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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 08:28
"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

Sur le périph…

 

           Sanglées, casquées, pétaradantes des hordes de zombis noircis chevauchent leurs chimères. Elles sont formées de chevaliers vengeurs qui surgissent et se faufilent en rasant les rétroviseurs assassins, ces petits miroirs espions qui au nom d'une sécurité rétroactive vous retiennent par la manche. Que penser de ces gadgets hors ligne et contondants qui vous font valdinguer sur le bitume ou sous les roues d'un semi-remorque ?

           Mais qu'importe l'ivresse du jeu vaut la chandelle, même si celle-ci brûle par les deux bouts. Ça passe ou ça casse ! Et avec dextérité ça se faufile. En rupture de trajectoire, en crescendo de déboîtement, en trajectoires aléatoires finement négociées. Les voilà donc surgissant sans crier gare, superbement seuls ou en files compactes profitant d'une occurrence, une éclaircie momentanée dans ce qui coagule. 

           Mais cela ne viendrait-il pas de plus loin ? Des profondeurs ancestrales du biologique ? Et après tout il faut bien avoir des antécédents, des sources inscrites au plus profond de l'âme ! Comment savoir d'où vient la révolte contre l'ordre ambiant et ses lois tatillonnes ? Contre les forces intraitables du système immunitaire. Contre les lymphocytes qui sont là pour faire régner l'ordre et stopper le chaos. Contre les forces  légales qui voudraient vous empêcher de vivre à votre guise.

           Mais le jeu continue. Dans la ronde infernale voilà les trublions qui se faufilent et qui s'infiltrent. Ils font la nique aux immobiles paralysés sur leurs quatre roues, malheureux planqués dans leur tas de ferraille et victimes de leur assise plus assurée. Mais Robin des Bois peut se permettre de rétablir la justice du non-droit et jouer entre le permis et le toléré. Ainsi les déboîtements non signalés suscités par l'occasion imprévue ou la chance inespérée. C'est qu'il ne faut pas perdre de temps. Il faut arriver en tête pour ne pas rater le dernier épisode du feuilleton à la télé, celui où l'on va enfin apprendre le nom de l'assassin. Et les raisons de son geste insensé…

           Il y a donc un premier. Laissons-le poursuivre sa ronde et tourner autour de la capitale jusqu'à la panne sèche. Laissons le risquer sa vie pour pas grand-chose. Une décharge d'adrénaline, une overdose de risque fou soigneusement sous-calculée. Une fois de plus c'est passé de justesse ! En frôlant à peine… Mais c'était peut-être l'ultime avant de se retrouver aux urgences, brisé, haché menu ou condamné à vivre en fauteuil roulant. Mais on en fait de fort beaux avec des moteurs sophistiqués, puissants et silencieux.

           Enfin l'essentiel est de vivre, de s'éclater quitte à finir en légume qui se souvient du bon vieux temps. Perclus de douleurs et parkinsonien avant l'âge légal.

           En cette fin d'année la nouvelle est tombée, miraculeuse et inattendue. Le prix du baril de pétrole est au plus bas. On va enfin pouvoir polluer au CO 2 comme au bon vieux temps et cerner Paris de décibels sans se laisser contraindre par de mesquines préoccupations de ressources financières.

           Pendant ce temps, au cœur du bouchon, Jean-Robert négociant en vins et spiritueux est coincé entre un taxi et la benne des encombrants. Il est là,  peinard et bien au chaud. Il a fermé les vitres et mis la radio en sourdine. Pas trop pressé il se laisse bercer par des chants hawaïens. Et le voilà rêvant à quelque îlot perdu au cœur du Pacifique. De langoureuses vahinés ondulent avec grâce. Leurs pieds légers foulent le sable tiède et elles étirent leurs membres paresseusement. Une nature enchanteresse sert d'écrin à ces corps chaleureux aux courbes musicales. L'eau clapote, le soleil miroite sur les vagues et les insectes bourdonnent de plaisir quand ils ne songent pas à vous importuner.

           Autour c'est l'immobilité. A perte de vue des véhicules et des véhicules figés sur place. Mais voilà que ça frémit. Ça bouge ! C'est donc encore vivant ! Les motards reprennent espoir. Ils vont pouvoir s'éclater. Au figuré et au sens premier le plus évident. Alors profitons-en ! Ce n'est pas tous les jours qu'on peut mourir à vingt ans, fauché par un destin tragique. N'est pas James Dean qui veut. Ici ça peut se faire en zigzagant entre des files de véhicules patauds où tout est réduit au plus petit commun dénominateur. Celui de maillon dans une chaîne sans fin constituant un bouchon mobile qui s'étire et se recontracte en accordéon. Vu du ciel c'est comme un reptile de lumières clignotantes dans le froid d'un hiver définitif.

           Mais les fêtes approchent et l'année va s'éteindre pour laisser place à la suivante au millésime renouvelé. Il est grand temps. Rentrons chez nous et laissons le cercle infernal, le périphérique exalté poursuivre sa ronde alternée dans les deux sens. Celui des aiguilles d'une montre qui suivent l'écoulement implacable du temps et l'autre, l'antagoniste qui voudrait tant remonter à sa source. Mais c'est la vie qui dans les deux sens s'écoule sans fin. Et vrombit. Et se mord la queue. Comme toujours. Comme d'habitude et ce jusqu'à plus soif…

 

                                                      Le Chesnay le 21 décembre 2014

                                                      Copyright Christian Lepère

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer" - gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer" - gravure (détail) - 1986

"Groupuscules" - Gravure (détail) - 1986

"Groupuscules" - Gravure (détail) - 1986

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Published by L'imaginaire
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