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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:08
"Eros parano" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Eros parano" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

Fondation Maeght

 

              C'était je crois en l'an de grâce 1964. Jeune étudiant à l'E.N.S.E.T. je me préparais pour passer le diplôme qui me permettrait d'enseigner les Arts Plastiques. Pour nous aguerrir on nous avait envoyés en stage dans un établissement de province. C'est ainsi que je me retrouvais à Nice pour expérimenter sur le tas les moyens et méthodes permettant de transmettre un certain savoir-faire reposant sur des méthodes expérimentées. Tout se passait pour le mieux, les élèves étaient plutôt sympas et le conseiller pédagogique de bonne compagnie.

              C'était aussi une occasion de se cultiver. Après un séjour à Florence Il nous fallait aussi aborder l'art moderne. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à la fondation Maeght.

              Il faisait beau sur le pays Niçois. Le site était à la hauteur et comblait nos attentes. L'air était doux et parfumé. Une végétation  méditerranéenne couvrait un paysage escarpé et sous les ombrages la température restait clémente. Mais nous étions dans un haut-lieu culturel dûment estampillé et censés y admirer les chefs-d’œuvre  de la modernité la plus universellement reconnue.

              L'attente était légitime...Pourquoi fut-elle déçue ? Peut-être étions- nous un peu jeunes ? Un peu confits dans nos références livresques ? Victimes d'un attrait sentimental pour un passé désuet ? Incapables d'aborder avec sympathie les audaces des créateurs ? En un mot un peu frileux… Je ne sais mais l'enthousiasme n'était pas au rendez-vous.

              Parcourant la fondation nous n'y avons trouvé que quelques gadgets, certains de dimension appréciable mais d'une simplicité confinant à un soupçon de manque d'imagination. Un œuf de Miro, un Giacometti fildeférique, Un stabile de Calder d'une banalité reposante et quelques autres dont je ne me souviens guère. Bref pas de quoi fouetter un chat. Ni justifier un billet d'entrée.

              Par la suite j'ai tenté d'aller plus loin dans la contemplation édifiante de l'art.   J'ai donc à nouveau fréquenté le Louvre alternant avec des expositions plus contemporaines pour ne pas me scléroser. En vain ! La première impression demeurait persistante. Elle insistait. D'un côté j'étais toujours aussi impressionné par la victoire de Samothrace et enchanté par la puissance et la grâce de la sculpture du 16° siècle, de Germain Pilon aux nymphes de Jean Goujon. Et j'étais enchanté par le « Bal du moulin de la Galette » d'un certain Renoir. Par contre je demeurais froid et inerte sous un plafond de Braque particulièrement pesant et curieusement hébergé par le Louvre.

              Que se passait-il ? Avec le temps j'ai fini par comprendre. Jusqu'au 19° les artistes avaient recherché la beauté et l'harmonie, même si c'était parfois de façon convulsive et pas toujours très réussie. Tous n’étaient pas géniaux bien sûr mais l’intention y était. Et puis voilà qu’un jour lassés de tout cela ils ont voulu tout remettre en question. On n’arrête pas le progrès et il faut déblayer avant d’innover. D’abord on s’affranchit des règles traditionnelles avant d’oublier les besoins d’équilibre physiologique de nos organes de perception. En musique chacun sait ce qu’est une fausse note à moins de souffrir d’une déficience auditive grave. Or la peinture est une musique visuelle. Donc soumise à des lois comparables. Ce qui revient à dire qu’on ne peut pas se permettre n’importe quoi en suivant sa seule fantaisie. Ce qui veut dire aussi que la liberté créatrice est limitée par des règles qui ne sont pas simplement celles du « bon goût »propre à une époque, donc conventionnelles. L’artiste est soumis à la beauté, pas l’inverse. Qu’un Matisse se libère de la perspective, du volume et de l’anatomie de ses semblable, pourquoi pas ? C’est son droit puisqu’il innove. Mais que va-t-il proposer à la place ? Une authentique créativité graphique comme dans les estampes japonaises ? Une recherche chromatique toute en finesse et subtilités remplaçant les couleurs « naturelles » ? Un sens de l’organisation plastique structurant solidement bien que de façon inattendue la surface à peindre ? J’avoue avoir été un peu déçu à ces différents égards.

 

                                                           La suite au prochain numéro

 

 

"Pavane pour une girafe en feu" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Pavane pour une girafe en feu" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

Donc

la suite

la prochaine fois...

Où il sera aussi question de Picasso et de son engagement humanitaire...

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Published by L'imaginaire
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