi naïves qu'illusoires. Après un temps de répit convenable, pour faire plaisir aux bonnes gens et les rassurer sur leur bon droit elle va commencer sa progression insidieuse et irrémédiable au fil du temps qui passe. Les ronces vont se répandre, les racines s'immiscer et même les pissenlits que pourtant les défunts sont censés manger par la racine vont participer à cette invasion. N'oublions pas la faune, les lézards adorent se chauffer au soleil sur une belle pierre ornée de sentences définitives et de vœux pieux. Mais les couleuvres n'hésiteront pas à se glisser sournoisement sous la dalle qui est en train de chavirer, trahie par une absence de fondations solides autour de la fosse en pleine terre. D'ailleurs, si elle va à vau-l'eau c'est que l'action du gel l'a fissurée avant qu'elle ait à subir les rigueurs caniculaires du plein été.

              Le minéral est donc paradoxal. Symbole de puissance orgueilleuse il se laisse aussi dégrader dès que sa texture présente des faiblesses. Depuis toujours je hante la Bourgogne et ses collines accueillantes. La région est calcaire, située aux confins du bassin parisien et les formations rocheuses naturelles ont toutes les caractéristiques de cette pierre blanche plutôt tendre et facile à travailler. Des falaises se dressent parfois sur les bords de la Cure qui y a creusé son lit en coupant parfois au plus court, s’infiltrant sous terre pour creuser les grottes d'Arcy et d'autres moins connues, gratuites et plus accueillantes pour les gamins dont je faisais partie en mon jeune âge. Mais les vraies grottes sont vastes, visitables en toute sécurité, payantes comme il se doit et nos lointains ancêtres les ont habitées et y ont même laissé des traces de leur créativité sur les parois. L’intérêt reste local. Ce n’est pas Lascaux. Mais quand même…

              Mais qui dit calcaire dit aussi fossiles puisque cette roche s’est formée par dépôt sédimentaire au fond des mers à l’époque lointaine où notre beau pays était submergé en attendant nos ancêtres les gaulois. La chose me fascinait et je me souviens, bien jeune encore, avoir erré dans les champs labourés ou dans les ornières des chemins communaux. Je cheminais à pas lents, courbé vers le sol, le regard aux aguets et souvent je remarquais quelque détail insolite, une forme de coquille, des structures trop régulières pour être dues au hasard, des traces de vie fort anciennes.

              Parfois je découvrais une ammonite ou, les jours moins fastes des coquillages plus proches des moules communes ou des bigorneaux sans histoire.  Et j’étais content, rassuré. La vie existait depuis si longtemps et l’usure du temps n’avait pas tout anéanti. Dans ma candeur je côtoyais l’éternité.

              Je me souviens aussi du jour où marraine Alice qui avait charge d’assurer le salut de l’âme de mon grand frère en cas de malheur m’a emmené visiter le muséum d’histoire naturelle. Là j’ai découvert avec effroi et délices des squelettes de dinosaure et de tricératops dans une pénombre propice à tous les fantasmes. C’était du haut de gamme, voire du très haut. En réalité de l’insurpassable. Il était clair que mes expéditions bourguignonnes m’en promettaient beaucoup moins. Mais déjà j’avais compris qu’il faut relativiser et faire avec ce dont on dispose en Bourgogne ou ailleurs…

              Qu’importe ! Ma collection de fossiles bien que modeste commençait à peser son poids. C’est du moins ce que m’assurait mon pauvre père qui me voyait alourdir le véhicule familial avec des cailloux sans grand intérêt pour une personne raisonnable pendant les voyages qui nous emmenaient en vacances sur les routes de France et de Navarre. Au retour j’étais tout content d’avoir fait la nique au temps et à l’impermanence. Mon besoin de transcendance y trouvait son compte à peu de frais.

                                                                                         à suivre...

 

 

 

Le maître des lieux.

Le maître des lieux.

Grotte à la Brosse Conge

Grotte à la Brosse Conge

231 - Dur comme pierre

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Published by L'imaginaire
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