Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 09:03
"La fête des fous" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

"La fête des fous" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

A nouveau

l'actualité brûlante m'a rattrapé.

Voici donc, brutes de coffrage, 

mes impressions devant

une telle créativité

sociale.

 

 

 

C'est selon l'appréciation

 

        C'était la stupéfaction dans le pays. L'impensable venait de se produire, l'impossible était devenu évident et le contemporain le plus flagrant incontournable.

        Pourtant dans cette démocratie toute pétrie de laïcité on en avait vu bien d'autres. Deux guerres entre voisins qui étaient devenues mondiales. La perte irréparable de territoires d'outremer pourtant civilisés  par les bons soins d'une nation évoluée et voulant faire bénéficier de malheureux attardés  de son progrès et de ses mœurs. Et tant d'autres choses belles et bonnes et tournées vers l'avenir. Et puis il y avait l'ouverture, la tolérance, la liberté de parole laissée aux opposants. Certes on s'invectivait au sein des assemblées du peuple. On opposait des arguments. On se traitait mutuellement de sot ou d'attardé ou de fieffé coquin. Mais cela ne portait pas à conséquence. Même une baisse flagrante de popularité dans les sondages ne pouvait altérer durablement le moral du pouvoir en place.

        Mais le pays n'était pas un îlot étanche. De toute part il était entouré par les autres. Et ces autres étaient divers et n'avaient pas tous la même vision du monde. Ou si ils la partageaient en principe n'en tenaient pas vraiment compte dans leur quotidien. Qu'on se souvienne de ces Grecs merveilleux inventant la démocratie, le pouvoir pour tous. Pour tous ? A part bien sûr les femmes et les enfants et les métèques. Et évidemment les esclaves. Car il serait dangereux de ne pas utiliser les ennemis vaincus à de saines occupations utiles à leurs vainqueurs. Après tout s’ils avaient perdu c'est qu'ils n'étaient pas les meilleurs. Ça leur apprendrait…

        Donc des terroristes, dangereux et déraisonnables venaient de s'attaquer à un des droits imprescriptibles qu'est la critique de toute idéologie, coutume ou religion d'état pourvu que ce fût fait sans autre arme que l'humour même corrosif et d'un goût douteux.

        Aussitôt la réponse avait été massive, spontanée et toute vibrante d’émotion. D’énormes défilés dignes et pacifiques avaient remplis les avenues de la capitale et de toute agglomération régionale de quelque importance. Les places les plus célèbres étaient noires de monde. Au propre comme au figuré car en cet an de grâce la mode était au sombre et de loin n’importe quelle foule s’ornait de ces tonalités.

        Mais il y avait eu des victimes et pas n’importe lesquelles. Touché au vif l’esprit d’humour se rebiffait. Et comme il se doit ce qui n’avait pas été anéanti reprenait du poil de la bête. A nouveau les caricatures fleurissaient, plus vertes que jamais et encore moins nuancées. Ensuite elles étaient diffusées par la presse et très vite tous les records de vente étaient battus.

        Enfin il fût procédé à l’inhumation des victimes. Là aussi l’émotion régnait et des hommages vibrants furent prodigués à ceux qui étaient devenus des héros et des chantres de la liberté. Même des martyrs si l’on veut utiliser la terminologie de leurs meurtriers. C’était d’ailleurs étrange de voir comment les choses se rééquilibrent. D’abord des esprits vifs et assoiffés de liberté contestent un extrémisme idéologique. Même si c’est fait au second degré ça finit par provoquer une réaction stupide et criminelle mais tellement prévisible. Ensuite les auteurs de cette réaction destinée à éradiquer le Mal font « à l’insu de leur plein gré » de ceux qu’ils ont annihilés des gens extraordinaires parés d’une auréole. Mais rien n’est aussi simple et dans les écoles quelques minoritaires encore bien jeunes refusent de se plier au consensus. Ils se réjouissent de cette action de vengeance à l’égard d’infidèles égarés hors de la vraie foi. Ils approuvent le châtiment rédempteur. Ces chères petites têtes, blondes ou pas, cultivent un autre idéal et internet est leur refuge, la source de leurs convictions. Touche pas à mon Prophète ! Ou tu vas voir ta gueule à la récré !

      Vais-je continuer à vous entretenir de toute cette agitation ? Vais-je en tirer des conclusions ? Non ! Car vous êtes au courant. Les médias nous informent et nous proposent l’attitude consensuelle. D’ailleurs comment la majorité pourrait-elle se tromper puisque c’est elle qui a toujours le dernier mot aux élections démocratiquement organisées dans ce beau pays berceau des droits de l’homme.

 

                                                              Le Chesnay le 15 janvier 2015

                                                              Copyright Christian Lepère

 

       

 

 

"La fête des fous" - détail -

"La fête des fous" - détail -

Partager cet article

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article

commentaires