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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:43
"Les météores" - dessin - 27,5 x 39,5 cm - 1984

"Les météores" - dessin - 27,5 x 39,5 cm - 1984

Vaines pensées

 

             Une fois de plus je longe le mur du cimetière. Toujours aussi gris, toujours aussi rectiligne, c'est un ami fidèle, un guide qui me conduit vers la gare, le lieu de tous les départs, de tous les espoirs. Le point magique d'où l'on peut        atteindre la capitale et son activité fébrile et sans cesse renouvelée.

             Ici c'est plutôt provincial, même si aux alentours du noble bâtiment ferroviaire une certaine effervescence agite les esprits et accélère les déambulations. Mais tout cela reste mesuré, à échelle humaine. Qu'on se le tienne pour dit, Versailles c'est la province.

             Je me souviens d'ailleurs de ces dimanches de mon enfance où le chef de famille emmenait son épouse et sa progéniture à bord de son automobile, une Celtaquatre assez vétuste pour ouvrir nos esprits aux beautés du Grand Siècle, parfaire notre culture et nous faire prendre un grand bol d'air en contemplant le Grand Canal et ses eaux apaisées.

             Mais il fallait traverser Versailles pour y accéder. Après avoir quitté Paris et être passé sous l'interminable et très sombre tunnel de Saint Cloud, on connaissait l'ivresse de l'autoroute, l'échappée vers le grand Ouest. Au loin c'était le mirage de la mer, le mont Saint Michel et sa vastitude méditative puis la côte Normande, puis la Bretagne...L'extrême pointe du Raz battue par les flots déchaînés et là- bas, très loin, le Nouveau Monde.

             Déjà j'étais rêveur mais en arrivant à Versailles on se trouvait en ces débuts d'après-midi d'automne au cœur d'une ville fantôme. D'immenses avenues désertes convergeaient au sein d'un espace vacant vers le Saint des Saints, la demeure du Roi Soleil. Les riverains, après avoir assisté à la grand-messe étaient en train de se réunir en famille pour célébrer le jour du Seigneur. De façon conviviale mais sans excès. C'est qu'on a une tradition à honorer et un rang à tenir.

             Plus tard j'ai habité Versailles et du haut de mon quatrième étage je surplombai la joyeuse effervescence du Marché central le dimanche matin. Là l'ambiance était toute autre. Bon enfant et pleine de vie. D'ailleurs les piétons prenaient possession de la chaussée en traversant sans porter la moindre attention aux véhicules forcés de s'arrêter pour n'écraser personne. D'ailleurs la tradition perdure et maintenant encore l'automobiliste ne fait toujours pas la loi. Les zones de non-droit ne sont pas réservées qu'à des banlieues déshéritées !

             Mais je longe toujours le mur du cimetière. Devant moi une jeune personne progresse en balançant ses hanches. Je la dépasse et constate qu’elle parle toute seule. Enfin pas tout à fait car elle a son oreillette et est en train d’apprendre à une copine qu’ « ils se sont séparés et que c’est bien triste… ». Mais que voulez-vous c’est la vie avec ses vicissitudes. Sur l’autre rive un pépé progresse le mégot aux lèvres. Un motocycliste passe casqué et bardé d’indifférence. Un cycliste le suit qui parle aussi tout seul. Dans mon enfance on l’aurait fait enfermer mais il a des circonstances atténuantes : Il est en train de fixer rendez-vous à un Guatémaltèque qui va débarquer à Roissy dans la soirée, en provenance de Pointe à Pitre. Il devra l’accueillir pour qu’il ait une bonne opinion de la France et qu’il assure ensuite la promotion de la qualité nationale dans ces contrées lointaines. Etre hexagonal ou ne pas être grand-chose. Ne pas se laisser dévorer par la mondialisation.

             Mais je m’égare, je divague, j’attribue aux autres mes vaines cogitations. Je projette mes préoccupations qui n’intéressent que moi. Alors pardonnez- moi je me suis laissé aller. Mais c’est promis je ne le ferai plus. Jusqu’à la prochaine fois.

 

                                                              Le Chesnay le 11 septembre 2014

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

 

"Navire échoué" - dessin - 27,5 x 39,5 cm - 1984

"Navire échoué" - dessin - 27,5 x 39,5 cm - 1984

                         La prochaine fois               

vous aurez peut-être enfin droit

au

« Mythe de Babel »

 

Mais peut-être pas…Alors patientons…

 

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Published by L'imaginaire
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